Petit MeuhMeuh Noël n° 9

Posted: domingo, 15 de diciembre de 2013 by magali in Etiquetas:
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Version 2013
Evènement à ne pas rater
Les artistes vendent tout ce que vous rêvez d'avoir sans jamais oser l'obtenir
Prix imbattables
Après il faudra attendre un an, tant pis pour vous
Venez nombreux, c'est à Montpellier comme l'indique l'affiche à lire absolument

ToTaL LoCaL PinToRe CiRcuS

Posted: lunes, 9 de diciembre de 2013 by magali in Etiquetas:
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Vous êtes invités à la performance publique du

TOTAL LOCAL PINTORE CIRCUS
Jeudi 5 décembre 2013 de 18 à 22h à la Laiterie des Beaux-arts

10 artistes peintres, écrivains, comédiens
Peignent 12 lès de papier peint
Qui deviendront 32 livres d'artistes aux éditions Luis Casinada
 



Tapisser ou tapiner, c'est faire le tapis ou faire le tapin, il faut choisir.
 
Tapis se rit
 
 

Asian Bar

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Il y avait toujours une cigarette à se consummer doucement, abandonnée là sur le bord du cendrier. Pour le reste, le métier est comme tous les autres, je peux dire qu'on s'y habitue...
Había siempre un cigarrillo que se consumía suavemente, abandonado aquí en el borde del cenicero. Por lo demás el oficio es como cualquier otro, puedo decir que una se va acostumbrando...

ASIAN BAR mon dernier roman, une virée sympathique où le rhum, le café et parfois les bières fraîches donnent le ton. ASIAN BAR mi última novela, una salida simpática acompañada de ron, café y a veces cervezas frías.

Tant mieux !

Posted: domingo, 13 de octubre de 2013 by yannier RAMIREZ BOZA in Etiquetas:
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A l'Atelier du Garage ce dimanche 13 octobre 2013 un événement à ne pas manquer. Commencé au début de l'été et présenté en automne : "Tant mieux!" un Roman photo inédit en 17 scènes, tout en noir et blanc ! 
Nous Tous est une collection automnale qui allie Art et saugrenu c'est le SAUGREN'ART !

Nous Tous, l'esprit n'est pas à l'individualisme et au chacun pour toi, un travail collectif de créativités diverses alliant écriture, mise en scène, décors dessinés à la main, photos, vidéo, infographie...
Nous Tous sont tous de Montpellier et Nous Tous adoptent tous le fil directeur de l'Art, l'Amour, l'Arnaque et le Ah Ah Ah ! Nous tous créent un Roman photo inédit en 17 scènes et tout en noir et blanc. Découvrir "Tant mieux !" la crétion inédite des meilleurs artistes contemporains de Montpellier, c'est simple il suffit de 4'59 d'attention pour Vous Tous.

L'échelle des plans

Posted: sábado, 12 de octubre de 2013 by magali in Etiquetas:
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Rene Peña, artiste cubain, série "white things".
Grand Zoo. Clic sur connexion.

 Juliette observe la première publication, une photo : deux touristes bronzés et tristes en attente de leur vol international. Traverser l’Atlantique vers Paris.

Clic sur la photo pour l’agrandir, clic sur la flèche, photo suivante : deux bulletins météo : Rosny sous bois, France : 10°/Playa del Carmen, México : 27°.

Clic sur le message : il n’y a donc personne connecté à cette heure ?

 Juliette sourit et calcule grosso-modo l’heure de connexion : 2h du mat ici à l’est du méridien de Greenwich. Les deux touristes ont sans doute oublié qu’il existe un décalage horaire entre Paris et le Mexique ? Ou bien s’agit-il d’un acte d’égocentrisme ? A peine quelques secondes de doute, juste le temps de laisser son majeur actionner la boule de la souris vers la publication suivante :

 Baptiste a changé la photo de son profil, coup d’œil à la photo du nouveau profil.

Clic sur la photo pour l’agrandir : gros plan sur le visage de Baptiste, ses avant-bras sont tendus, on devine hors champ ses mains qui tiennent l’appareil. Juliette ouvre une fenêtre dans Internet et vérifie l’échelle des plans. Elle lit : Le gros plan. Ce plan attire l'attention du spectateur sur un visage, une expression, un objet particulier. Il "force" l'intérêt du spectateur. L'image envahit le regard. Le gros plan insiste sur un objet qui devient très important dans le cours du récit.

Une photo de lui-même, prise par lui-même, Juliette en scrute le second plan : absolument rien, un chemin désert, même pas un caillou à l’horizon.

 Clic sur Baptiste et vérification de la photo de l’ancien profil : Baptiste en train de sauter sur une plage déserte, seul. Juliette vérifie à nouveau l’échelle des plans et lit : Le plan moyen (ou plan en pieds) cadre le personnage en entier. Ce plan donne un rôle à tout le corps, en évacuant le contexte dans lequel évolue le personnage.

 Juliette a une vague impression, image subliminale ? Trois nombrils lui apparaissent. Dernière vérification à l’échelle des plans, lecture :
L'insert est un très gros plan qui capte un détail. Ce détail est exagérément grossi : on insiste donc sur son importance. C'est le plan dramatique par excellence.

 Juliette sourit.

 Clic sur déconnexion.

Maraya Shells

Posted: sábado, 28 de septiembre de 2013 by magali in Etiquetas:
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Nadia Porras, artista cubana alias : Maraya Shells
Grand zoo. Clic sur Connexion.

 Ce matin Juliette veut raconter l’histoire de Maraya Shells.

 C’est une « dura », une vraie fille sexy et qui l’assume. Bouts des doigts invariablement peints en rouge, rouleaux-bigoudis immenses dans les cheveux pour une auréole de Sainte Moderne.

 Les yeux peints d’un trait noir et d’un fard à paupières bleu pétrole.

 Les lèvres peintes en orange orange.

 Les boucles d’oreille de Maraya Shells sont en vrai toc avec un logo en majuscules dans une immense boucle d’oreille créole imitation or. Un cercle immense à chaque lobe, le logo est variable selon l’humeur de la Sexy Sainte : LOVE ou PUMA. Au choix.

Finir le portrait par un sourire resplendissant et un regard direct vers la caméra. Dans le regard le plus important du personnage, intelligence et détermination. De quoi calmer pas mal de mâles en rut et autant de femelles envieuses et mal pensantes, c’est ça Maraya Shells.

 Juliette adore bien évidemment alors : clic sur Ajouter des photos/vidéo puis télécharger, clics en série pour accéder au dossier, double clic sur la photo. Cliquer sur commentaire et écrire :

 Aquí una DURA ! una Sexy Santa o una Santa Moderna, de las que me gustan, descubrí a la artista cubana Maraya Shells y me enamoré de su personaje, absolutamente Julietano. Wau ! Découvrez le travail de Maraya Shells, artiste cubaine contemporaine, ça décoiffe ! Humour au féminin. J'adore, un style très Juliettien, le mien !

 Avant dernier clic sur publier.

Clic sur déconnexion.

Ecran géant

Posted: martes, 27 de agosto de 2013 by magali in Etiquetas:
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Abel Barroso, artista cubano, instalación
Grand Zoo. Clic sur connexion.

Curseur sur l’icône message. Clic. Lecture : Comment va ? Sans nouvelles, tu m’abandonnes en ce moment. Grrr !

Justine sourit. Clic sur Répondre au message. RAS mon cher Paul, et de ton côté ? Ah si ! le printemps arrive. Bisous fleuris.

Un message de Paul… L’autre n’a pas écrit. L’autre, là-bas, toujours silencieux, le vieux fantôme. Il se connecte pourtant, il a même mis j’aime cet automne sur ma publication, mon nouveau livre.

Justine compte…Printemps, été, automne, hiver, re-printemps, re-été, re-automne, re-hiver… Combien de temps déjà ?

Neuf printemps depuis leur dernier baiser ; Un été depuis leur dernière rencontre ; Un hiver depuis leur dernier message. Grrr. Il est absent, encore absent ce matin.

Clic sur Amis. Même profil. C’est pourtant lui. Clic sur son mur. Lire. Rien.  Peu de choses. Clic sur la flèche à droite, descendre le mur, voir encore, plus bas dans son printemps à lui, lui là-bas... Commentaires masculins sur les derniers résultats de l’équipe nationale de foot. Justine l’imagine dans un bar, les yeux rivés sur l’écran géant, bruit de foule, bruit de conversations, lui au milieu des autres, là-bas, un verre à la main. Accompagné de copains pour sa soirée foot.

Clic sur accueil, quitter le fantôme, lire le reste distraitement, la pensée fixe sur l’écran géant, le bar, le verre.

L’autre bout du monde.

 Clic sur déconnexion.

Le crève-coeur

Posted: martes, 2 de julio de 2013 by magali in Etiquetas:
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Denis Núñez Rodríguez, artiste cubain, el presagio
Grand zoo. Clic sur connexion.

 Julie ouvre un œil curieux sur les publications du jour. Une photo a été publiée sur son mur. Double clic sur la photo pour l’agrandir.

 Ils sont quatre adultes et deux enfants. Les deux enfants sont au premier rang. Chacun donne la main à un adulte. Celui de gauche à son papa et celui de droite à sa maman. Trois générations. Deux femmes et deux hommes, plus deux enfants.

 A l’arrière plan, Julie écarquille les yeux. C’était où ? L’entrée d’un appartement, le début du salon, cuisine au fond, ouverte, à l’américaine.

 Julie ne comprend pas pourquoi cette photo apparaît aujourd’hui sur son mur, témoin d’un passé douloureux. Elle clique sur commentaire : Pourquoi cette photo ?

 Trois secondes après, alors qu’elle observe bouleversée les visages, le signal des messages est activé. Clic sur l’icône message. Julie lit : tu n’étais pas là, regarde ton fils comme il est beau, la photo a été prise chez tes voisins, tu as oublié ?

Julie n’a rien oublié. Tout cela est enfoui au fond d’elle pour l’éternité. Même si les voisins n’existent plus, même si ils ont vendu leur appartement après la séparation, même si cette famille n’est plus la sienne depuis dix ans, seulement celle de son fils, même si son fils mesure désormais un mètre quatre vingt cinq, soit vingt centimètres de plus qu’elle, même si elle voit en lui le visage d’un innocent dont les parents ne s’aiment plus, même, même…

 Julie clique sur commentaire et rédige sa réponse : Oui je me souviens parfaitement. Rien de ce que je vois n’existe aujourd’hui, mes voisins sont partis, mon ex famille n’est plus la mienne, mon fils mesure un mètre quatre vingt cinq, toi seul n’a pas changé et continue à exister, heureusement !

 Elle voudrait dire, Oui je me souviens parfaitement. Cet été là a été le dernier que j’ai passé en famille, un été douloureux, un été de solitude où nous n’étions déjà plus ensemble comme le montre la photo, une famille brisée. Un couple qui a fini son histoire, seul reste un enfant de quatre ans, tout petit, fragile, il donne la main à son papa sur la photo. A gauche de son père, se trouve l’ami qui publie aujourd’hui la photo crève-cœur, à sa gauche il y a la grand mère, à droite de son père il y a sa tante et à ses côtés, au premier rang, son cousin germain. Maman n’est pas là. Julie n’apparaît pas, elle n’est déjà plus là, tout est cassé, une douleur horrible lui saisit les tripes.

 Demain elle annulera la publication, trop difficile de voir la souffrance de son enfant, du père de son enfant et la sienne qui regarde la photo d’une époque qui n’existe plus. Elle ignore pourquoi cet ami, venu la visiter cet été là, a publié cette photo aujourd’hui ?

 Julie regarde encore la photo et elle y voit seulement son enfant qui semble interroger. Le visage tourné vers son père, la main tendue, en vain…

 Clic sur déconnexion.

ToTal LoCal Poetic Club

Posted: domingo, 23 de junio de 2013 by yannier RAMIREZ BOZA in Etiquetas:
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Quand les artistes mettent en commun leur talent, chacun intervient librement dans la création avec de la poésie, de la chanson, de la vidéo, de la littérature et beaucoup plus encore, pour un spectacle vivant hors du commun. A Montpellier l'équipe du ToTal LoCal Poetic Club met en place ses spectacles à la Chapelle de la Cité Gelly, impossible de ne pas réagir, ça décoiffe, surprend, dérange ou envoûte... Résultat garanti, devenez fans !

L'âge de raison

Posted: domingo, 16 de junio de 2013 by magali in Etiquetas:
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Grand Zoo. Clic sur connexion.

 Un ange est né aujourd’hui. Photo. 4 kilos et des valoches. Bébé serein. Clic j’aime. Clic commentaire : Bravo, beau travail, bienvenue au petit ange. L’heureux événement dans les montagnes du sud du pays.

 Coup d’œil sur l’icône message. Rien ce matin.

 A côté de l’icône message, icône Evènement activé. Clic : Je fête mon anniversaire. Je vous attends, venez nombreux ! Invitation à l’anniversaire de Denis, de l’autre côté du monde. Clic sur commentaire : joyeux anniversaire mon grand ! 33 ans, l’âge de raison... Tu te dois de fêter cela comme il se doit, je serai présente en pensée. Je te souhaite bien du bonheur.

Justine se demande s’il y a un âge de raison, certainement pas, la raison serait de tuer le fantôme, le vieux fantôme qui reste silencieux, lui aussi là-bas, à l’autre bout du monde, or le fantôme existe au delà des 33 ans révolus de Justine. Faisant fi de l’âge de raison. Fêter l’âge de raison comme il se doit serait : Clic sur Lui, Supprimer. Ça serait ça fêter l’âge de raison comme il se doit. Mais les 33 ans de Justine sont révolus, tant pis pour l’âge de raison et ce qui se doit.

Alors clic sur Lui. Message : Invitée comme toi à l’anniversaire de Denis. J’ai su que tu avais une nouvelle voiture, passe me prendre, on y va ensemble ?

Boutade. On ne traverse pas l’ Océan pour fêter un anniversaire, même celui des 33 ans de Denis, l’autre là-bas ira-t-il lui ? Non, sans doute n’ira-t-il pas… Et si Justine était restée là-bas y seraient-ils allés dans la nouvelle voiture ?

Points d’interrogation ?

L’histoire du vieux fantôme ne peut pas s’écrire au présent. Ça c’est sans point d’interrogation. Se connecter demain. Réviser l’icône message. Y aura t il une réponse à la boutade ? Une boutade qui réponde à celle de Justine, entrer en contact à coups de points d’interrogation.

Points d’interrogation ?  

 Clic sur déconnexion.

copyright magali junique, l'âge de raison

Ambiance Boa sorte

Posted: jueves, 6 de junio de 2013 by magali in Etiquetas:
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Esterio Segura, artiste cubain, installation : Lost luggage

Grand zoo. Clic sur Connexion.


 Justine jette un coup d’œil curieux aux publications du jour. Quelques banalités quotidiennes. Elle parcourt la page.

Clic sur la flèche à droite : invitation à un concert gratuit, demain soir à l’autre bout de la ville ;  problème de transport, ce matin à l’autre bout du pays ; silence à l’autre bout de la planète. Le vieux fantôme dort. Il est quelle heure là-bas ?

Tiens un clip… clic sur lecture. La voix suave de Ben Harper et celle de Vanessa Da Mata. 

Clic en bas sur le haut parleur, éviter les grésillements désagréables. Seuls l’anglais et le brésilien doucement. Ambiance Boa sorte. Doucement. Et lui là-bas ? Toujours rien, la musique continue.

 Clic sur la flèche à droite, aller plus bas dans les publications : L’arrivée de la course, 21 kilomètres, semi marathon, dossard 574, sourire et sueur, Justine clique j’aime, curseur dans commentaire, clic : Bravo ma grande ! Ton beau sourire sur la ligne d’arrivée, belle récompense.

 Encore un coup d’œil sur la vidéo, il est vraiment bien Ben Harper, Vanessa De mata aussi bien sûr… Mais Ben Harper quand même ! L’autre aussi n’est pas mal, mais il est absent aujourd’hui, aujourd’hui encore.

Allez encore plus bas. Maintenant un avis depuis l’autre bout de la ville, ce soir à 20h40 sur Arte, ne ratez pas le troisième épisode de la série suédoise, 100% humain !

1334 j’aime.

Ça ne doit pas être mal… alors Arte ce soir ? Et lui là-bas il regardera quoi ce soir ? Silence, rien, il n’est pas là. Même profil. C’est pourtant lui. Rien.

Juste la voix de Ben Harper, doucement, vague à l’âme.


Clic sur Déconnexion.

La seconde de ses vingt ans

Posted: martes, 21 de mayo de 2013 by magali in Etiquetas:
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Catwoman, Dulce Pinzon photographe mexicaine

 

Grand zoo clic sur connexion

Julie découvre une série de photos sur le mur. Noir et blanc. Plusieurs photos. Une série des années 60 là-bas au sud de l’Espagne. Cheveux noirs, yeux noirs, larges sourires, dents blanches.

Julie lit le commentaire : ma grand-mère dans son magasin avec ma mère et mes tantes. Comptoir en bois, balance romaine en fer. Tabliers de travailleuses. Toutes les tantes sont alignées de la plus vieille à la plus jeune. Coiffées. Impeccables. Les yeux rivés sur l’appareil. La plus petite c’est Paca, seul le haut de son visage dépasse du comptoir.

Clic sur la flèche à droite, photo suivante : Portrait, plan américain. Une femme le chemisier boutonné jusqu’en haut. Lecture : Ma mère à vingt ans, quelle femme !

Clic sur photo suivante deux fillettes derrière le comptoir, lecture : Ma tante Paca et ma tante Angéla.

Julie les connaît bien ces femmes-là. Elles y sont toutes, les femmes de la famille qui ont travaillé depuis le temps des tabliers d’écolière jusqu’à aujourd’hui : balance poids-prix sur le comptoir en inox. Magasin climatisé. A commencer par la grand-mère aux manches retroussées. Les mains occupées au travail, pas d’ongles peints. Visage sérieux et déterminé. Il y a cinq bouches à nourrir. Cinq filles, pas le temps de rigoler. Ça doit filer droit. Ana, la mère, vingt ans, pas encore mère. L’aînée. Tu parles d’une chance ! Ana occupe-toi de ceci, occupe-toi de cela. Réveille tes sœurs, habille-les, viens m’aider à la boutique après, aujourd’hui il y a une grosse commande à préparer. Pas le temps d’avoir vingt ans, juste le temps du clic de la photo. Suite du commentaire. Julie lit : Je t’aime maman. Julie clique sur j’aime.

 Clic sur déconnexion

Comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête…

Posted: miércoles, 15 de mayo de 2013 by magali in Etiquetas:
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Nadia Porras alias "Maraya Shells", artista cubana
La mère de Yalili ne semblait même pas avoir remarqué le crâne tondu de sa fille tellement cela lui allait bien et semblait naturel. Elle mit la main dans son soutien-gorge pour en extraire la clé de l’armoire.
Elle avait pensé chaque nuit à ce qu’elle pourrait bien faire des cinq cents dollars. Acheter un téléviseur dernier modèle, un ventilateur extra puissant ? Changer le réfrigérateur dont le moteur faisait autant de bruit qu’un avion à réaction ? Carreler la douche d’une bien belle façon ? Acheter un nouveau fauteuil à bascule plus confortable, un nouveau dessus de lit et des rideaux assortis, acheter ? Changer ? changer ? acheter ? Elle en avait perdu le sommeil. Elle avait calculé qu’il ne faudrait pas cinq cents dollars mais mille, puis deux mille et cela lui avait causé une espèce d’inertie car elle ne savait plus par où commencer les achats.
Cinq cents dollars ! c’est bien peu à l’heure actuelle – finit-elle par dire d’un ton méprisant, tandis qu’elle ouvrait l’armoire.

Cinq cents dollars ! c’est une misère –dit Silvio, et il fit mine de cracher par terre.
Cinq cents dollars ! C’est cinq cent dollars - répliqua Yalili d’un ton sec.
Tu as une idée derrière la tête ma fille ! Je te reconnais bien.
Yalili expliqua le projet : on va choisir mes meilleures photos et les imprimer sur métal, bois, papier, carton, ou même sur du verre en sérigraphies. La mère de Yalili ne comprit pas le dernier point. Elle imagina un livre, l’idée la laissa perplexe, qui pouvait bien encore lire à l’heure actuelle ? Mais elle voulut savoir si elle figurerait également dans le livre de photos.
Silvio dit qu’il ne pouvait rien lui promettre mais qu’on verrait Yalili sous toutes les coutures depuis les quinze ans de la princesse jusqu’à aujourd’hui. On fabriquerait une série où chaque objet serait vendu à l’unité, chacun à l’effigie de Yalili et à la gloire de la nation, un objet révolutionnaire en somme.
La mère parut rassurée, enfin un concept qu’elle connaissait bien. Elle regarda alors Yalili, soudain surprise. Dis-moi ma fille et tes cheveux, ils vont repousser ?
Sans doute maman, mais un coup de tondeuse les remettra à leur place. A croire que cette tignasse m’empêchait de penser !
C’est une fille et elle va bien. Comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête… La mère se souvenait des mots de la marraine de religion qu’elle avait consultée pour Yalili il y avait bien longtemps maintenant, puis de façon régulière jusqu’à ce jour et elle comprit qu’il n’y avait plus de doute, la marraine avait bien raison.
 
FIN.

Icônes révolutionnaires et sexe : c’est tout Cuba !

Posted: miércoles, 24 de abril de 2013 by magali in Etiquetas:
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Nadia Porras alias Maraya Shells, artista cubana
Silvio ne fut pas long à convaincre. Les nombreuses années de collaboration avec Yalili lui avaient permis d’apprécier sa sagesse.

Je crois que tu as raison, une pause nous fera du bien. De plus, j’ai utilisé tous les symboles de la nation pour tes cheveux, je considère que mon œuvre est complète. Il est temps que l’on se repose un peu ma chérie et que l’on passe à autre chose. Assieds-toi je vais chercher la tondeuse.

 

Délicatement Silvio se mit à tondre la chevelure sauvage que Yalili avait tressée. Cela lui prit un bon moment. Ils enroulèrent les tresses l’une après l’autre dans du papier journal et les rangèrent dans un carton. Yalili sentait les muscles de son cou se relâcher. Etait-ce l’effet du poids perdu ? Ou la certitude qu’elle venait de gagner sa liberté ? Silvio avait posé une caméra sur trépied avant de commencer la coupe qui allait immortaliser leur dernière œuvre : la tonte de Yalili.

 

J’ai peut-être un projet pour nous. Dit-il tranquillement.

 

Je me demandais bien pourquoi tu avais été aussi facile à convaincre, quel faux-jeton tu fais !

 

J’ai pensé qu’on pourrait tout raconter depuis notre première collaboration jusqu’à aujourd’hui.Tu imagines, depuis le jour de tes quinze ans ? jusqu’à aujourd’hui…

 

Voilà pourquoi tu t’es laissé convaincre, Silvio, tu avais une idée dernière la tête. C’est ta seule idée ?

 

Pas vraiment ! Mais ce qui advient, convient. Ecoute, tu arrives aujourd’hui sans prévenir, persuadée que tu dois tondre tes cheveux, j’aurais pu me taire, ne pas te toucher un mot de mes projets ou essayer de te convaincre de continuer, encore et encore… Non ! c’est pas Silvio ! Tu connais bien ton Silvio ma chérie… mais tu es ravissante ainsi ! Ton crâne est parfait ma belle, lisse, régulier comme s’il était d’ivoire. Alors qu’est-ce que tu en dis ?

 

Quoi ? Tu me parles de mon crâne ou de tes projets ? J’ai l’impression d’avoir toujours été chauve si tu veux savoir, je me découvre telle que je suis, j’aurais dû couper mes cheveux depuis bien longtemps. Pour le reste, il faut y réfléchir, mais je trouve l’idée séduisante.

 

J’avais presque oublié tes yeux ! Magnifiques ! Je crois bien qu’il fallait couper tes cheveux. Non, j’en suis sûr. Une nouvelle histoire qui commence ma chérie...

 

Je me sens beaucoup mieux ainsi, légère, comme une petite fille, et je ne te parle pas seulement du poids de mes cheveux. J’ai l’impression de naître une seconde fois. On aurait dû le faire avant d’accepter le rendez-vous chez le général, l’excuse aurait été toute trouvée. Quelle idiote j’ai fait, merde ! Excuse-moi Silvio.

 

Non, tu as parfaitement raison, merde et re-merde. Le mieux est de ne plus y penser et d’utiliser les cinq cents dollars. Ce qui advient, convient, tu le sais bien. Eh bien voilà ! C’est fini, on ne travaillera plus pour eux, on va travailler pour nous, en indépendant désormais, en free-lance, sweet honey. C’est simple.

 

Nadia Porras alias Maraya Shells, artista cubana
 
Oui, c’est simple, mais cinq cents dollars c’est quoi aujourd’hui ? Plus j’y pense et plus je me demande qui a bien pu nous prendre pour des crèves la faim.

Des crèves la faim, peut-être chérie… mais des crèves la faim libres, c’est le plus important. Nous aurons besoin de cet argent, en supposant que ta mère ne l’ai pas dépensé.

 

Ma mère ? Qu’est-ce que tu vas chercher là ? Tu sais bien qu’elle les a rangés.

 

Oui bien sûr. Alors écoute, on va choisir tes meilleures photos et les imprimer en sérigraphie à la mémoire de notre aventure. Je suis sûr que cela plairait beaucoup aux touristes car nous avons représenté tous les symboles nationaux, lors des plus grands actes de notre calendrier officiel et tu étais véritablement très très sexy mon cœur. Rappelle-toi… Les ingrédients y sont ! Icônes révolutionnaires et sexe : c’est tout Cuba !

Nadia Porras alias Maraya Shells, artista cubana
 

Tu crois ? J’étais sexy … ce serait un livre d’histoire en somme ! Facile à emballer, léger, prêt à parcourir tous les miles à la gloire de notre Révolution, c’est génial !

 

Chérie, tu sais bien que les touristes disent toujours qu’ils sont fauchés... Il nous faut donc fabriquer une série où chaque objet serait vendu à l’unité, chacun avec ton effigie à la gloire de la nation, un objet révolutionnaire en somme. De belles sérigraphies sur métal, bois, papier, carton, ou même sur du verre. Tu vois ça ? A nous les dollars ma chérie ! Pas cinq cents misérables dollars à se partager ! Mille, cinq mille et ce ne sera qu’un début !

Vernissage

Posted: martes, 9 de abril de 2013 by magali in Etiquetas:
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Ma chère,

Quel plaisir que tu te souviennes de moi de temps en temps !

Hier quand tu m’as envoyé ton message j’étais à un vernissage très réussi. Deux artistes y exposaient leurs sculptures et confrontaient ainsi leur monde, créant comme un nouveau monde commun le temps d’une exposition. Oui c’était vraiment très réussi. Je t’enverrai quelques photos si je peux car je n’avais pas pris mon appareil.

Figure-toi- que j’ai rencontré Félix sur le chemin et il m’a accompagnée. Je me demande où il pouvait bien aller tout seul à 7 heures du soir ? En tout cas il a bien voulu m’accompagner et il m’a emboîté le pas comme s’il m’attendait pour aller à l’expo. Tout s’est bien passé jusqu’au moment où il s’est approché des boissons et a commencé à lever le coude sans plus de manière. En moins d’une heure il était éméché, à boire, à boire sans gêne. Je n’ai rien osé dire et j’ai fait comme si de rien n’était.

Ensuite nous sommes allés dîner dans un restaurant asiatique. Nous étions un petit groupe qui s’était formé. Là, il a demandé du vin et a continué à boire en mangeant. Quand le patron du restaurant nous a invité à un verre d’alcool de riz, Félix a accepté avec enthousiasme et a même demandé un second verre sous prétexte que l’alcool de riz lui plaisait énormément. Pendant tout le repas il a beaucoup parlé et a donné des leçons à tout le monde, prenant chaque idée à contre pied comme ça, juste pour le plaisir de s’écouter parler. Sa voix portait dans toute la salle du restaurant. J’ai surpris quelques regards vers notre table à plusieurs reprises.

Le pire c’est qu’il a voulu aller aux toilettes, elles étaient occupées et il s’est mis à faire des commentaires devant la porte des toilettes, debout devant tout le monde. Il disait je me demande bien ce qu’il a mangé celui-là, il n’a pas l’air pressé de sortir et il semblait content de lui, un large sourire idiot sur les lèvres. Vraiment très élégant comme tu peux voir. J’avais hâte que la fin du repas arrive.

En sortant il a parlé au patron comme s’il le connaissait depuis toujours, il lui a même tapé sur l’épaule et lui a dit que la prochaine fois il espérait bien avoir une double ration ! Comme s’il n’avait pas assez mangé ! Heureusement à ce moment là tout le monde se dirigeait vers la sortie et j’espère être la seule à l’avoir entendu car j’étais juste derrière lui. J’ai craint un moment qu’il ne demande un troisième verre d’alcool de riz ! Mais finalement non.

Quand il a voulu m’accompagner jusqu’à la maison, tu penses bien que j’ai refusé. Il avait l’air aussi gluant que le riz chinois peut l’être. Je me suis échappée en un clin d’œil.

Voilà ma chère pourquoi tu as pensé à moi hier. Je suis rentrée seule et un peu en colère. Heureusement l’exposition était très réussie.
Pauvre Félix !

Pregúntame, Alejandro Campins, 2008

Cuba Gotiando Arte, Xiomara Gutiérrez

Posted: domingo, 24 de marzo de 2013 by yannier RAMIREZ BOZA in Etiquetas:
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Un matin ordinaire

Posted: domingo, 17 de marzo de 2013 by magali in Etiquetas:
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Candela, Flora Fong, pintora cubana, 2007
 
Je suis crevée.

Je dois être au rendez-vous à 11h00.

Ce matin le réveil a sonné à 9h00. Rien d’étonnant. J’avais réglé la sonnerie sur 9h00. Je n’avais pas prévu de rentrer tard hier soir et pourtant… Je suis arrivée, j’ai enlevé mon jean, je n’ai pas ouvert le lit. Pas le temps. Je me suis étendue sur le couvre-lit à moitié habillée ou plutôt à moitié déshabillée. C’est pareil. J’ai dormi.

A 9h00 la sonnerie ennemie du réveil a sonné.

J’ai mis les pieds hors du lit, j’ai enfilé mon jean et je suis partie à la cuisine à la recherche d’un café. Ici le café réveille les morts. Maman était déjà sortie acheter le pain, Mima dormait à moitié. Elle attendait un café, allongée, les yeux mi-clos dans le lit qu’elle occupe au fond du salon.

Sous la douche pas d’eau chaude puis presque pas d’eau du tout. Heureusement je n’avais pas eu le temps de me savonner, juste de mouiller mon corps du cou aux orteils quand l’eau s’est pratiquement arrêtée de couler. Je me suis habillée à nouveau. J’ai regagné la cuisine à la recherche d’un café chaud.

Enri s’est levé et a occupé à son tour la salle de bain pour un pipi matinal. Puis il a juré. Putain de merde ! Y a pas d’eau ! Je le lui avais déjà dit à travers la porte de la salle de bain mais sans doute il n’avait pas compris. Il était urgent de lui préparer un petit-déjeuner sous peine de supporter ses jurons tout le dimanche.

J’ai regardé l’heure il était 9h25.

Enri est sorti en slip dans la cour et il a ouvert le compteur d’eau. Ses jurons parvenaient encore jusqu’à la cuisine mais atténués par la relative distance. J’ai fait chauffer l’huile pour lui frire un œuf. C’est son péché le matin. Un œuf frit dans beaucoup d’huile. J’ai retourné la bouteille au dessus de la poêle, j’ai terminé l’huile qu’il y avait dans la bouteille jusqu’à la dernière goutte.

Un petit filet d’eau coulait encore du robinet de la cuisine. Je me suis dit qu’il fallait chauffer de l’eau sur la gazinière plutôt que d’attendre qu’Enri trouve la panne improbable.

Maman est arrivée contrariée, le pain ce matin est gris et farineux. Ils se moquent de qui ? A voler la farine, qu’auront-ils mis aujourd’hui à la place ? De la sciure ? Elle a posé le sac à pain sur la table.

Mima est passée dans la salle de bain. Sans un mot elle a traversé le salon puis la cuisine, sa brosse à dents à la main.

J’ai ouvert le frigo pour chercher un œuf, maman range les œufs dans le réfrigérateur, elle les y aligne soigneusement. J’ai vu que Mima n’avait plus de yaourt. Ici les personnes âgées ont droit à un quart de litre de yaourt tous les trois jours. Le calcium. Du calcium pour leurs vieux os. Je l’ai dit à maman qui est ressortie aussitôt acheter le yaourt de Mima. Son calcium. Sa dose de calcium autorisée pour ses os usés. Maman est allée chercher le yaourt.

J’ai regardé l’heure il était 9h40.

J’avais frit l’œuf pour Enri, l’odeur de friture m’a légèrement écœurée. J’ai pris un pain gris dans le sac à pain que maman avait posé sur la table et j’ai ouvert le petit  pain en deux. J’ai sorti délicatement l’œuf de la poêle et l’ai glissé dans le sandwiche, j’ai fait couler un peu d’huile du fond de la poêle. Enri adore ça et puis cela attendrit le pain quand il arrive gris et sec comme ce matin.

Mima est sortie de la salle de bain et a ouvert le réfrigérateur. En silence elle a jeté un œil sur les rayons. Elle a vu qu’il n’y avait plus de yaourt. Elle a juré entre ses dents comme Enri, mais sans prononcer distinctement. Elle a traversé la cuisine et le salon et a rangé sa brosse à dents dans son nécessaire au chevet du lit qu’elle occupe au fond du salon. Elle s’est étendue à nouveau, les yeux mi-clos.

Dehors un groupe de voisins était réuni autour d’Enri je percevais leur conversation au sujet de la panne. Ils ont baissé la pression de l’eau, les thermo-douches ne peuvent pas démarrer... Un matin sans eau, a-t-on idée ? Comment allons-nous faire ? Ils savent bien que le matin les gens font leur toilette, font la lessive, nettoient les maisons. C’est incroyable, à croire qu’ils le font exprès.

J’ai dit à Mima qu’elle attende un peu, que j’allais lui faire un café, je sentais un besoin grandissant d’ingurgiter moi aussi un peu de café chaud. Fatiguée. Lasse. Un bon café me ferait du bien. J’ai mis à chauffer sur la gazinière l’eau recueillie au robinet de la cuisine.

La femme d’Enri est entrée dans la cuisine avec leur bébé dans les bras. Le bébé sentait l’urine. Direction la salle de bain, je lui ai dit qu’il n’y avait pas d’eau chaude et presque pas d’eau du tout mais qu’elle attende un peu, j’avais mis de l’eau à chauffer sur la gazinière. Elle s’est assise sur les marches des escaliers qui mènent aux chambres. Elle a regardé ses ongles. Putain merde ! Elle avait un ongle cassé.

J’ai commencé à couler le café dans la cafetière avec une partie de l’eau que j’avais faite chauffer, lentement la poudre s’est humectée et l’odeur s’est répandue dans la cuisine. J’ai continué à couler lentement le café. J’ai dit à la femme d’Enri que j’allais lui préparer le bain du bébé. Il sentait trop mauvais et son odeur d’urine se mélangeait à celle du café. Je voulais que cela cesse et qu’il sente la savonnette. J’ai traversé la cuisine et le salon et j’ai tendu une tasse de café à Mima.

Mima a mis les pieds hors du lit, elle s’est assise et m’a remerciée en tendant son bras à la peau fripée vers la tasse de café.

Maman est arrivée avec le yaourt de Mima.

Enri est arrivé en jurant. Putain de merde ! On va se débrouiller sans eau chaude. Heureusement j’y avais déjà pensé.

La femme d’Enri est entrée dans la salle de bain pour baigner le bébé dans le bain que j’avais préparé.

J’ai regardé l’heure et il était 10h00.

Enri s’est jeté sur son sandwiche déjà un peu froid à l’œuf frit. Il m’a demandé du café.

J’ai servi une tasse de café à maman et une à Enri.

Le bébé gazouillait dans son bain.

Je me suis servie ce qu’il restait de café chaud et odorant. J’ai posé mon bol sur la table de la cuisine car il fallait remettre de l’eau à chauffer pour mon bain.

Maman a servi un verre de yaourt à Mima, elle a traversé la cuisine, puis le salon et a repris la tasse de café vide des mains de Mima. Elle lui a tendu son verre de yaourt. Mima était assise à la même place et a remercié maman.

Enri mangeait son sandwiche froid à pleine dents.

J’ai dit à maman qu’il n’y avait plus d’huile.

Maman m’a dit qu’elle allait sortir pour en trouver. Maman a bu son café.

J’ai bu mon café.

Je suis crevée.

Je dois être au rendez-vous à 11h00 même s’il n’y a plus de café, si le pain est gris ce matin, si l’eau chaude n’arrive pas, s’il n’y a plus de yaourt ni d’huile.

Somme de mon père

Posted: jueves, 21 de febrero de 2013 by magali in Etiquetas:
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TRADUCTION A ma grande surprise... Une initiative en allemand autour de mon texte, pour moi méditérranéenne dans l'âme la surprise est de taille. Ce texte vit sa vie, bonne lecture !

Somme de mon père / Summe meines Vaters, de Magali Junique

Traduit en allemand par Florence Ludi, relecture par Ina Klopfer
 
Installation sans titre, de Sandra RamosZeitungen rascheln unter den Füßen. Der Boden ist bedeckt damit und das Bett auch. Er liegt und hält die Seiten vor sich ausgebreitet. Kleine, diskrete Schritte, dünnes Klopfen an der Tür. Beim Reinkommen ins Schlafzimmer gibt es keine Freudenausbrüche noch Spontanität. Das Laken zeichnet und versteckt seinen Körper. Zwei ausgestreckte Arme zeugen allein von seiner Anwesenheit hinter der Zeitung. Die Kleinen stehen schon Schlange, im Pyjama und mit Pantoffeln an den Füßen. Eine klettert aufs Bett, dann die andere, sie kniet sich neben ihn und küsst rasch die hingehaltene Wange.
Gut’ Nacht!
Gut’ Nacht!
Gut’ Nacht!
Er hat drei Mal seine Wange hingehalten und vertieft sich schon wieder in seine Lektüre. Nicht einmal das Gesicht gedreht hat er, bloß die Wange hingehalten. So endet das Zeremoniell, eine klettert vom Bett runter, dann die andere und macht Platz für die nächste… Jede bekommt denselben, abgemachten Platz. Nicht mehr, nicht weniger. Befreit drehen sie ihm nun den Rücken zu. Kurz wetteifert der geblümte Stoff eines Pyjamas mit der weißen, von schwarzen Zeichen übersäten Doppelseite der Zeitung, die auf der Tagesdecke liegt. Rosa Stoff, fade Blumen, spielende Katzenbabys, Schaumbälle verlassen das Zimmer. Er hat die Zeitung nicht ganz losgelassen, ja nicht die Seite verlieren…
Noch was? Macht die Tür zu!

Texte original

Bild : Installation ohne Titel, von Sandra Ramos, 1997

Colérance

Posted: martes, 5 de febrero de 2013 by magali in Etiquetas:
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En ce mois de juin le climat méditerranéen reste capricieux. Ariel entend régulièrement les conversations autour de lui, le temps est un thème favoris chez tous. Cela l'avait étonné les premières années qu'il avait passées en France mais après plusieurs années lui-même se prend à opiner, à espérer, à maudire, à commenter le ciel, les nuages, le vent, le soleil ou son absence. Domi et lui partagent plusieurs mètres carrés, beaucoup plus que ce qu'il a comptabilisé pendant toutes ses années de vie à Cuba. Leur appartement  lui plaît, il en a pris de nombreuses photos avec l'idée de les envoyer à sa famille là-bas, finalement il s'est repris et ne l'a pas fait, à quoi bon ?
Ariel attend qu'arrive la fin de la semaine avec impatience. C'est aussi un thème de conversation : qu'est-ce qu'on va faire ce week-end ? En général ils reçoivent leurs amis et profitent ainsi dès le beau mois de mai de la petite cour coincée au milieu des cours avoisinantes.

Cette année l'été promet d'être chaud, une nouvelle voisine est arrivée dans l'appartement en face, de l'autre côté de la petite cour. Ses dreadlocks sont blonds, sa musique indienne, ses pétards nombreux, ses copains tous pareils : tolérants et cools comme elle. Ariel en est bouche-bée : il est presque 6h du matin, il n'a pas dormi à cause de la musique là, en face, à cause des conversations à haute voix et maintenant un bruit de tuiles qui craquent, des rires... Il se lève fatigué, jette un coup d'oeil en face, que se passe-t-il ? Ils sont sur le toit. La voisine et ses amis se sont installés en cercle sur le toit.

- Qu'est-ce que vous faites sur le toit ? Vous vous prenez pour des oiseaux ?

- Qu'est ce que ça peut te foutre ? Si j'ai envie de monter voir le lever du soleil sur le toit et même sur la cheminée si ça me chante ?

- Eh bien il est presque 6h du matin, j'ai entendu votre musique toute la nuit, maintenant vous êtes sur le toit. Je crois que vous n'avez pas bien compris comment ça fonctionne ici, le modus vivendi...

- Moi je suis libre, je ne m'occupe pas des autres, retourne dans ta cour ou plutôt retourne dans ta cuisine. Et si tu veux appelle la police, de toute façon elle viendra pas !

- Qui parle de police ? Je m'adresse à vous et vous dis simplement que vous me génez, vous génez tout le monde en fait, on ne peut pas vivre les fenêtres fermées, ni la nuit, ni le jour. Vous devriez vous rendre compte de ce qui se passe autour de vous, du calme dans ces cours, se sont des lieux d'intimité, de repos, personne ne grimpe sur le mur de personne, alors sur le toit !
 
- Si t'es pas content va à la campagne ou retourne dans la jungle, ici c'est Cosmopolis tu comprends ? C'est la ville, tu peux pas vivre cloisonné. Y'a du monde autour, tu piges ?

Ariel se demande s'il est devenu intolérant ?
Il se souvient de sa famille nombreuse pour qui chaque mètre carré est compté dans cette minuscule maison qu'ils partagent et dans laquelle chacun respecte chacun.
Ici l'espace ne suffit pas, ne suffit plus, monter sur les toits pour se sentir libre. Il n'y avait jamais pensé.
Quel courage ! Quelle prise de risque ! Quel engagement ! Bravo !
Ariel observe encore la scène, la voisine et sa troupe sont descendus, ils jubilent, ils s'escaffent. Ariel maudit les dreadlocks blonds, la musique indienne, les pétards nombreux, les copains tous pareils tolérants et cools. Puis il éclate de rire, quelqu'un a oublié son portable sur le toit.

Ici l’exubérance, l’abondance, étaient encore valeurs nationales

Posted: sábado, 19 de enero de 2013 by magali in Etiquetas:
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enajenación, Sheila Castellanos, pintora cubana

Yalili se souvenait de l’époque ou elle avait empoigné les ciseaux puis une mèche de ses cheveux, une mèche du dessous et avait coupé net. Elle se souvenait comment elle attacha la queue de cheval d’un élastique et recommença l’opération plusieurs fois. Elle choisissait à chaque fois des couches inférieures de façon à ce que les coupes successives demeuraient invisibles. Elle se rappelait très bien sa décision lorsqu’elle enveloppa les mèches postiches de cheveux naturels dans du papier journal et d’un pas décidé fit le tour des coiffeurs de la ville. Elle négocia alors la vente d’une main de fer. C’est chez Silvio qu’elle fit affaire, c’est ainsi qu’avait commencé leur longue amitié, leur future collaboration. Quand plus tard, elle avait déposé fièrement sur la table de la cuisine de quoi manger pendant une bonne semaine, sa mère avait ouvert grands les yeux. Jamais une telle somme d’argent n’avait été réunie en un seul jour. Comment t’es-tu débrouillée ma fille ? Elle avait pensé un instant à la prostitution mais aussitôt lui revint à l’esprit que Comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête. C’était donc ça ! Sa fille avait vendu ses cheveux et récolté un beau butin, c’était le début d’une collaboration qui remontait aujourd’hui à plusieurs années entre Yalili et Silvio. 
 Par les magasines étrangers de Silvio, Yalili avait eu vent d’un marché de cheveux naturels dans le plus grand des ex-pays soviétiques, dans l’actuelle Russie. Là-bas les femmes se battaient pour vendre des mèches naturelles que d’autres se feraient coller sur la tête un peu comme les fils de fer qu’utilisait Silvio lors des défilés de Yalili et auxquels il avait accroché toute la flore et la faune de l’île. Bien sûr ses cheveux étaient loin du blond vénitien tellement convoité. Un casque de poils hirsutes, un petit goupillon sombre et dur, le tapis noir qui couvrait son crâne depuis le jour de sa naissance comme le lui avait raconté bien souvent sa mère.
Je ne veux pas te décevoir ma chérie, lui dit Silvio, mais tes cheveux sont bruns et surtout aussi rebelles que nos héros nationaux. Ils n’ont rien de lisses ni de disciplinés, ce sont des mèches sauvages comme une forêt tropicale. Qui veux-tu que cela intéresse ? Tu vas faire fuir les clientes européennes, et que dire des américaines, imagine la belle Céline Dion avec une toison de négresse ?
Yalili ignorait complètement qui était cette Céline Dion. Elle se dit que cela n’avait aucun intérêt. Encore une top modèle refaite de pied en cap, certainement pas une femme d’ici qui arborerait ses courbes et sa chevelure grandiose, véritable œuvre d’art sans cesse réinventée. Sûrement une maigrelette cousue main, façonnée au bistouri. Berk ! Jamais un modèle aseptisé ne se targuerait de porter une chevelure cubaine, ce qui advient, convient. Plutôt crever de faim que de vendre ses cheveux à Céline Dion.
Cependant l’idée de se défaire un temps de sa chevelure envahissante, lourde et difficile à coiffer séduisait maintenant Yalili, plus elle y pensait, plus cela lui plaisait. Elle devait brouiller les pistes, ne plus être reconnaissable, qu’on ne la reconnaisse sous aucun prétexte, que la main anonyme qui lui avait glissé les 500 dollars ne puisse même la reconnaître, oui, c’était cela qui lui rendait ses cheveux lourds à porter. Les couper. On verrait bien ce qu’on pourrait en faire, peut-être quelques maîtresses de hauts dignitaires nationaux, ignorantes des critères de beauté occidentaux, se battraient pour arborer à leur tour la masse luxuriante de cheveux postiches, prête à l’emploi, qu’une coupe sérieuse des cheveux de Yalili ne manquerait pas de fournir. Ici l’exubérance, l’abondance, étaient encore valeurs nationales n’en déplaisent aux occidentales qui paraissaient plus mortes que vives.
Silvio était pensif, il regardait Yalili puis à brûle pourpoint, dis-moi ma belle, qu’est ce que tu veux exactement ? Mettre de la distance entre toi et ceux qui nous commandent les défilés ? T’enlaidir pour brouiller les pistes ? Te mettre hors jeu pendant quelque temps ? Qu’en dis ta mère ? Elle est allée chez sa marraine, raconte, parle donc !
Yalili pensait en effet aux cinq cents dollars, ces cinq billets rangés dans l’armoire de la chambre maternelle avaient provoqué bien des doutes. S’il était dit qu’elle portait son pouvoir sur la tête eh bien, il fallait abandonner la bataille, au moins le temps que ses cheveux repoussent. Une façon habile de perdre la partie était de laisser gagner l’adversaire. Devant un crâne chauve il abandonnerait et il choisirait une autre cible. Yalili serait débarrassée d’un poids, c’est ce qu’elle expliqua à Silvio. Ensuite il faudrait décider que faire des cinq cents dollars.

Pourquoi y a-t-il autant d'hommes infidèles et si peu de femmes ?

Posted: jueves, 10 de enero de 2013 by magali in Etiquetas:
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Ilustración: René Peña
René Peña, fotógrafo cubano
Silvio était en grande discussion dans le salon de coiffure. Autour de lui plusieurs clientes avaient pris position. D’un côté les partisanes de la pauvre Samantha cocufiée par sa sœur et de l’autres les partisanes de la bande adverse. La sœur était une victime supplémentaire, preuve s’il en est qu’on ne peut pas faire confiance aux hommes. Seul Silvio défendait le mari cocufieur, après tout quel homme digne de ce nom renverrait une femme qui se jetait dans son lit ? Est-ce qu’il en existait un seul ? Non, sûrement pas et encore moins dans ce pays où les distractions, il fallait bien l’avouer s’accompagnaient d’alcool et de l’alcool au sexe chacun sait que le pas à franchir est bien étroit.

Yalili écoutait muette.

Silvio était dans tous ses états, combien de temps encore les femmes de ce pays refuseraient-elles de prendre la responsabilité de la plupart des attitudes machistes ? Qu’elles disent franchement ce qu’elles pensaient d’un homme qui refusait les avances d’une belle femme ? Les clientes riaient, déjà l’une reconnaissait que Silvio avait raison, pour elle un homme était un homme un point c’est tout. Les femmes le savaient bien qui depuis l’école primaire avaient appris à se défendre, à se faire respecter et à refuser les avances des élèves voire des professeurs et parfois même de leurs cousins à la maison ! Tous des dégénérés dès lors qu’il s’agissait de sexe. La moitié des enfants de ce pays naissaient sans père légitime, c’est bien la preuve que le mari de Samantha ne méritait aucunes représailles, sinon à éliminer les maris infidèles la démographie du pays chuterait bien davantage que lors des guerres de libération. Alors quoi ? 

Yalili dit d’un ton ingénu : Moi je me suis toujours demandée pourquoi il y a autant d’hommes infidèles mais si peu de femmes, à croire que les coucheries ne concernent que les hommes pourtant avec qui couchent-ils donc ?

Silvio renchérit :Tu as raison, voilà qui est bien parlé, ils couchent avec les femmes, donc si les hommes de ce pays sont tous des salops il faudrait bien dire que les femmes de ce pays sont des salopes ! Ou je n’y comprends rien, car je serais le premier heureux si les hommes infidèles s’intéressaient à d’autres hommes, ce serait un régal, et je suis bien placé pour dire que ce n’est malheureusement pas le cas. Tant pis pour eux, à s’emmerder avec des Samantha et leurs sœurs, ils n’ont que ce qu’ils méritent.

Une cliente fit mine d’être choquée : Silvio mon chou, tu ne devrais pas parler ainsi de tes concitoyennes, tu oublies que c’est une femme qui t’a mis au monde ? Qui t’a nourri ? Qui a fait de toi, un homme, enfin malgré ce que tu dis, tu es un homme Silvio.

Oui ma chère, je suis un homme crois-moi et il ne me manque rien qu’un homme puisse désirer avoir, merci à ma mère, elle m’a donné ce qu’il fallait et bien donné même.

La plus jeune des clientes se mit à frétiller sur son fauteuil : Aïe Silvio ! Ne nous fait pas rêver ainsi ou nos maris finiront par nous interdire ton salon ! Moi rien ne me fera changer d’avis, si Samantha avait eu un peu plus de piquant et de mordant c’est elle qui serait enceinte à l’heure qu’il est au lieu de perdre son temps en explications inutiles. Et que fait son mari pendant que les deux sœurs vont se disputer ? Il doit être en train de lorgner sur la voisine ou sur une collègue de travail, non, c’est pas ainsi qu’il faut s’y prendre avec les hommes. Il faut les épuiser, les vider, leur prendre toute leur énergie et moi je ne lésine pas sur les efforts, Silvio peut le dire, c’est lui qui me coiffe et je me fais belle toutes les semaines, n’est-ce pas Silvio ? On n’attire pas les hommes avec du vinaigre, ni avec de belles idées. Il faut se bagarrer pour les garder et c’est un combat de tous les jours. D’ailleurs Silvio enlève-moi ce casque et ces rouleaux, regarde l’heure !

J’arrive, calme-toi. Silvio faisait un clin d’œil à Yalili d’un air de dire que la plus cocue d’entre toutes dans ce quartier venait de parler ainsi ! Vraiment les femmes sont trop bêtes.

Yalili savait bien que c’était vrai, le sexe était une question d’argent dans ce pays de crève la faim et elle repensa aux cinq cents dollars et à ce qu’ils allaient signifier pour elle dans les prochains jours. Tu as de l’argent, tu as du succès, plus tu as d’argent, plus tu as de femmes. Voilà, aussi simple que cela dans la plupart des cas. Un homme invite, un homme paye, un homme obtient ce qu’il veut. Elle regretta de ne pas avoir laissés tomber les cinq cents dollars alors qu’elle défilait aveugle et nue sous sa carapace de cheveux. Ensuite elle se dit qu’il faudrait changer de style, finis les défilés à moitié nue, elle devait en parler à Silvio, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle était passée le voir au salon de coiffure. Elle devait mettre en place une nouvelle stratégie… Peut-être se raser la tête ? Elle feuilletait une revue étrangère en anglais, Silvio ne pouvait pas s’empêcher de les collectionner, sur la plus récente une étrange top modèle semblait très heureuse avec son crâne rasé, pourquoi ne pas franchir le pas ? On verrait bien si comme le disait la marraine, comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête.

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