Street of Med

Posted: miércoles, 29 de junio de 2011 by magali in Etiquetas:
0

Rapidement je compris qu’il fallait me fixer des objectifs. Les gens autour de moi avaient tous des objectifs. Je décidais d’apprendre l’anglais mais à moindre coût, en fait gratuitement. Mes moyens ne me permettaient aucune fantaisie, pas même une inscription au Wall Street Institute, le numéro un de la formation en anglais...

J’allais prendre un café solitaire au Sound Station. Je tournais lentement la petite cuillère dans ma tasse de café, mon regard errait au delà de la terrasse du bar. Rue Saint Guilhem, à même le trottoir de jeunes parents et leurs enfants dégustaient des smoothies. Ils avaient l’air de respirer la santé : joues rainettes, sourire fraise et conversation poire william.
En face, d’autres consommateurs étaient installés au Lounge Bar. Nous nous ignorions de loin. A gauche de l’entrée du Lounge Bar on pouvait lire : This is not a design office this is an art office, quelques employés de this is not a design office this is an art office sortirent prendre un café. C’est ma chance, si je pouvais en alpaguer un. Sûrement j’apprendrais l’anglais. Tous avaient des costumes sombres, les filles étaient en tailleur et chemisier, une mallette rectangulaire à la main, mais pas un ne parlait anglais. C’est bien ma veine, encore une publicité mensongère.

Je décidais d’aller voir un peu plus loin. La rue de l’Aiguillerie grouillait de monde, je finirai bien par avoir une idée ou par trouver la solution à mon angoisse existentielle : atteindre mes objectifs, coûte que coûte et autant que coûte peu... Le nez en l’air la perspective était différente : element, basic, album, have a look, usual mais voilà une idée ! Je récitais en cadence marquant le pas à chacun des mots cette belle poésie anglaise : element, basic, album, have a look, usual. C’était fantastique. Je poussais encore un peu la balade linguistique, maintenant cela en était une, jusqu’au niveau de flower box. J’entrais respirer la fraîcheur des plantes, je fermais un instant les yeux… Me vint à l’esprit une carte postale de campagne anglaise, je crus entendre bêler un mouton. Non, juste une cliente sensible à l’appel de la nature. Comme la vendeuse me regardait je ressortis avant que de devoir lui expliquer ma progression pédagogique : element, basic, album, have a look, usual, flower box, je pouvais rajouter un vers à ma poésie. Elle me semblait belle.

Ragaillardi par la bouffée d’oxygène me voici devant une énigme : So fresh urban shop, sneakers § clothings. Alors là ! Je donne ma langue au chat et si j’arrive à aplanir la difficulté, je pense que j’atteindrai le niveau 2 de ma méthode d’anglais. Merde et remerde, pas moyen : So fresh urban shop, sneakers § clothings. Les jeunes entrent et sortent, ça doit être un nouveau concept un peu comme le nouveau roman. Je mémorise, je répète : element, basic, album, have a look, usual, flower box, so fresh urban shop sneakers § clothings. Je ne suis déjà plus du tout sûr de ma prononciation. C’est la bonne volonté qui compte. Heureusement peu après je suis rassuré par African art puis western boots et enfin No comment, vlan ! enchaînés comme ça à la suite : African art, western boots, no comment.

Je décide de noter mon devoir à la maison sur un bout de papier qui traîne au fond de mon sac. Ce sera tout d’abord : No fear Brooklyn dangerous sports gear et puis : Backroom pull-in underwear by bicycle store.
Dès mon retour j’empoigne le dictionnaire et je commence :

Elément, basique, album, regarde, usuel,
boite à fleur, tellement fraîchement
magasin urbain, chaussures de tennis, vêtements,
art africain, bottes de l’ouest, sans commentaire
sans crainte, Brooklyn,
Equipement de sports dangereux, Laboratoire de recherche secret,
Tirez, Portez dessous par le magasin à vélo.

La traduction est fidèle mais je m’en tiens à la compréhension globale. Si je veux atteindre le laboratoire secret j’ai intérêt à tirer, cacher et à passer par le magasin à vélo, ni vu ni connu. Je dois calmer mes angoisses quant à Brooklyn, mais de toute façon je préfère aller en Angleterre dans un premier temps. Pour le reste pas de surprise, je crois avoir le niveau requis pour attaquer rapidement le niveau 2. Je pense pour cela aller rue de la Méditerranée.

Quand David rencontre Goliath

Posted: jueves, 23 de junio de 2011 by yannier RAMIREZ BOZA in Etiquetas:
0

Eh Andi !

Posted: domingo, 19 de junio de 2011 by magali in Etiquetas:
0

- Et Andi ? Qu’est-ce qu’il devient ? T’as des nouvelles ?

- Ah oui, il est en Espagne. La dernière fois qu’il est venu il m’a passé le bonjour. Je ne l’ai pas vu mais j’ai croisé sa sœur, Andi était déjà reparti. Il n’est pas resté longtemps.
- Tout va bien pour lui ?
- Les poches pleines d’euros, c’est ça la vie ! Pas comme nous avec notre monnaie de singe.
- Qui travaille maintenant à son poste ?
- C’est Osmani, tu sais le gros, celui qui joue du saxo. Tu le connais ?
- Tu parles ! j’étais à la fac avec lui.


- Alors ton frère est en Espagne ?
- Mon frère ?
- Ben Andi ! J’ai croisé Lupe hier, elle m’a dit qu’il est en Espagne.
- Pas du tout. Il est en Italie. Ça fait maintenant un bail qu’il est là-bas. Tu sais comment sont les choses…
- Il va bien ?
- Il va bien, mais Paris ne s’est pas fait en un jour, enfin Milano... Il était là le mois dernier.
- C’est ta mère qui devait être contente ?
- Ah oui, elle était folle de joie. Son seul garçon alors tu sais…


- Alors Andi est parti lui aussi ?
- Oui m’en parle pas, quelle histoire !
- Pourquoi ? Comment ça quelle histoire ?
- Figure-toi que ce crétin d’Andi avait emprunté de l’argent, tu vois une bonne somme. Quand il a fallu qu’il présente sa thèse au lieu de faire comme nous tous, une reliure bon marché et un seul exemplaire. Non ! Monsieur a voulu faire les choses en grand. Bref, il a emprunté du fric et il a fait son book. Il pensait qu’il serait pris à l’école de San Antonio de los baños. Tu parles ! Ils lui ont dit d’aller se faire voir ailleurs. Résultat, il doit du fric à tout le monde, un paquet de fric, alors il reste à La Havane.
- Ah bon, il n’est pas en Italie ?
- En Italie ? Avec quel fric ? Il avait juste de quoi aller à La Havane et maintenant là-bas il mange des cailloux à coup sûr. Sinon pourquoi il vient pas par ici ?
- Ben, peut-être qu’il est loin ? A l’étranger quoi…
- A l’étranger ? Tu rigoles. Ici c’est grillé pour lui, il n’est pas prêt de revenir. En plus je crois qu’il a laissé un gamin ici. Je te dis s’il revient ça va chauffer. Il doit du pognon partout, plus la nana avec un gamin qui va pas le lâcher.
- Un gamin avec qui ?
- Avec la sœur à Fernando celui qui joue de la guitare dans l’orchestre de Osmani. Elle aussi elle lui a prêté du fric, ah ah ah ! Sacré Andi !


- Fernando, quel hasard ! Je parlais de toi avec Yerandi il y a quelques jours.
- Eh ! Tu parlais de moi ! C’est pour ça que j’avais les oreilles qui sifflaient hier…
- Mais non ! En fait on parlait de Andi. T’es au courant pour lui ?
- Evidemement ! Je suis au courant.
- Tu es au courant ? Finalement il s’est barré, mais où ? En espagne, en Italie, où est-il ? Tu sais quelque chose ?
- Mais oui, je sais tout. Il sortait avec ma sœur pendant un moment, je le voyais sans arrêt. Ça fait un bail qu’il voulait se barrer. Il a proposé à ma sœur de partir avec lui mais elle a dit niet ! En fait elle s’est remise avec son ex. Ils viennent même d’avoir un gamin. Alors Andi pendant un moment il arrêtait pas d'appeler. Bien sûr que je suis au courant ! Complètement accro, mais tu connais les nanas. Elle lui a dit d’aller se faire voir ailleurs.

Cuba gotiando arte, Fernando Goderich

Posted: lunes, 13 de junio de 2011 by magali in Etiquetas:
0

Une chanson

Posted: martes, 7 de junio de 2011 by magali in Etiquetas:
0

A huit heures moins le quart sur le chemin du travail je suis une banale employée. J’en ai les caractéristiques : pieds légers, sandales sans poussière, halo suave de savonnette et déodorant, petit sac en plastique à la main et sous le bras un livre et un cahier. Je salue le chauffeur de bus.

A huit heures dix dans le hall de l’école. Hola profe. On regagne la salle de cours, les couloirs sont frais et sombres, la rampe art nouveau des escaliers qui mènent à l’étage est froide dans ma main.

A dix heures trente à la cafétéria je suis comme les autres. J’achète mon sandwich à la mayonnaise et souvent on m’invite à une cigarette et un café ou bien c’est moi qui le fait. Je parle français avec mes collègues et avec les élèves. La leçon, une chanson, la France, un voyage, un échange avec un amoureux qui vit à Montréal, une question, un livre à lire, la France.

A midi et demi sur le chemin du retour pas le temps de donner les 20 centimes de peso au chauffeur, un des élèves a déjà payé ma place. Hasta mañana profe.

A quatre heures je sors de ma sieste, prends une douche et repars. J’ouvre une ombrelle sur mes épaules. Les rues sont grouillantes de bruit et de chaleur. J’avance plus lentement.

Dans le hall de l’école les groupes attendent. Hola Profe. On s’installe dans le salon d’honneur. Les colonnes art déco, les vitraux colorés, les sièges en bois sombre, j’ai droit à un fauteuil. A travers les persiennes j’aperçois la lumière du dehors si je regarde trop longtemps mes yeux ne distinguent plus autour de moi. Nous sommes retranchés dans l’obscurité sous le ventilateur du plafond, nos membres sont gourds, nos pieds enflés et nos sandales poussiéreuses, dans nos sacs les petites bananes du goûter puent, elles exhalent une odeur écœurante tandis que leur peau s’est ouverte laissant passer la pulpe molle. L’odeur des déodorant est maintenant relative.

Et là chaque après-midi a lieu le miracle. J’en frissonne aujourd’hui encore. Chacun leur tour mes chers élèves vont entonner une chanson. L’un après l’autre ils répètent. La prof de chant les fait recommencer tandis que je les interromps pour reprendre un mot, un son. Articule. Avance davantage les lèvres « e ». Oui c’est bien. Ils sont là transpirant, s’éventant avec le livret des paroles de la chanson, mémorisant, studieux et concentrés. Ils préparent le concours de la chanson française et savent que le gagnant aura l’opportunité d’aller non pas à Paris ! Non ! A La Havane pour quelques jours ! Pour chanter, lors de la finale du concours de la chanson française. Juste pour chanter.
J’écoute Dis l' oiseau oh dis emmène-moi Retournons au pays d' autrefois j’observe les visages ébènes, Diego, libre dans sa tête Derrière sa fenêtre S'endort peut-être bruns, Caramels, bonbons et chocolats blancs Tombe la neige Tu ne viendras pas ce soir Tombe la neige.

LinkWithin