La Laiterie des Beaux Arts (nouvelle version)

Posted: lunes, 24 de septiembre de 2012 by yannier RAMIREZ BOZA in Etiquetas:
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Après un an de fermeture,
La Laiterie des Beaux Arts ouvre à nouveau au public,
la programmation continue à donner le vie belle aux arts plastiques, scéniques, la musique est au rendez-vous trois soirs par semaine, la danse... Le bistrot des ethnologues y aura lieu également de façon régulière.
Boire un coup, manger, se réunir et en prendre plein les mirettes, plein les esgourdes, plein la gargoulette, plein le palpitant,
on aime, on y va,
on tape : lalaiteriebeauxarts.over-blog.com pour accéder au programme détaillé semaine après semaine.

Les quatre saisons

Posted: miércoles, 19 de septiembre de 2012 by magali in Etiquetas:
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Carilda Oliver Labra, poetisa cubana,
fotografía Héctor Garrido
Dans cette maison il n’y a pas d’hommes. C’est une maison de femmes. Une maison qui compte, avec moi, sa quatrième génération de femmes.
 
Un jour, mais je n’avais pas encore atteint mes quinze ans, j’ai demandé à Mima, j’appelle toujours grand-mère Mima, pourquoi il n’y a pas d’hommes à la maison ? Elle n’a été ni gênée, ni surprise par ma question. Je le sais. Je le sais car quand Mima est gênée elle me dit Aïe Julianita ! mais qu’est ce qu’il se passe donc dans cette petite tête ? Je le sais car quand Mima est surprise elle dit également : Aïe Julianita ! mais qu’est ce qu’il se passe donc dans cette petite tête ? mais c’est un ton différent qu’elle emploie à ce moment là et je sais qu’elle est surprise et non pas gênée. Là, face à ma question, elle a dit Aïe Julianita ! mais qu’est ce qu’il se passe donc dans cette petite tête ? Mais elle n’était ni gênée, ni surprise, elle était sérieuse. Je l’ai compris à sa voix. Elle a pris mon menton dans sa main et m’a relevée doucement la tête. Puis elle a planté son regard dans le mien. Et elle a continué.
 
 Julianita, tu sais, c’est un grand bonheur pour nous toutes ma fille qu’il n’y ait pas d’hommes à la maison. C’est aussi à cause de ton salopard de grand-père. Le père de ta mère et de toutes mes filles, enfin, le père de tes tantes. Ton grand-père est le salopard qui a permis ce grand bonheur car vois-tu ma fille et tu le sais bien, ce qui advient, convient.
 
Je me suis demandé à ce moment-là si Mima allait poursuivre ou s’arrêter car tout était dit. Mais elle a continué.
 
J’avais presque ton âge quand j’ai connu ton grand-père. Il m’a plu énormément et m’a fait la cour d’une belle façon. Il m’a parlé de fleurs, de jardinier, enfin de toutes ces choses tellement fleuries que neuf mois plus tard ta mère est née. Il n’était pas là ce jour là, le jour où je suis devenue mère. Le jardinier était absent. Selon la lune, mais lui il disait que c’était selon son travail, il partait ou il revenait. Neuf mois plus tard c’est ta tante Ofelia qui est née, ton grand-père n’était pas là, mais j’étais déjà mère et j’en savais déjà plus que lui sur bien des choses. Ensuite il y a eu l’arrivée de ta tante Fina, je ne peux même pas te dire s’il était là ou pas, tu vois j’avais déjà beaucoup grandie et ainsi de suite… Je vivais avec ma mère, ton arrière grand-mère car mon papa, ton arrière grand-père, était mort avant ma naissance.
Le temps a passé et je me suis un peu desséchée, d’abord parce que ta mère et tes tantes m’avaient tétée les seins jusqu’à la dernière goutte de lait et puis j’avais trop attendu le retour du jardinier. J’étais une belle plante crois-moi mais j’avais donné trop de fleurs et sans doute mon parfum s’était-il altéré ? Enfin j’ai élevé mes filles. Seule. Ce qui advient, convient Julianita. Avec le temps j’ai su que le salopard allait jardiner d’autres fleurs, vois-tu. Tu connais ta tante Germana ? et ta tante Silvina, la pauvre, elle n’est plus là aujourd’hui. Ce sont tes tantes que je n’ai pas mises au monde. Enfin ce sont tes tantes quand même ma fille. Elles sont nées comme ta mère, comme Ofelia, comme Fina dans des maisons de femmes. Alors j’ai dit à tes tantes et à ta mère qu’elles suivent mon conseil. Qu’elles apprennent à élever leurs enfants seules sans attendre le retour d’aucun jardinier. J’ai appris à mes filles et à tes tantes à devenir des femmes libres. Certaines tu le sais se sont faites opérer après leur première grossesse. Chacune d’elles a décidé librement. C’est aussi ce que tu feras ma Julianita. Tu choisiras tes hommes mais tu choisiras aussi ta vie. Libre et toujours fleurie, regarde tes tantes comme elles sont belles ! Et ta mère ! Tu as de qui tenir ma fille, tu as reçu d’elles un bon engrais, tu es un vrai bougainvillier, avec ses fleurs mais ses épines acérées ne sont jamais loin, aïe Julianita.
 
Mima était toujours sérieuse quand elle m’a dit cela, puis elle a répété plusieurs fois que ce qui advient, convient. Que le salopard avait permis ce grand bonheur. Moi, j’avais bien compris. Je le lui ai dit doucement, Mima j’ai compris, tu sais ça fait longtemps que j’ai compris, mais dis-moi encore une chose, ton père, c’est à dire mon arrière grand-père, n’est certainement pas mort avant ta naissance, il est parti jardiner un autre jardin avant même la première récolte ?
 
 Mima a dit Aïe Juliana ! mais qu’est ce qu’il se passe donc dans cette petite tête ?
 
Mima ne m’appelle jamais Juliana. A son ton j’ai compris qu’elle était très fâchée.

Cette pauvre Samantha !

Posted: martes, 11 de septiembre de 2012 by magali in Etiquetas:
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Yalili s’étonna elle-même. Le feuilleton lui avait fait oublier l’épisode des billets mystérieux : elle s’indigna avec la pauvre Samantha ; elle respira plus vite quand Samantha accepta enfin de parler en tête à tête à sa sœur et d’éclaircir maintenant l’infidélité de son mari ; elle rougit quand les voisins regardèrent passer sans vergogne la pauvre Samantha (doublement trahie par son époux et par sa sœur).

 Samantha traversa seule toute la ville pour se rendre à la terrasse d’une cafétéria bien en vue, l’endroit du rendez-vous fixé par sa traîtresse de sœur. Les messes basses fusaient à son passage : la boulangère jusque là amie de la famille regardait Samantha avec l’air de dire, voilà ce qui arrive quand on est incapable de retenir son homme ! C’est tout juste si elle n’accusa pas Samantha d’être responsable de cette grossesse incestueuse.

 Yalili sentait son cœur se serrer et la colère grandir en elle. Pourquoi les femmes de ce pays ne sont-elles pas solidaires ? Pourquoi accabler cette pauvre Samantha déjà bien éprouvée ?

 Samantha s’assit enfin à la terrasse de la cafétéria et quelques minutes après sa sœur prit place face à elle. Le suspens était à son comble, qu’allait-il se passer entre les deux sœurs ennemies ?

 Yalili sentait confusément que l’épisode allait s’achever. Le propre des feuilletons était d’aiguiser la curiosité des auditeurs et de découper chaque épisode afin qu’il finisse sur un moment culminant dont le dénouement ne serait révélé que le lendemain et parfois même le surlendemain. Alors les pronostics iraient bon train entre les partisans de Samantha, ceux de la sœur de cette dernière et ceux du mari infidèle. Dans ce pays de conteurs et de raconteurs, les conversations auraient assurément autant de piquant, et parfois plus de rebondissements que la conversation fatidique des deux sœurs. En effet, la musique du générique retentit avec un dernier plan sur le visage de cette pauvre Samantha qui affichait un regard entre chien battu et chien méchant. Yalili se leva pour boire un verre d’eau fraîche. Elle se demanda un instant si Samantha allait gifler sa sœur en public ou lui parler de façon civilisée. Elle se demanda surtout ce qu’elle aurait fait dans un pareil cas, impossible à dire puisqu’elle n’avait ni sœur, ni mari. Après tout finit-elle par dire à sa mère, elle n’a qu’à se débrouiller avec son histoire cette Samantha, moi je me débrouille aussi avec la mienne et personne dans ce pays ne s’intéresse à ce qui pourrait bien m’arriver. Qu’elle aille se faire voir avec sa sœur et son mari, quelle emmerdeuse !

Yalili avait déjà oublié l’empathie et la compassion ressenties quelques minutes auparavant. Peut-être l’effet du verre d’eau froide ? La mère de Yalili regardait sa fille étonnée, comment peux-tu comparer un instant l’histoire de cette pauvre Samantha avec la tienne ? Tu oublies que je vais chez ta marraine demain ? Ce qui advient, convient ma fille. Ces billets sont arrivés à toi pour une raison que nous aurons vite comprise et alors crois-moi tout deviendra clair. Va faire un tour, change-toi les idées, d’ici à demain il y a peu à attendre. Yalili s’étira, bailla, jeta un regard dans le miroir de la cuisine, pas mal, les cheveux tressés lui allaient bien, son reflet lui renvoyait un visage au regard de biche, pas de chien battu ni de chien méchant à l’horizon. Elle sourit face au miroir, prit son sac à main et décida qu’elle allait suivre les conseils de sa mère et sortir faire un tour.
Gustavo Peña, artista dominicano
En passant devant la boulangerie elle ne put s’empêcher de lorgner vers la boulangère qui appuyée nonchalamment un coude sur le comptoir, semblait à moitié assoupie et fit un léger signe de la main en direction de Yalili qui lui trouva un regard de chien méchant, aussi elle l’ignora superbement. Qu’elle vende son pain !

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