Le poids des bagages

Posted: lunes, 19 de diciembre de 2011 by magali in Etiquetas:
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Esterio Segura, aeropuerto
Le billet stipulait le poids du bagage : 23 kilos, pas un de plus.
Plusieurs mois déjà que Andrés ne fermait pas vraiment l’œil. Récapituler les cadeaux achetés, les manquants… Récapituler la liste d’effets personnels indispensables puis recommencer avec les cadeaux. Il ne pourrait froisser personne, ni sa mère, ni ses frères, ni ses belle-sœurs, ni ses amis, ni même ses plus proches voisins. Il ne pourrait pas avoir l’air d’un globe-trotteur dans le style vieux jeans, T shirt délavé et baskets usées. Il faudrait qu’il donne l’impression de son bonheur et de sa réussite. Oui. Il se souvenait des moqueries que lui-même et ses amis, mais il n’avait pas encore quitté l’île, réservaient aux touristes. Des pouilleux qui n’avaient personne à qui donner à laver leur linge sale, des pauvrets avec un sac à dos rempli d’habits puants alors qu’ils avaient en poche assez d’argent pour acheter cash un lave-linge et offrir ce rêve inaccessible à n’importe qui. Immédiatement. Non vraiment ! Quel plaisir pouvait-il y avoir à marcher sous le soleil, attendre un bus avec un ballot d’effets personnels aux couleurs douteuses. Ils imaginaient plutôt leurs vacances dans un hôtel confortable avec bar-restaurant, piscine privée, plage, magasins exclusifs et service de blanchisserie. Le jour où ils pourraient…

Andrés se remémorait cela et savait bien qu’il ne pourrait pas avoir l’air d’un globe-trotteur. Non. Chemises impeccables, pantalons de lin, chaussures vernies, sandales de cuir, à la mode cubaine. Mais les chaussures chacun sait que ça pèse lourd et que ça prend beaucoup de place dans un bagage, surtout quand on chausse du 46 et qu’on a seulement droit à 23 kilos, pas un de plus. Il faudrait peut-être choisir entre une paire légère de tennis de marque et les chaussures… surtout s’il voulait amener à sa mère plusieurs paires de nu-pieds vraiment pas chers et tellement jolis.

Il verrait… Il faudrait peser encore une fois.

Autour de lui ses compatriotes exilés se montraient heureux de ce départ, comme si par personne interposée ils voyageaient aussi. Le téléphone sonnait plus souvent que d’habitude, les visites se multipliaient. Les discussions portaient invariablement sur les bagages. Le premier à oser fut Gregorio. Il voudrait faire passer à sa famille quelques boites de médicaments ; aussitôt Daisy lui emboîta le pas. Elle voudrait faire passer à sa grand-mère un tensiomètre, tout petit petit… Andrés pensait à nouveau à ses chaussures, ses vestes et pantalons en lin, son nécessaire de toilette. Il faudrait qu’il se parfume et offre des parfums. Le parfum n’est-il pas un symbole français ? Comment arriver de France sans parfums ? Oui. C’était évident quand même ! Tandis que Daisy expliquait les détails de la maladie de sa grand-mère, il n’écoutait plus, il pesait mentalement ses bagages. Chacun connaissait la situation de Gregorio, il avait repris la parole, je ne peux pas rentrer au pays pour l’instant, vous savez bien que ma situation est compliquée. Ma famille réclame des médicaments. Andrés choisissait mentalement les chemises impeccables, pantalons de lin, chaussures vernies. Il disait oui, oui, je verrais ce que je peux faire. Il accumula dans un coin du salon les paquets en attente. Le billet stipulait le poids du bagage : toujours 23 kilos, pas un de plus. Andrés ne fermait plus l’œil. Dire oui ? Dire non ? Il ne pourrait froisser personne. Récapituler les cadeaux achetés, les manquants… Il ne pourrait pas avoir l’air d’un globe-trotteur. Comment arriver de France sans parfums ? Il verrait. Le téléphone sonnait de plus en plus souvent.

Cette nuit-là Andrès fit un rêve, il imagina des vacances dans un hôtel confortable avec bar-restaurant, piscine privée, plage, magasins exclusifs et service de blanchisserie…

País de Orishas présente ses parcours de fin d'année

Posted: sábado, 10 de diciembre de 2011 by magali in Etiquetas:
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País de Orishas présente ses DVD
Il était grand temps de réunir nos  videoorishas sur un support artistique. 
eh bien c'est fait !

Parcours artistique

Parcours accoustique

Parcours sympathique

 Parcours Montpellier-Cuba
et

País de Orishas présente en collaboration avec la plasticienne
Isabelle Marsala
ses objets d'art : productions uniques, exclusives, curieuses mais toujours artistiques réunissant ainsi les textes choisis de
Sex on the story 
Chroniques d'ici
Chacun cherche son Che  et la peinture de
Isabelle Marsala


País de Orishas présente avec plaisir ses objets rares et curieux.





Langue de vipère et homosexuel

Posted: jueves, 8 de diciembre de 2011 by magali in Etiquetas:
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Belkis Ayón, artiste cubaine, Vamos (1993)
Colografía; 100 x 68.5 cm

Langue de vipère et homosexuel. C’est un bon début pour parler de ta fin. Un mail de quelques lignes mêlant tragique et joies quotidiennes est entré dans mes yeux, dans mon cerveau et a percuté mon cœur. De l’écran j’ai reçu la nouvelle. Un coup de poing qui arrive depuis là-bas non pas avec la vitesse d’un airbus mais avec le même impact qu’un airbus traversant les nuages. Un coup de poing en plein cœur qui annonce en deux lignes qu’avec beaucoup de tristesse on vient de perdre le mois dernier notre cher ami Toni, notre ami aimé et estimé.

Malou n’a jamais su pourquoi on l’appelait Toni la sorcière. Toni la Bruja. Qu’avait-il d’une sorcière ? Sa langue de vipère en faisait le meilleur compagnon les nuits de bohème. Malou partageait avec lui sous les ficus emplis d’oiseaux endormis les longues conversations entrecoupées de chansons reprises en cœur. Le répertoire de la Vieille Trova mêlé à quelques compositions de la Nouvelle Trova et même de la Toute Nouvelle Trova. Celle de William, celle de Rubén, celle qui s’enracine chez toi à Santiago et qui vit et revit à l’infini.

Te souviens-tu Toni, mon ami, mi amor, de la chanson du Cimarrón ? de celle du Cocuyo ? Notre ami aimé est parti, le crabe l’a emporté vite vite. Pas le temps de savoir. Depuis quand ? Comment ? Pourquoi toi ? Rapidement. Ton agonie a été méconnue. Plutôt qu’agonie le mail dit que ta convalescence a été secrète. Convalescence. Comme si tu allais guérir alors qu’il s’agissait de mourir. Les distances en deviennent risibles. Putain de crabe à 9000 kilomètres de moi, le mois dernier, tu as gagné la partie. Alors Toni, mon cœur, tu avais dansé ton dernier Carnaval de juillet, le savais-tu ?

La sorcière parce qu’en quelques mots justes Toni pouvait laisser entendre toute sa pensée poétique, philosophique et politique. Quelques métaphores bien envoyées qui laissaient les bras ballants à ceux qui en voulaient à sa liberté d’être. D’être. D’être homosexuel aussi. Malou a toujours compris son goût pour les jolis garçons, comment aurait-on pu le lui reprocher, dans ce pays où la chaleur, la sueur, l’odeur des corps et leur couleur sont une invitation permanente à l’amour ? En Toni un mélange de raffinement et de désordre dont seuls les êtres complets peuvent se targuer. Rôdeur nocturne, entouré de garçons qui lui faisaient compagnie sur les bancs des places de la ville. Céspedes, Le Boulevard et La Placita et puis tes lieux secrets de drague. A chaque heure de la nuit il savait où aller et pourquoi il y allait.

On vient de perdre notre cher Toni mais Ferni a fêté l’anniversaire de sa petite fille, avec clown et tout. On a pensé à vous et aux moments qu’on partagera encore, bientôt. Je viens de gagner une mention spéciale au concours international de poésie Nósside. C’est ainsi mes amis, la vie continue.

Un mail de quelques lignes mêlant tragique et joies quotidiennes est entré dans mes yeux, dans mon cerveau et a percuté mon cœur. L’ombre de Toni, ses cheveux clairs et bouclés, son corps mince assis sur un banc une nuit chaude et étoilée. La sorcière parle et drague.

European sex crisis

Posted: viernes, 2 de diciembre de 2011 by magali in Etiquetas:
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Fabelo, pintor cubano
Chloé est sur la plage. Son corps est parfait dans un maillot de bain sobre qui laisse voir le nombre exactement parfait de ses percings et tatouages. Chloé a vingt six ans. Elle parle parfaitement anglais. Chloé est pensive, un regard sur les vagues et l’autre sur son fils, fruit de ses amours avec un bel américain. Si ! Il y en a comme Andrew, grand, baraqué, blond, souriant, assistant d’anglais en France, idéal pour une publicité de short et planche de surf Bilbong. Leur vie commune a été courte et désastreuse, le bel américain n’ayant aucun sens des responsabilités. Chloé et Andrew sont séparés. Elle observe, le regard sur les flots, le désert sentimental et sexuel de sa vie.

Jim, le fils de Chloé et Andrew, est aussi beau que ses parents. Un petit garçon de trois ans environ, blondinet aux yeux azurs, idéal pour une publicité Guigoz. Sa maman dit qu’il est un peu capricieux mais il faut dire qu’il a raté sa sieste pour aller à la plage. Et puis ses parents se disputent beaucoup au téléphone. Peut-être à cause de ses racines américaines, dans un élan spontané il a lié connaissance avec Steven, Kevin et Dylan, trois petits garçons parfaitement français. Leur père ayant la garde de ses trois garçons un jour par semaine et un week-end sur deux, il les amène à la plage. A la plage il peut scruter sans vergogne le corps des mamans seules avec qui il s’imaginerait bien faire une bonne partie de jambes en l’air, aussi il adresse à Chloé des sourires de connivence. Sa vie à trente-trois ans ressemble à un désert sentimental et sexuel.

En surpoids pondéral depuis l’adolescence Lorena a quarante quatre ans. Elle a grandi consciente de ses atours charnels et toujours honorée par de nombreux hommes désireux de caresser ses kilos en trop. Couchée nonchalamment sur sa serviette de plage elle se détend, bercée par le bruit des vagues sur la rive et le babil des quatre petits garçons qui jouent dans le sable à quelques pas d’elle. Elle rêve à ses amants et à ses prochaines rencontres coquines car il faut bien dire qu’à Cuba comme en France son caractère enjoué et optimiste, son corps gras et généreux font d’elle une femme comblée. Elle rit volontiers et l’équilibre sentimental et sexuel qui rythme sa vie fait d’elle une grosse femme épanouie. Elle se reconnaît parfaitement cougar.

Chloé répond froidement aux sourires du père de Steven, Kevin et Dylan. C’est bien ma chance ! Le typique bof français victime des séries américaines à deux balles et l’autre là-bas, la grosse vache sur sa serviette bariolée. Quelle horreur ! Jamais ça, elle se réjouit du résultat des heures difficiles au gymnase sur son corps parfait. Elle se rassure. Elle ne ressemblera jamais à cette grosse pouffiasse sur sa serviette bariolée qu’elle imagine au bord du suicide. Si cela fait six mois que moi, je n’ai pas couché avec un mec, alors la grosse là-bas !

Lorena entrouvre les yeux et répond franchement au sourire de l’homme qui la regarde. Il vient récupérer les jouets que ses trois garçons ont éparpillé un peu trop loin. Elle récapitule mentalement son agenda et se souvient avec plaisir du rendez-vous galant qu’elle a ce soir. Tant pis pour lui ! pense-t-elle en lui tendant gentiment le râteau en plastique.

Artiste Rosario HEINS

Posted: miércoles, 23 de noviembre de 2011 by yannier RAMIREZ BOZA in Etiquetas:
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C3H6N6 Formule brute

Posted: domingo, 20 de noviembre de 2011 by magali in Etiquetas:
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Les jeunes filles quittent la haute vallée. A 14 ans déjà adultes elles font leurs 40 heures par semaine. Pas de loyer, elles logent chez la sœur aînée et envoient chaque mois un mandat aux parents. Elle rêvent à leur trousseau et à l’amour de leur vie. Elle feront une famille qui s’assiéra sur des chaises en formica, autour de la table en formica face au buffet en formica achetés à crédit.

La mélamine, de nom chimique 1,3,5-triazine-2,4,6-triamine, est parfois dénommée cyanuramide ou cyanurotriamine. Sa formule brute est C3H6N6.

Chaque jour la famille prendra place. Le père aura la meilleure, la plus spacieuse entre le mur et la table, la mère lui fera face coincée entre le buffet et la table, à sa droite la plus petite encore dans sa chaise-haute et sur chaque largeur une enfant se tiendra droite devant son assiette de soupe. Le journal maintenu entre le pot de moutarde et la tête de cochon bouillie fera face au père.

Leur dureté et rigidité exceptionnelles, ainsi que leur bonne résistance à la chaleur, à la lumière, à la plupart des produits chimiques, à l'abrasion et au feu, expliquent leur succès dans l’immédiat après-guerre.

Le père aussi sera fatigué par 40 heures de travail surtout s’il fait les trois-huit. Nulle conversation ne pourra le perturber, aucun rire ne fusera autour de la table en formica. Mange ! Finis ton assiette ! Les poils qui sortent du nez de la tête de cochon bouillie brillent sous le néon de la cuisine. Les meubles en formica brilleront aussi sous la lumière vive comme le lino du sol de la cuisine.

Dans les années 1950, le Formica (censé « libérer la ménagère ») développa un engouement tel, que nombre de meubles anciens, souvent remarquables, furent purement et simplement mis à la décharge.

Puis le père pliera le journal et rotera bouche grande ouverte laissant l’assiette sale sur la table en formica. Il se lèvera et les pieds de la chaise en formica crisseront sur le lino de la cuisine. La mère froncera les sourcils et jettera un regard affolé à son beau lino neuf. Le père ira aux toilettes pendant que la mère débarrassera son assiette d’un geste mécanique. La tête déjà ailleurs. Elle rêve d’une table basse pour le salon avec un ensemble canapé-fauteuils assorti.

Deux autres applications importantes furent l'utilisation de gobelets, assiettes, couverts, prétendus incassables bien que ne l'étant pas (il suffit de laisser tomber un objet en mélamine sur un sol dur pour le constater), largement utilisés pour les enfants et le camping, ainsi que la fabrication de gadgets bon marché (cendriers, porte-clés...)

Le silence aura cessé autour de la table. Les pleurs de la cadette qui refusera de manger la tête de porc découpée dans son assiette. La mère finira de donner à manger à la petite qui s’en est mis tout autour de la bouche, vivement qu’elle mange seule ! Peut-être faudra-t-il acheter cet ensemble assiette-gobelet-couverts prétendument incassable et tellement bien décoré ? Au salon le bruit du corps du père qui s’allongera sur le vieux canapé et celui des feuilles du journal. Il ne quittera pas ses chaussures. Etendu là en maillot de corps blanc, la tête sur un accoudoir et les pieds sur l’autre. Déjà les ronflement du père retentiront. Les rires et les pleurs dans la cuisine monteront d’un cran sonore. La cadette reçoit une gifle sur la joue puisqu’elle ne veut pas manger, l’aînée rira méchamment et la plus petite encore coincée sur sa chaise-haute hésitera avant d’imiter l’une ou l’autre. La mère se dépêchera de finir la cuisine, allez ouste ! Allez jouer plus loin il y a trop peu de place entre la table en formica et l’évier de la cuisine. Taisez-vous ! Votre père dort. Les ronflements seront de plus en plus forts. Il rêve et il s’imagine samedi soir.

Un matériau obtenu (feuilles stratifiées, obtenues sous pression et ensuite décorées) plus connu sous le nom commercial de Formica en Europe, Arborite en Amérique du Nord, fut très largement utilisé dans les cuisines, bistros, restaurants, etc. pour sa très grande facilité d’entretien.

Les verres d’alcohol auront remplacé le journal dans les mains poilues. Accoudé au comptoir en formica du bistrot, il se moquera de la méchanceté et de la bêtise du contre-maître. Il comptera les mois restant du crédit à payer. Il se saoulera tandis que la mère et les trois gamines installées sur le beau canapé neuf, derrière la table basse en formica flambant neuf du salon, regarderont la télé. Canapé et table basse à crédit. Samedi soir.


Carlos Fernandez Montedeoca, El camino


Et où va-t-il nous mener ce feuilleton ?

Posted: lunes, 14 de noviembre de 2011 by magali in Etiquetas:
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- Cette lettre Silvio ? De quoi s’agit-il ? Ce rendez-vous chez le général… Parle, de quoi s’agit-il ?

- Ma beauté je suis comme toi, sauf que cela ne m’empêche pas d’être agréable mon cœur, de dire bonjour, de parler avec douceur, qu’est-ce qui me vaut l’arrivée d’une tigresse aujourd’hui ?

- Je crois avoir droit à des explications, je n’aime pas ces secrets, depuis quand ? Depuis quand as-tu des secrets derrière mon dos ?

- Il n’y a aucun secret, je vais tout t’expliquer jusque là où je pourrai. C’est pas ordinaire cette situation, crois-moi. Assieds-toi, je te prépare un café bien sucré, tu en as bien besoin à ce que je vois. Beaucoup de sucre pour adoucir ma tigresse...


Sheila Castellanos, shhhh...

- Je suis sur des charbons ardents depuis la lecture de la lette, ça ne me plait pas beaucoup ce rendez-vous chez le général et pour tout te dire encore moins que les instructions arrivent de ta bouche au compte-goutte.

- Tiens bois ça mon cœur, je vais fermer le salon et t’expliquer. Voilà, le général apprécie énormément notre travail. Il a été favorablement impressionné lors du dernier défilé de commémoration de la Révolution. Notre travail lui a énormément plu. Donc il demande à ce que nous nous rendions vendredi chez lui pour une soirée privée. C’est aussi simple que ça, on viendra nous chercher.

- Aussi simple que ça ? Mais à quelles conditions ? On va faire quoi exactement chez le général ?

- Ah ! voilà, on y vient, tu commences enfin à te montrer raisonnable, à rentrer tes griffes. Oh là là ! Yalili, contrôle tes nerfs ma belle dorénavant on va jouer dans la cour des grands ma beauté. Ces filles ! Une vraie boule de nerfs, c’est moi le plus heureux à préférer les garçons, ces nerfs ma chérie, ça m’épuise.

- Silvio !

- Oui, alors voilà, vendredi on viendra nous chercher dans l’après midi. Chez le général je te préparerai pour un défilé privé en l’honneur d’une fête qu’il organise, c’est tout, c’est aussi simple que ça. Bien sûr nous serons payés pour cela. Le double ma belle ! Tu vois, un bon boulot en somme.

- Ah oui ? Tu crois ça ? Tu crois qu’avec eux c’est aussi simple que ça ? Tu crois vraiment ça ? Silvio je ne te reconnais pas, ou le général te plait ou son mandataire te plait. Tu laisses tes penchants embrumer ta raison mon grand ! Tu es encore plus folle que ce que je pensais. Silvio, réveille-toi ! Tu les connais non ? Tu connais leurs promesses ? On risque de payer plus cher que ce que l’on va gagner… Non, je n’aime pas ça, ça ne me dit rien de bon.

- Mais mon cœur, on a le choix ? Tu crois qu’on a le choix ? Rien du tout, c’est comme ça, ce sont des ordres si tu veux bien comprendre. Je suis comme toi, embarqué dans la même histoire, c’est l’histoire de Yalili et Silvio chérie. On doit continuer, c’est notre feuilleton commun, celui qu’on joue ensemble.

- Oui, c’est bien ce que je comprends depuis la lecture de la lettre. Et où va-t-il nous mener ce feuilleton ?

- N’y pense pas trop, n’y pense même pas du tout, ok ? Tout ce que je sais c’est que depuis le début tu es une princesse et que tu portes ton pouvoir sur la tête. Je suis Silvio, celui qui te coiffe et te transforme au gré de son talent, je suis celui qui révèle ton pouvoir, je suis ton serviteur et je suis prisonnier de la même histoire.

Cuba Gotiando Arte

Posted: lunes, 7 de noviembre de 2011 by yannier RAMIREZ BOZA in Etiquetas:
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Somme de mon père

Posted: viernes, 4 de noviembre de 2011 by magali in Etiquetas:
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Sandra Ramos, Instalación
Les journaux crissent sous les pieds. Il y en a plein le sol et sur le lit aussi. Couché il tient les pages ouvertes face à lui. Les petits pas discrets, les petits coups à la porte. Pas d’effusion ni de spontanéité en entrant dans la chambre. Les draps dessinent et cachent son corps. Seuls deux bras tendus indiquent sa présence derrière le journal. Les petites font la queue en pyjama déjà, pantoufles aux pieds. L’une grimpe sur le lit, après l’autre, s’agenouille à ses côtés et baise rapidement la joue tendue.

Bonne nuit !
Bonne nuit !
Bonne nuit !
Il a tendu trois fois la joue et reprend déjà la lecture. Même pas tourné le visage, juste tendu la joue. Le cérémonial s’achève ainsi, l’une redescend du lit après l’autre, laissant la place à la suivante… La même place convenue, ni plus, ni moins. Libérées, maintenant chacune tourne le dos et l’imprimé fleuri d’un pyjama rivalise un temps avec la double page blanche marquée de signes noirs qui repose horizontale sur le couvre-lit. Tissu rose, fleurs mièvres, chatons joueurs, balles de mousse quittent la chambre. Il n’a pas lâché complètement le journal, ne pas perdre la page…
Encore un mot ? Fermez la porte !

L'amour en fuite

Posted: sábado, 29 de octubre de 2011 by magali in Etiquetas:
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Yerandee Gonzalez Duran
 Aujourd’hui au collège le professeur de français nous a demandé de parler de nos vacances ou de notre pays ou de notre famille…

Dans la classe nous sommes 21 et la plupart étrangers. Moi j’ai quinze ans et je suis l’unique cubaine. J’ai quitté Cuba à l’age de dix ans puis j’y suis retournée de treize à quinze ans. Cet été je suis revenue vivre chez mon père à Toulouse. Ma voisine de table s’appelle Nawel, elle vient du Maroc. Nawel écrit lentement, elle s’applique et sort légèrement sa langue entre ses dents. Je me demande ce qu’elle peut bien écrire ? Il faut dire que je suis en SEGPA.

Les SEGPA sont intégrées dans les collèges et s'adressent aux élèves "présentant des difficultés scolaires graves et durables auxquelles n'ont pu remédier les actions de prévention, d'aide et de soutien et l'allongement des cycles". Chaque classe doit avoir un nombre d'élèves proche de 16, même si ce nombre n'est pas impératif.

Bonjour,
Je m’appelle Nelly, je suis cubaine, j’ai quinze ans. Mon père s’appelle Rogelio il vit ici à Toulouse avec son épouse Stéphanie et leur fille Karla, ma demi-sœur. Stéphanie ma belle-mère attend un bébé pour le mois d’octobre. Ma mère s’appelle Maria Nelsa, elle vit à Cuba, à Santiago avec mon beau-père Ramón et leur fils Braulio, mon demi-frère. Ils viennent d’avoir une petite fille que je n’ai pas encore vue car elle est née après mon départ. Ma petite demi-sœur s’appelle Aneli.

Je ne sais pas quoi raconter au professeur. C’est difficile pour moi de raconter mes vacances ou mon pays et c’est encore plus difficile de raconter ma famille. C’est tellement étrange vu d’ici. Je n’ai pas l’habitude d’en parler. De la même façon à Cuba je ne parle guère d’ici. D’ailleurs j’ai dit à ma mère que j’étais dans une section « internationale ». Cela lui a fait plaisir, qu’aurait-elle pensé si je lui avais dit que j’étais dans une section S.E.G.P.A ? Comment aurait-elle été fière de moi ? Elle attend tellement de ma présence en France.

J’ai aussi des oncles, des tantes, des cousins et des cousines qui vivent à Cuba et aux Etats-Unis. Deux grand-mères et un grand-père. J’ai une autre demi-sœur plus âgée que moi qui s’appelle Yusimi et qui vit à Toulouse avec notre père, sa maman est cubaine, comme la mienne elle est au pays.

Il va falloir que je simplifie ma famille, que j’enlève quelques enfants de-ci de-là, que j’efface. C’est trop compliqué y compris pour un professeur de français.

Les enseignants intervenant en SEGPA ont une expertise leur permettant de construire les réponses pédagogiques qu'exigent les grandes difficultés d'apprentissage des élèves de SEGPA, professeurs de collège et de lycée professionnel, éventuellement en possession du 2 CA-SH (certificat complémentaire pour les enseignements adaptés et la scolarisation des élèves en situation de handicap).

Bonjour,
Je m’appelle Nelly, je suis cubaine, j’ai quinze ans.
Mon père s’appelle Rogelio il vit ici à Toulouse avec son épouse Stéphanie et leur fille Karla, ma demi-sœur. Stéphanie ma belle-mère attend un bébé pour le mois d’octobre.
Ma mère s’appelle Maria Nelsa, elle vit à Cuba, à Santiago avec mon beau-père Ramón.

C’est plus présentable ? Je ne suis pas convaincue. Les autres je les ai tus, effacés.

Cet été j’étais en vacances à Cuba.
Mon pays est une île, il y fait chaud toute l’année surtout dans la ville où j’habite. Santiago.
A Cuba je vis chez ma grand-mère dans la maison que mon père a faite. Ma grand-mère est la mère de mon père. Je vis chez elle car il n’y a pas assez de place chez ma mère pour moi. De plus mon père a bien dit qu’il faisait une maison pour moi. J’y ai donc ma chambre, peinte en rose comme mes ongles, ma couleur préférée. Comme mon père ne vit pas à Cuba c’est ma grand-mère qui garde la maison. Avant j’y vivais avec ma mère et mon père. Mais depuis que papa et Jocelyne se sont séparés, c’est ma grand-mère qui habite la maison.

Oh là là ! Papa, Jocelyne… Décidément c’est trop compliqué l’histoire de la maison. J’efface l’histoire de la maison. Le professeur nous a demandé de parler de nos vacances ou de notre pays ou de notre famille… Je voudrais tellement ne pas le décevoir, il attend tellement de nous tous.

Bonjour,
Je m’appelle Nelly, je suis cubaine, j’ai quinze ans.
Je vis à Toulouse avec mes parents.
Mon pays est une île où il fait chaud. A Cuba je passe mes vacances chez ma grand-mère Caridad. J’aime beaucoup mon pays.
Mais j’aime aussi beaucoup Toulouse et mon école.

Impossible ! cet homme ne pouvait pas être décrit...

Posted: jueves, 20 de octubre de 2011 by magali in Etiquetas:
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Fernando Goderich Fabart
Yalili dormait encore, la mère sortit les poings sur les hanches. Un homme dont le visage était indescriptiblement banal s’avança. La mère essayait de dégager ses traits afin de fixer les caractéristiques de son visage dans sa mémoire. On ne savait jamais ! On n’était à l’abri de rien. Impossible. Cet homme ne pouvait pas être décrit.


Il lui remit une enveloppe à l’attention de Yalili et tourna aussitôt les talons afin de regagner la voiture qui l’attendait devant la porte. La mère hocha la tête afin qu’il interprète ce geste comme bon lui semblerait : remerciements respectueux ou va te faire voir ailleurs… A lui de choisir se dit-elle.

Bien sûr elle ouvrit l’enveloppe destinée à sa fille sans attendre une seconde. On invitait Yalili à une soirée privée chez le général le surlendemain. On lui demandait seulement d’entrer en contact avec Silvio qui aurait toutes les instructions nécessaires au bon déroulement des choses en temps et en heure.

Le cœur de la mère se mit à battre la chamade. Bonne mère ! Madre mía ! Toi qui est mère comme moi, protège mon enfant !
Elle décida de revoir sa marraine de religion sans plus attendre. La marraine de religion la fit entrer en lui donnant sa bénédiction.

D’abord les écorces de coco furent tirées plusieurs fois au sol devant l’autel d’ Elegguá. Celle qui avait les pouvoirs chuchota les mots secrets à l’oreille de la mère et interpréta attentivement les réponses obtenues à la lumière de la religion. La cérémonie fut longue. La marraine utilisa plusieurs chemins afin de communiquer avec les Orishas. Vidée de ses énergies, elle se laissa tomber sur le siège le plus proche : Comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête, prophétisa-t-elle à nouveau.

Ensuite les deux femmes échangèrent encore quelques phrases, des banalités, tout en sirotant une partie du rhum destiné aux Saints... L’une d’elle alluma un cigare qu’elles fumèrent ensemble en silence, introduisant à intervalles la partie incandescente dans leur bouche afin d’en souffler la fumée sur les autels. Elles lorgnaient bien vers le gros gâteau blanc posé devant Obatalá mais aucune des deux ne se serait risquée à mettre la main sur l’offrande, le rhum finit par leur faire oublier la faim.

Pendant ce temps Yalili et Silvio mettaient en place les détails de cette nouvelle mission.

Sapotille et coco

Posted: jueves, 13 de octubre de 2011 by magali in Etiquetas:
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José Gómez Fresquet "Frémez"

Deux boules et un morceau de gâteau, formule Sierra Maestra pour moi dit Wendita en minaudant. En bon mâle Valerio, lui,  avait choisi la formule la plus chère sans même prendre le temps de lire le détail sur la carte.

21 ans, l’âge idéal. des yeux en amande, une peau mate et satinée et surtout des hanches ! mais des hanches !

Le soir suivant Wendita doubla la ration en commandant quatre boules et deux morceaux de gâteau, la formule Pic Turquino. Valerio compta rapidement les pesos qu’il avait en poche et commanda comme d’habitude la formule la plus chère. Il savait qu’il devrait manger cinq boules de glace, une crème douteuse sur laquelle flottaient encore trois boules de glace, deux morceaux de gâteau et boire une boisson gazeuse. La serveuse lui dit que ce soir il n’y avait que deux parfums : sapotille et coco. Ce n’était certainement pas ce qu’il préférait mais Wendita était là à le regarder.

De longs cheveux noirs qui tombaient en cascade ordonnée sur la plus belle paire de fesses de la région : rebondies, hautes, fermes et rythmées. Elles accompagnaient sans relâche la démarche chaloupée propre aux femmes sous ces tropiques moites et sensuels. Mais alors là ! Le résultat dépassait toute espérance.

Au bout d’une bonne semaine de ce régime Valerio avait avalé quelques cinquante boules de glace et Wendita continuait à commander la formule Pic Turquino à laquelle elle ajoutait maintenant une petite fantaisie : Sunday La Farola, Sunday Playa Girón, Sunday Escambray… . Elle riait, minaudait à l’autre bout de la table, suçant du bout des lèvres sa boule de glace.

Il n’en pouvait plus. Chaque jour, à chacune de leur sortie quotidienne vers ce glacier le plus en vue de la ville, celui qui avait la plus grande terrasse, il se sentait homme en serrant contre sa hanche la hanche de Wendita. Les chauffeurs de motos ralentissaient immanquablement dès lors qu’ils arrivaient à la hauteur de ces fesses là. Certains en perdaient les pédales. Coups de klaxons, sifflements joyeux, compliments plus ou moins poétiques étaient lâchés au passage.

Wendita parlait de manger aussi une pizza, tu veux bien hein mon chéri ? On pourrait y aller après, tous les deux, juste toi et moi ? Qu’en penses-tu ?

Mais bien sûr mon amour. Une pizza, c’est une bonne idée ! Découvrir maintenant ces fesses qu’il avait caressées du regard et de la main mais toujours par dessus les jeans serrés que Wendita ne manquait pas de porter. A ce rythme, son portefeuille n’y tiendrait plus longtemps. Wendita lui souriait tendrement et au fil des soirs lui parlait de sa maman souffrante qu’il fallait qu’elle rejoigne au plus vite, d’un examen urgent à rendre le lendemain, d’une amie que le fiancé venait de quitter et qu’il fallait consoler ce soir… De sa fatigue à la fin de la journée.

Maintenant Valerio commandait une formule Sierra Maestra, deux boules et un morceau de gâteau. Wendita le regardait surprise. Quelque chose ne va pas mon amour ? Tu es malade peut-être ? Il faisait non de la tête et empoignait sa petite cuillère. Wendita commandait ses formules préférées et avait demandé sur le chemin quelques cornets de cacahuètes grillées dont elle saupoudra son pic Turquino avant de lui donner un petit goût de langue sans en avoir l’air.

Vingt ans de plus pensait Valerio, et alors ? Ces fesses là ! C’était sans discussion possible. Sa dernière conquête féminine faisait bien des envieux. Il dégustait ses boules à la sapotille et au coco car ce soir-là il n’y avait toujours pas d’autres parfums disponibles.

Le bras autour du coup de Wendita, Valerio se pavanait. Valerio avait l’air ravi pendant qu’il calculait les quelques pesos qu’il lui restait dans la poche. Il se demandait combien de boules de glace valaient les fesses de Wendita ? Il commençait à craindre qu’elles n’aient goût à sapotille et coco et ce n’était certainement pas ce qu’il préférait.

Tribune anti-impérialiste

Posted: miércoles, 5 de octubre de 2011 by magali in Etiquetas:
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Belkis Ayón, tres caras.

La plus grosse hurlait : MUCOMYST MUCOMYST MUCOMYST tandis qu’elle agitait ses bras tendus vers le ciel. Ses ongles peints démesurément longs, outrageusement peints lançaient des éclairs. A moitié éblouie je me demandais interloquée de quoi il pouvait bien retourner. Une secte ? Une jeune veuve désespérée ? Un nouveau prisonnier politique à libérer ? Cela faisait déjà longtemps que je n’avais pas écouté ne serait-ce que d’une oreille distraite la tribune anti impérialiste. Peut-être une cocufiée-mortifiée ? C’était peu probable, elle se serait jetée sur l’amante et lui aurait lacéré le visage. Mais ces cris ? Ces incantations ?
Une jeune femme en lycra jaune soleil et haut à bretelles rose fushia s’avançait maintenant vers la plus grosse. Elle se mit à hurler à son tour :
Inutile d’insister. Je dis que c’est Exomuc. EXOMUC EXOMUC EXOMUC. Trois jours à peine et c’est fini...

La plus grosse s’était tue, celle en lycra levait son sac. Sans doute contenait-il quelque preuve. Mais de quoi s’agissait-il ? Un groupe de passants curieux s’était formé autour de moi. Les hommes se poussaient du coude et ne cherchaient pas à retenir leurs rires. Ils lorgnaient les fesses de celle en lycra et les cuisses de la plus grosse. Leurs remarques ne s’entendaient pas sous les cris qui s’entrecroisaient : MUCOMYST/ EXOMUC/ MUCOMYST/ EXOMUC... Mucomyst semblait arriver en tête. Il me semblait l’entendre un ton plus haut. A ce moment là une négresse musclée au bon endroit, au port altier de déesse africaine, haut perchée sur ses talons de 12 cm (environ), s’introduisit dans le cercle. Elle s’adressait maintenant aux deux autres femmes d’une voix typique de baryton ou même de basse qui semblait résonner comme sous les voûtes d’une cathédrale. Inconsciemment je levais la tête vers le ciel et observait les branches des ficus sous lesquels cet étrange spectacle avait lieu. Un éclair de seconde elles avaient semblé vibrer au son de la voix de la déesse noire.

Mes sœurs, vous êtes vraiment stupides. Depuis dimanche ces deux merdes ont été retirées de la vente en France. Il faut évoluer frangines ! Se tenir au courant !

Celle du lycra remit son sac sur l’épaule, bouche bée, la plus grosse baissait les bras et cachait ses ongles dans la paume de ses mains. Bouche cousue elle aussi. La déesse continuait.
Je rentre de Paris, j’ai là la preuve. Elle déplia et brandit en un instant un journal étranger. J’essayai en vain d’en déchiffrer le titre…

L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a procédé à la contre-indication des spécialités mucolytiques chez l'enfant de moins de deux ans et a demandé le rappel de celles strictement indiquées chez le nourrisson en raison des complications respiratoires qu'elles peuvent provoquer.

La voix de basse poursuivait dans un silence respectueux tellement rare et improbable dans ce pays.

L'Afssaps a indiqué dans un communiqué avoir retiré les autorisations de mise sur le marché des spécialités mucolytiques strictement indiquées chez le nourrisson: Exomuc Nourrisson 100mg en sachets (laboratoires Bouchara-Recordati) et Mucomyst Nourrissons 100mg en poudre (Bristol-Myers Squibb).

Oh là là ! Dis quelqu’un qui maîtrisait parfaitement bien le français, tandis que la négresse aux talons hauts traduisait l’article dans un espagnol parfaitement cubain. Elle avait replié le journal. Elle ajouta avec un regard légèrement moqueur, comme si elle grondait des enfants :

Retournez donc dans vos pharmacies de quartier, vous y trouverez meilleure médecine et gratuite avec ça ! Rappelez-vous mes chères sœurs que tout ce qui brille n’est pas or.

Déjà ses hauts talons, ses longues jambes, ses hanches chaloupées, son buste, son cou et son visage parfaits s’éloignaient au coin de la rue.

Une vieille femme au premier rang se signa plusieurs fois et dit :
C’est la messagère de Babalu Ayé, C’est Saint Lazare en personne qui l’a envoyée.

Un homme, le même qui avait joué du coude en reluquant les fesses de celle en lycra répondit comme sous le choc, envoyée, envoyée, c’est dans le lit des hommes qu’il faudrait l’envoyer !

Une jeune fille teinte en blonde, au faux Tshirt Guess et au vrai sac de contre-façon D § G dit d’une voie aiguë, comme blessée dans son amour propre :
Une femme comme celle-là avec ces talons là et cette allure-là, vous pensez bien qu’elle ne doit pas se nourrir d’idéaux. Qui l’envoie ? Qui la paie ? Et ce journal ? Qui a pu lire ? Hein ! Personne... Alors elle peut bien avoir appris son discours par cœur, qui l’envoie ? C’est de la propagande tout ça. Pour nous dégoûter des médicaments étrangers et nous faire prendre les vessies cubaines pour des lanternes .

Un homme voulut conclure l’épisode, sa voix était grave et ferme, c’était un nègre distingué aux petites lunettes d’intellectuel. Inclinez-vous plutôt devant cet exemplaire féminin 100% national, votre sœur, un exemple à suivre... Du pur produit national, pas comme certaines ici... Et vous femelles envieuses retournez chez vous, suivez les bons conseils, cessez de vous torturer pour des mirages. Vous n’apprendrez donc jamais ? Moi je m’incline devant ce phénomène purement cubain. A bas l’impérialisme ! Mort aux Yanquis !

Haut Perchée !

Posted: miércoles, 28 de septiembre de 2011 by yannier RAMIREZ BOZA in Etiquetas:
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Louis-Louis

Posted: jueves, 15 de septiembre de 2011 by yannier RAMIREZ BOZA in Etiquetas:
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Il portait toujours une paire de lunettes noires

Posted: martes, 13 de septiembre de 2011 by magali in Etiquetas:
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Yalili marcha à la suite des combattants de la Révolution, comme par miracle ils étaient toujours aussi nombreux devant la Tribune présidée par le Général, premier secrétaire du comité central du parti, président des conseils d’état et des ministres accompagné du premier secrétaire du parti de la province de Santiago de Cuba. Cela ne faisait que deux hommes mais quels hommes !

Yalili portait sur le haut du crane, sous un chignon imposant, un immense bonnet phrygien où brillait l’étoile blanche. Silvio avait lâché plusieurs mèches de cheveux et selon sa technique mise à l’épreuve de nombreuses fois en trois années il y accrocha à l’aide d’un fil de fer enduit de glue, le palmier royal, la fleur de mariposa blanca, et le tocororo. Ce dernier, vivant, avait le plumage enduit de laque transparente. L’oiseau ainsi prisonnier ne pouvait battre des ailes et son plumage scintillait de mille éclats obligeant le général à cligner plusieurs fois des yeux. Bien sûr personne ne s’en rendait compte car il portait toujours une paire de lunettes noires. Le corps nu de Yalili était drapé d’une étole de trois bandes bleues et deux bandes blanches qui lui cachait seulement la moitié des seins et les hanches. Le peintre un peu affolé devant le résultat de sa création patriotique à couper le souffle se dit qu’il fallait être prudent, nul ne pouvait présager de rien en ces temps où se mêlaient sans cesse les intérêts nationaux et internationaux.

Aussi après plusieurs nuits d’insomnie il décida de parer les chevilles, les poignets, les biceps, le cou et la taille de Yalili, un peu comme une Shakira cubaine. Il façonna plusieurs représentations du Granma en céramique qu’il sertit de pierres semi précieuses qu’il monta sur une cordelette afin d’obtenir un collier, des bracelets de poignets et chevilles, une ceinture. Pour les biceps il utilisa un ruban de cuir qu’il attacha autour des muscles délicats et bien dessinés de Yalili, un à chaque bras, les Granma de céramique étaient nombreux et pesaient lourd.

Ensuite toujours soucieux de plaire, l’artiste avait peint sur deux bandes de soie blanche les noms de tous les héros de la patrie depuis les guerres de 1868 jusqu’à la Révolution. On pouvait y lire : Carlos Manuel, Francisco Vicente, Pedro, Vicente, Salvador, Ignacio, Antonio, Calixto, Quintín, JOSÉ JOSÉ JOSÉ JOSÉ JOSÉ (ce dernier ayant beaucoup d’importance) Julio Antonio, et enfin Camilo, Ernesto, Frank… puis en lettres plus noires : Fidel et Raúl, répétées à l’infini…

Yalili les poings levés et fermés sur chaque bande de soie n’avait émis qu’une objection : que figurent aussi les noms de Vilma, Haydée et Celia ! alors seulement elle empoignerait les banderoles. L’artiste s’inclina devant ce caprice féminin. Lui-même se savait capricieux car il avait un penchant bien affiché pour certains hommes. L’œuvre était réalisée et il hésita longuement au moment de la signer. Il finit par apposer en lettres minuscules à la fin de chacune des deux bandes de soie ses initiales : AS. Il n’osa pas écrire son nom en entier. Par discrétion mais aussi se dit-il par prudence en ces temps un peu troubles.

L’acte fut grandiose. Le général, premier secrétaire du comité central du parti, président des conseils d’état et des ministres accompagné du premier secrétaire du parti de la province semblaient satisfaits. Ils levèrent le bras plusieurs fois et prirent la parole comme convenu.

La mère de Yalili regardait le défilé à la télévision. Assise dans son fauteuil à bascule, les fesses bien calées elle ne quitta pas l’écran des yeux un seul instant ni même pendant le discours du général, premier secrétaire du comité central du parti, président des conseils d’état et des ministres puis celui du premier secrétaire du parti de la province. Cela prit des heures mais il lui sembla que les discours duraient moins qu’autrefois.

Yalili arriva épuisée tard dans la nuit. Silvio et le peintre avaient mis longtemps avant de se décider à détruire l’œuvre, ils auraient voulu entraîner Yalili dans une soirée où les attendaient quelques amis intimes, elle refusa carrément. Qu’on lui enlève ses chaînes ! sa toque ! ce tocororo mort maintenant qui ne tarderait pas à sentir mauvais ! Les deux hommes s’exécutèrent après avoir pris de nombreuses photos. C’était une performance vraiment très réussie et ils s’auto remerciaient, s’auto félicitaient, oubliant Yalili qui ne pensait qu’à rentrer dormir chez elle. Il lui faudrait procéder encore et encore au cérémonial privé de coiffage : les cheveux roulés patiemment autour du crane, mèche après mèche, puis serrés dans un grand drap, Yalili ressemblerait alors à une tulipe dont la tête dodelinait sur un corps svelte. Une grosse sucette ronde sur son bâton de plastique.

Le lendemain matin une voiture banalisée de la sécurité d’Etat s’arrêta devant sa porte... ( à suivre)

Telle une star, Yalili avait sa photo dans les magazines de mode étrangers

Posted: martes, 6 de septiembre de 2011 by magali in Etiquetas:
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A 18 ans Yalili n’avait jamais connu l’amour, seulement quelques relations de circonstance. A la fin d’une fête, d’un anniversaire... Baisers hâtifs et caresses urgentes. Jamais plus.

Aucun homme n’avait franchi le pas de sa porte. Comment aurait-elle accepté qu’un garçon puisse assister au long cérémonial de coiffage qui lui prenait plusieurs heures le soir, l’épuisait et lui donnait l’aspect d’un hérisson noir sur sa couche ? Les cheveux roulés patiemment autour du crane, mèche après mèche, puis serrés dans un grand drap, Yalili ressemblait alors à une tulipe dont la tête dodelinait sur un corps svelte. Une grosse sucette ronde sur son bâton de plastique.

Plutôt que penser à l’amour Yalili lisait ou écoutait la radio le soir en s’endormant seule. Mais le plus souvent elle songeait à son prochain défilé et au succès qu’elle connaissait depuis que Silvio l’avait coiffée le jour de ses quinze ans. Trois ans étaient passés et elle avait connu les meilleurs artistes plastiques et peintres du pays. Tous avaient fait appel à elle pour une performance remarquable et remarquée.
Elle avait défilé vêtue de liane, feuilles et fleurs tandis que ses cheveux enduits de boue étaient sculptés en honneur à la Sierra Maestra et à l’Escambray ou au Yunque. Elle avait porté sur la tête la culture Taino, ciboney et caraïbe : masques stylisés, parures de manioc, maïs, coton et tabac, têtes de lamantins, carapaces de tortues et même crêtes d’iguanes, sans compter les innombrables poissons de leur pêche.

Elle avait représenté tous les Orishas des panthéons cubains surtout Oshún et Yemayá, les déesses les plus populaires de l’île. La mère de la jeune fille n’avait pas vu ces prestations d’un très bon œil. Des histoires de nègres, on ne mélangeait pas les torchons et les serviettes dans la famille… Et puis surtout avec les Orishas sait-on jamais, on peut plaire et déplaire et alors là… Catastrophe. C’est avec une certaine anxiété qu’elle vérifiait les jours suivant les cheveux de Yalili. Il ne faudrait pas qu’un mauvais sort les fasse tomber, s’éclaircir ou tout simplement arrêter de pousser. Mais non, les Orishas s’étaient montrés cléments et la mère de Yalili s’était répandue en offrandes généreuses devant leurs autels.

Telle une star, Yalili avait sa photo dans les magazines de mode étrangers et un vidéaste cubain qui vivait dans le sud de la France lui avait même dédié un petit reportage de 6 mn où elle sortait vraiment à son avantage. Personne n’imaginait le désert affectif qui était le sien.

Jusqu’à ce qu’un peintre très à la mode auprès du régime fit appel à elle pour le défilé annuel du 1er mai.
(à suivre...)

L'ordre chronologique du mur du salon

Posted: sábado, 27 de agosto de 2011 by magali in Etiquetas:
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La bravade était acceptée : Silvio coifferait donc Yalili pour ses quinze ans qu’on célébrait demain. Comme prévu, à 15 heures 15 précises elle arriva au salon la veille du grand jour. Silvio s’était entouré d’une certaine marge devant un tel défi. Coiffer Yalili. Assieds-toi mon ciel, je m’occupe de toi. Ses meilleures brosses, ses peignes et pinces les plus solides, son nouveau casque électrique, un pot de gel haute tenue qu’il avait eu bien du mal à obtenir étaient à portée de main. Il tourna la clé dans la serrure de la porte du salon tandis qu’il retournait la pancarte côté FERMÉ contre la vitre.


Chez l’adolescente les aiguilles de l’horloge tournaient inexorablement. En fin d’après-midi la mère alluma le téléviseur, son feuilleton allait la distraire.
Elle enchaîna avec un match de base-ball, aucune de ses équipes préférées n’entrait en lice, mais le temps passerait plus vite à observer le jeu. Elle ne quitta pas son fauteuil à bascule quand on annonça le dernier film de la soirée. Il devait être minuit. Elle s’endormit.

Silvio avait mal aux muscles des bras. Une raideur qu’il ressentait normalement après toute une journée de travail s’était emparée de ses épaules et omoplates et il n’avait effectué qu’un quart du brushing. Yalili se tenait très droite, les fesses calées au fond du siège. Et alors tu vois mon ciel c’est en regardant cette revue de Miami que j’ai pensé à toi, je me suis dis que c’était possible. Heureusement que les amis sont toujours là pour me fournir les dernières trouvailles, la mode cubaine mon cœur, je ne veux pas être grossier mais tu le sais bien, elle est affreuse. La conversation de Silvio était plaisante, une vraie conversation de jeune fille. Yalili dodelinait de la tête dans son fauteuil. Elle ne répondait plus que par des « ah, ah » « meh, meh ». Elle dormait. Il était déjà minuit passé.

Il devait prendre une décision. Jamais il ne viendrait à bout de cette tignasse, de plus le résultat ne lui plaisait pas, les mèches étaient lisses mais sèches et ternes comme du gros crin de cheval ou de la grosse ficelle. Pourquoi avait-il accepté de la coiffer ? Demain elle devait présider la fête en l’honneur de ses quinze ans et procéder à la séances de photographies vêtue de robes de princesse préalablement louées pour l’occasion. Il reprit la brosse exténué et déprimé.

Des coups légers à la porte du salon le firent sursauter. Il ouvrit à la mère de Yalili qui entra sans un mot, regarda le corps de la jeune fille endormie puis Silvio abattu et triste. Elle prit place sur un tabouret à ses côtés, posa entre eux le sac qu’elle portait, l’ouvrit et en tira une cage à oiseaux, à l’intérieur les plus petits de tous les oiseaux : les zunzuns cubains attendaient apeurés. Puis elle sortit une boite à papillons où plusieurs insectes prisonniers battaient des ailes et envoyaient une poudre dorée autour d’eux. Enfin elle ouvrit un carton humide et montra les fleurs de flamboyants, lis, tournesol, jasmin et oiseaux du paradis. Au travail maintenant dit-elle à Silvio.

Elle empoigna la première mèche de cheveux y attacha un fil de fer à la racine puis elle l’enroula tendrement autour du fil lui donnant un mouvement ondulant, à l’aide d’un bâton de colle elle l’enduisit de part en part puis demanda à Silvio de choisir : oiseaux, papillons, fleurs ? Le coiffeur se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt. Quel idiot j’ai été, une vraie merde ces livres de Miami. A la cubaine, comment ai-je pu me laisser berner par ces brushings ennuyeux ? Quels magazines désolants, ils vous vident le cerveau. Sa sérénité retrouvée Silvio entra dans l’arrière boutique et en ramena ses laques pailletées, ses petits grelots, et une dernière pièce magnifique, celle qu’il pensait porter pour le Carnaval : une cornette chinoise en verre tellement légère et transparente qu’elle était invisible mais à chaque pas le déplacement de l’air ne manquerait pas de provoquer un son puis un autre.

Il prit la mèche de cheveux des mains de la mère de Yalili et commença à fabriquer son œuvre. Il lui dit d’aller se coucher tranquille et d’appeler demain la presse nationale et la télévision pour une séance de photographies à la sortie du salon. La mère de Yalili sourit, tout était déjà prévu, l’entrée serait payante. La princesse défilerait devant les yeux des curieux moyennant finance, chaque photo prise serait facturée et une photo à ses côtés serait plus chère encore. Comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête dit-elle à Silvio, ce sera votre première performance mon chéri, vous aurez un succès fou et tu peux prendre tes magazines américains pour les toilettes.

La photo des quinze ans de Yalili ne manquerait pas de trôner sur le mur du salon suivant l’ordre chronologique des quinze ans de toutes les filles de la famille.

Coeurs rassasiés

Posted: viernes, 12 de agosto de 2011 by magali in Etiquetas:
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La logique aurait été que Vicente freine des quatre fers. Mais comment résister à la perspective d’une nuit avec Miranda ? Il n’avait pas essayé. Quelle joie de partager sa couche. Cette femme avait tout ce dont il rêvait. Un corps blanc et massif, des jambes puissantes et musclées, un ventre rond et des fesses, mais des fesses, comment dire… éléphantesques ? Rhinocérocèsques ? Abondantes et impossibles à capturer, aucune culotte ne pourrait arriver à emprisonner ces kilos de chair molle, chaude et accueillante. Ses seins étaient pleins et tombants comme deux pis roses. Vicente n’en avait jamais assez, un vrai plaisir, une folie douce, sa folie. Un monde mystérieux dont il se sentait le maître et qui ravivait en lui tous ses fantasmes masculins. Incroyable. Un vrai délice. Aussi il n’avait pas résisté et courrait partager sa couche.


La logique aurait été que Miranda freine des quatre fers. A 40 ans bien sonnés une histoire d’amour ne perturberait pas sa vie paisible et bien réglée de femme libre. Miranda sortait beaucoup, avait des tas de connaissances et comme elle était seule on l’invitait à tour de bras. Jamais un homme ne l’arracherait à ses occupations. Elle s’était juré de ne jamais cuisiner pour aucun et au grand jamais elle ne laverait la plus petite chaussette sale. Pourtant l’enthousiasme de Vicente au lit ne l’avait pas laissée indifférente. Il lui prodiguait ce dont rêvent toutes les femmes. Sa vigueur était communicative et il avait fallu mettre le matelas au sol sous peine de rompre le sommier. Quelle fête ! Pour comble Vicente quittait sa couche ni trop tôt, ni trop tard. Il s’habillait alors qu’elle était prise d’une somnolence réparatrice comme après un bon combat de catch. Comme après un exploit sportif qui aurait brûlé toutes ses énergies et la laissait dans un état béat avec l’envie au loin, comme un rêve diffus, de recommencer bientôt.

Vicente était heureux. Il sentait ses muscles affaiblis et son corps vidé de toute énergie. Miranda ronronnait doucement à ses côtés, satisfaite, presque endormie. Il savait que s’il n’employait pas ses dernières forces à s’asseoir, se lever, s’habiller et quitter la chambre il exposerait dangereusement sa vie paisible et bien réglée. Dernier rejeton d’une famille nombreuse il avait le privilège à 40 ans bien sonnés de n’avoir jamais quitté la maison où sa mère lui servait une assiette bien remplie au sommet de laquelle trônait immanquablement le meilleur morceau de viande à chaque repas, lavait et repassait ses chemises et les rangeait comme neuves dans l’armoire, lui achetait chaque semaine sa provision de café et de tabac. Confesser cet infantilisme tardif au risque de voir entacher sa virilité, ne serait-ce qu’en pensée ? Plutôt quitter la couche de Miranda au moment précisément idéal.

Miranda, cette femme qui comptabilisait à elle seule 165 livres bien pesées, environ 10 pour chaque fesse et 6 dans chaque mamelle, une bonne quarantaine d’années de vie dont une petite trentaine de vie sexuelle active, un nombre incalculable d’amis et un nombre jamais calculé d’amants se demandait quand même quelle mouche piquait Vicente pour le pousser à quitter sa couche au moment précisément idéal où elle souhaitait qu’il s’en aille ? Elle étirait alors ses jambes musclées, ouvrait ses bras en croix en travers du lit et s’endormait un sourire aux lèvres.

Le festival des fanfares de Montpellier 2011 ou l'arc en ciel des faubourgs

Posted: viernes, 1 de julio de 2011 by yannier RAMIREZ BOZA in Etiquetas:
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Street of Med

Posted: miércoles, 29 de junio de 2011 by magali in Etiquetas:
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Rapidement je compris qu’il fallait me fixer des objectifs. Les gens autour de moi avaient tous des objectifs. Je décidais d’apprendre l’anglais mais à moindre coût, en fait gratuitement. Mes moyens ne me permettaient aucune fantaisie, pas même une inscription au Wall Street Institute, le numéro un de la formation en anglais...

J’allais prendre un café solitaire au Sound Station. Je tournais lentement la petite cuillère dans ma tasse de café, mon regard errait au delà de la terrasse du bar. Rue Saint Guilhem, à même le trottoir de jeunes parents et leurs enfants dégustaient des smoothies. Ils avaient l’air de respirer la santé : joues rainettes, sourire fraise et conversation poire william.
En face, d’autres consommateurs étaient installés au Lounge Bar. Nous nous ignorions de loin. A gauche de l’entrée du Lounge Bar on pouvait lire : This is not a design office this is an art office, quelques employés de this is not a design office this is an art office sortirent prendre un café. C’est ma chance, si je pouvais en alpaguer un. Sûrement j’apprendrais l’anglais. Tous avaient des costumes sombres, les filles étaient en tailleur et chemisier, une mallette rectangulaire à la main, mais pas un ne parlait anglais. C’est bien ma veine, encore une publicité mensongère.

Je décidais d’aller voir un peu plus loin. La rue de l’Aiguillerie grouillait de monde, je finirai bien par avoir une idée ou par trouver la solution à mon angoisse existentielle : atteindre mes objectifs, coûte que coûte et autant que coûte peu... Le nez en l’air la perspective était différente : element, basic, album, have a look, usual mais voilà une idée ! Je récitais en cadence marquant le pas à chacun des mots cette belle poésie anglaise : element, basic, album, have a look, usual. C’était fantastique. Je poussais encore un peu la balade linguistique, maintenant cela en était une, jusqu’au niveau de flower box. J’entrais respirer la fraîcheur des plantes, je fermais un instant les yeux… Me vint à l’esprit une carte postale de campagne anglaise, je crus entendre bêler un mouton. Non, juste une cliente sensible à l’appel de la nature. Comme la vendeuse me regardait je ressortis avant que de devoir lui expliquer ma progression pédagogique : element, basic, album, have a look, usual, flower box, je pouvais rajouter un vers à ma poésie. Elle me semblait belle.

Ragaillardi par la bouffée d’oxygène me voici devant une énigme : So fresh urban shop, sneakers § clothings. Alors là ! Je donne ma langue au chat et si j’arrive à aplanir la difficulté, je pense que j’atteindrai le niveau 2 de ma méthode d’anglais. Merde et remerde, pas moyen : So fresh urban shop, sneakers § clothings. Les jeunes entrent et sortent, ça doit être un nouveau concept un peu comme le nouveau roman. Je mémorise, je répète : element, basic, album, have a look, usual, flower box, so fresh urban shop sneakers § clothings. Je ne suis déjà plus du tout sûr de ma prononciation. C’est la bonne volonté qui compte. Heureusement peu après je suis rassuré par African art puis western boots et enfin No comment, vlan ! enchaînés comme ça à la suite : African art, western boots, no comment.

Je décide de noter mon devoir à la maison sur un bout de papier qui traîne au fond de mon sac. Ce sera tout d’abord : No fear Brooklyn dangerous sports gear et puis : Backroom pull-in underwear by bicycle store.
Dès mon retour j’empoigne le dictionnaire et je commence :

Elément, basique, album, regarde, usuel,
boite à fleur, tellement fraîchement
magasin urbain, chaussures de tennis, vêtements,
art africain, bottes de l’ouest, sans commentaire
sans crainte, Brooklyn,
Equipement de sports dangereux, Laboratoire de recherche secret,
Tirez, Portez dessous par le magasin à vélo.

La traduction est fidèle mais je m’en tiens à la compréhension globale. Si je veux atteindre le laboratoire secret j’ai intérêt à tirer, cacher et à passer par le magasin à vélo, ni vu ni connu. Je dois calmer mes angoisses quant à Brooklyn, mais de toute façon je préfère aller en Angleterre dans un premier temps. Pour le reste pas de surprise, je crois avoir le niveau requis pour attaquer rapidement le niveau 2. Je pense pour cela aller rue de la Méditerranée.

Quand David rencontre Goliath

Posted: jueves, 23 de junio de 2011 by yannier RAMIREZ BOZA in Etiquetas:
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Eh Andi !

Posted: domingo, 19 de junio de 2011 by magali in Etiquetas:
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- Et Andi ? Qu’est-ce qu’il devient ? T’as des nouvelles ?

- Ah oui, il est en Espagne. La dernière fois qu’il est venu il m’a passé le bonjour. Je ne l’ai pas vu mais j’ai croisé sa sœur, Andi était déjà reparti. Il n’est pas resté longtemps.
- Tout va bien pour lui ?
- Les poches pleines d’euros, c’est ça la vie ! Pas comme nous avec notre monnaie de singe.
- Qui travaille maintenant à son poste ?
- C’est Osmani, tu sais le gros, celui qui joue du saxo. Tu le connais ?
- Tu parles ! j’étais à la fac avec lui.


- Alors ton frère est en Espagne ?
- Mon frère ?
- Ben Andi ! J’ai croisé Lupe hier, elle m’a dit qu’il est en Espagne.
- Pas du tout. Il est en Italie. Ça fait maintenant un bail qu’il est là-bas. Tu sais comment sont les choses…
- Il va bien ?
- Il va bien, mais Paris ne s’est pas fait en un jour, enfin Milano... Il était là le mois dernier.
- C’est ta mère qui devait être contente ?
- Ah oui, elle était folle de joie. Son seul garçon alors tu sais…


- Alors Andi est parti lui aussi ?
- Oui m’en parle pas, quelle histoire !
- Pourquoi ? Comment ça quelle histoire ?
- Figure-toi que ce crétin d’Andi avait emprunté de l’argent, tu vois une bonne somme. Quand il a fallu qu’il présente sa thèse au lieu de faire comme nous tous, une reliure bon marché et un seul exemplaire. Non ! Monsieur a voulu faire les choses en grand. Bref, il a emprunté du fric et il a fait son book. Il pensait qu’il serait pris à l’école de San Antonio de los baños. Tu parles ! Ils lui ont dit d’aller se faire voir ailleurs. Résultat, il doit du fric à tout le monde, un paquet de fric, alors il reste à La Havane.
- Ah bon, il n’est pas en Italie ?
- En Italie ? Avec quel fric ? Il avait juste de quoi aller à La Havane et maintenant là-bas il mange des cailloux à coup sûr. Sinon pourquoi il vient pas par ici ?
- Ben, peut-être qu’il est loin ? A l’étranger quoi…
- A l’étranger ? Tu rigoles. Ici c’est grillé pour lui, il n’est pas prêt de revenir. En plus je crois qu’il a laissé un gamin ici. Je te dis s’il revient ça va chauffer. Il doit du pognon partout, plus la nana avec un gamin qui va pas le lâcher.
- Un gamin avec qui ?
- Avec la sœur à Fernando celui qui joue de la guitare dans l’orchestre de Osmani. Elle aussi elle lui a prêté du fric, ah ah ah ! Sacré Andi !


- Fernando, quel hasard ! Je parlais de toi avec Yerandi il y a quelques jours.
- Eh ! Tu parlais de moi ! C’est pour ça que j’avais les oreilles qui sifflaient hier…
- Mais non ! En fait on parlait de Andi. T’es au courant pour lui ?
- Evidemement ! Je suis au courant.
- Tu es au courant ? Finalement il s’est barré, mais où ? En espagne, en Italie, où est-il ? Tu sais quelque chose ?
- Mais oui, je sais tout. Il sortait avec ma sœur pendant un moment, je le voyais sans arrêt. Ça fait un bail qu’il voulait se barrer. Il a proposé à ma sœur de partir avec lui mais elle a dit niet ! En fait elle s’est remise avec son ex. Ils viennent même d’avoir un gamin. Alors Andi pendant un moment il arrêtait pas d'appeler. Bien sûr que je suis au courant ! Complètement accro, mais tu connais les nanas. Elle lui a dit d’aller se faire voir ailleurs.

Cuba gotiando arte, Fernando Goderich

Posted: lunes, 13 de junio de 2011 by magali in Etiquetas:
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Une chanson

Posted: martes, 7 de junio de 2011 by magali in Etiquetas:
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A huit heures moins le quart sur le chemin du travail je suis une banale employée. J’en ai les caractéristiques : pieds légers, sandales sans poussière, halo suave de savonnette et déodorant, petit sac en plastique à la main et sous le bras un livre et un cahier. Je salue le chauffeur de bus.

A huit heures dix dans le hall de l’école. Hola profe. On regagne la salle de cours, les couloirs sont frais et sombres, la rampe art nouveau des escaliers qui mènent à l’étage est froide dans ma main.

A dix heures trente à la cafétéria je suis comme les autres. J’achète mon sandwich à la mayonnaise et souvent on m’invite à une cigarette et un café ou bien c’est moi qui le fait. Je parle français avec mes collègues et avec les élèves. La leçon, une chanson, la France, un voyage, un échange avec un amoureux qui vit à Montréal, une question, un livre à lire, la France.

A midi et demi sur le chemin du retour pas le temps de donner les 20 centimes de peso au chauffeur, un des élèves a déjà payé ma place. Hasta mañana profe.

A quatre heures je sors de ma sieste, prends une douche et repars. J’ouvre une ombrelle sur mes épaules. Les rues sont grouillantes de bruit et de chaleur. J’avance plus lentement.

Dans le hall de l’école les groupes attendent. Hola Profe. On s’installe dans le salon d’honneur. Les colonnes art déco, les vitraux colorés, les sièges en bois sombre, j’ai droit à un fauteuil. A travers les persiennes j’aperçois la lumière du dehors si je regarde trop longtemps mes yeux ne distinguent plus autour de moi. Nous sommes retranchés dans l’obscurité sous le ventilateur du plafond, nos membres sont gourds, nos pieds enflés et nos sandales poussiéreuses, dans nos sacs les petites bananes du goûter puent, elles exhalent une odeur écœurante tandis que leur peau s’est ouverte laissant passer la pulpe molle. L’odeur des déodorant est maintenant relative.

Et là chaque après-midi a lieu le miracle. J’en frissonne aujourd’hui encore. Chacun leur tour mes chers élèves vont entonner une chanson. L’un après l’autre ils répètent. La prof de chant les fait recommencer tandis que je les interromps pour reprendre un mot, un son. Articule. Avance davantage les lèvres « e ». Oui c’est bien. Ils sont là transpirant, s’éventant avec le livret des paroles de la chanson, mémorisant, studieux et concentrés. Ils préparent le concours de la chanson française et savent que le gagnant aura l’opportunité d’aller non pas à Paris ! Non ! A La Havane pour quelques jours ! Pour chanter, lors de la finale du concours de la chanson française. Juste pour chanter.
J’écoute Dis l' oiseau oh dis emmène-moi Retournons au pays d' autrefois j’observe les visages ébènes, Diego, libre dans sa tête Derrière sa fenêtre S'endort peut-être bruns, Caramels, bonbons et chocolats blancs Tombe la neige Tu ne viendras pas ce soir Tombe la neige.

Marino sur les allées

Posted: viernes, 27 de mayo de 2011 by magali in Etiquetas:
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Marino apprit qu’il avait été choisi pour participer au colloque sur la poésie. L’ Union Nationale des Ecrivains et Artistes Cubains se chargerait de tous les tracas administratifs. La nouvelle le réjouit. Cette perspective lui donnait une certaine émulation. Il écrivit sur son cahier une nouvelle poésie chaque jour sur chaque table de bar où le mena son inspiration. Marino maniait le stylo et vidait son verre de rhum. A lui tout seul il dégusta une bouteille chaque soir de cette semaine. Il se devait d’arroser cela. Il se saoula ce soir là et tous les autres. Il écrivait et jouissait complètement de sa vie.


La date approchait, Marino boucla son sac. Un pantalon, deux pull-overs, quelques sous vêtements, l’armoire ne donnait guère plus. Porté par ses muses, léger et légèrement grisé par l’alcool, il prit l’avion avec ses collègues. A en juger par leur discussion Marino les trouva un peu anxieux. Préoccupés qu’ils étaient par leur intervention lors du colloque. Chacun se distribuait les rôles selon sa spécialité. Ils pensaient en réalité aux livres bouclés dans leur bagage qu’ils espéraient bien vendre à l’étranger. Marino n’avait pas oublié son cahier, qui d’ailleurs ne le quittait ni à Cuba, ni en voyage.

La ville lui plut. Il y faisait bon en ce mois de mai. Marino et ses collègues furent bien accueillis par leurs collègues français. On leur donna le programme du colloque à chacun. Un feuillet plié en trois volets, très beau. Marino le parcourut rapidement. Chaque jour les activités allaient se succéder à la gloire de la poésie. Son intervention était prévue le mercredi à 14 h 30 Salle Rabelais. Il aima lire le nom de la salle : Rabelais ! Il se sentait depuis toujours l’esprit rabelaisien. Ce clin d’œil inattendu lui plut énormément.

Marino écrivait sur son cahier une nouvelle poésie chaque jour sur chaque table de bar où le menait son inspiration. Le climat le titillait. Les senteurs étrangères de cette ville arrivaient à lui. Il observait la végétation tendre sans aucun rapport avec les feuilles tropicales épaisses qui l’avaient vu grandir. Les femmes et les hommes passaient dans leurs vêtements ajustés, la démarche un peu automatique, pas de hanches chaloupées, peu de fesses rebondies, du plat, du gris. Aucuns ne lui paraissaient rabelaisiens tandis que lui faisait connaissance avec le vin. Celui des Corbières lui semblait magique. Que les Romains déjà aient pu le déguster deux siècles avant notre ère ! Il en aimait le rouge. Logiquement il passa au Fitou suivant par la pensée les vieux conquérants qui jonchaient leurs routes de bornes et de cultures de vigne. Pourtant celui qu’il préférait était le Faugères blanc dont on dit que les raisins mûrissent la nuit, plantés plein sud dans le schiste, ce sol qui emmagasine la chaleur. Il imaginait les grains alimentés sous la lune par un soleil intérieur. Il écrivait sur son cahier de nouvelles poésies gorgées de tramontane. Ce soir là et aussi les suivants. Il écrivait et jouissait complètement de sa vie. Au point qu’il oublia de se présenter Salle Rabelais à 14h30 le mercredi. Ses collègues le trouvèrent assis en terrasse à l’ombre des platanes qui jonchent les allées de l’esplanade, à deux pas de la salle de conférence où on l’avait attendu. Marino, ivre de vin, maniait le stylo et vidait son verre.

Dans l’avion du retour les collègues apaisés comptaient leurs ventes, exhibaient leurs achats, beaucoup de mémoires USB vides qu’ils se promettaient de remplir prochainement. Marino somnolait, il avait bu une bonne bouteille avant de décoller. Dans son bagage quelques litres qu’il boirait à la fraîcheur de la nuit tombée. Il s’en gorgerait comme les grains de raisin sous la lune. Son cahier plein de schistes, de collines, de vin marin et de sable. Il rêvait déjà à son prochain livre de poésies écrites au pied du Pic Saint Loup, à l’ombre des platanes.

en hommage à Marino Wilson Jay, poète cubain.

Dix à deux

Posted: viernes, 20 de mayo de 2011 by magali in Etiquetas:
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Quand on s’est connu je pensais bien que c’était une histoire qui finirait le lendemain matin. Pour moi elle avait assez duré : une longue nuit. J’avais mis deux ans avant de pouvoir quitter mon mari et entamer un divorce ce n’était certainement pas pour tomber amoureuse du premier amant venu.

Il a six enfants de quatre femmes différentes et j’en ai quatre, d’enfants bien sûr, tous de mon ex-mari. Tout de même j’aurais dû voir qu’il y avait une grande différence entre sa situation et la mienne et pourtant non, j’ai éclaté de rire, je m’en souviens et j’ai dit eh bien ! Ça fait donc dix ! J’ai pensé que nous nous ressemblions beaucoup simplement parce que nous avions pas mal d’enfants l’un et l’autre.

J’ai rapidement appris à cuisiner les plats qu’il préfère, j’ai retenu les noms de ses enfants et même leur date d’anniversaire. J’ai acheté une table beaucoup plus grande et une cocotte minute taille XXL supplémentaire. En avant le riz aux haricots noirs, aux haricots rouges, aux haricots blancs, le poulet rôti, le poulet à la sauce tomate et le soir des litres de soupe de cou et ailes de poulet au coriandre, un délice.

Quand la mère de sa dernière fille a refusé qu’il la voit, j’ai répété après lui : Elle est vraiment givrée ! Quand au bout d’un an il l’a traduite devant les tribunaux pour ce problème de garde refusée j’ai découvert effarée que la mère de la petite dernière était perchée sur de grands talons, ses ongles très longs étaient peints en rouge vif, sa jupe était très courte et elle portait deux décolletés : le premier sur une poitrine plus que généreuse et le second jusqu’au bas du dos. Quand elle s’est présentée à la barre les seins en avant… je me suis sentie gênée, je ne me souviens plus de rien. J’étais tétanisée par son apparence. A aucun moment je me suis demandée comment il avait pu se sentir bien aux côtés d’un tel cliché de la vulgarité. En sortant du tribunal elle est passée à mes côtés et c’est elle qui m’a traitée de pute !

Quand après quatre ans de relation il m’a dit qu’on ne se verrait pas ce week-end car il voulait se consacrer à ses enfants et que je l’en empêchais, je l’accaparais, j’ai répondu oui, bien sûr. Sauf que je n’ai pas compris en quoi je l’accaparais mais j’ai préféré me taire. J’ai rangé la cocotte minute XXL supplémentaire.

Depuis je ne l’ai plus utilisée. Le week-end où il est libre de garde, c’est celui ou moi-même j’ai mes enfants et il ne vient plus le passer à la maison. Comme avant… Dix enfants, cinq mères, et deux pères (en nous comptant) ça fait beaucoup de dates de visites, même s’il ne voit jamais son fils qui vit à La Havane. Je ne me suis donc pas étonnée. J’ai commencé à réfléchir à quoi m’occuper les week-ends où mes enfants quittaient la maison du vendredi soir au dimanche après-midi. J’ai rappelé les vieilles copines, les plus fidèles. J’ai senti un grand vide mais j’ai préféré là encore ne rien lui dire. Je crois que le fait qu’il m’accuse d’être possessive et de l’éloigner de ses enfants m’avait interloquée. Je ne voulais pas risquer d’en entendre davantage.

Puis j’ai retrouvé dans le vide poche de sa voiture des tickets de courses effectuées dans un magasin où nous n’allons jamais ensemble. Des courses que je n’avais jamais ni vues, ni mangées. Le magasin est à l’autre bout de la ville, dans un quartier où aucun de ses enfants ne réside. C’est pourtant exactement les mêmes courses, je veux dire c’est ce que nous avions l’habitude de cuisiner ensemble. Je n’ai rien dit mais j’ai commencé à surveiller son téléphone, ses poches, et encore bien sûr le vide poche de la voiture.

Maintenant je sais qu’il s’est remarié il y a deux ans, l’époque où il m’a dit qu’on ne se verrait pas le week-end car il voulait se consacrer à ses enfants et que je l’en empêchais, je l’accaparais. La femme est jeune et jolie, elle a déjà un enfant de son côté. Il a ou il n’a pas encore fait le onzième ou le septième selon le point de vue. Je ne sais pas exactement si je suis l’amante de son mari ou si elle m’a piqué le mien. Là encore c’est selon le point de vue.

Acier, fer et argent

Posted: sábado, 14 de mayo de 2011 by magali in Etiquetas:
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Le bruit courrait déjà : Yalili ! Ses cheveux ! On disait plusieurs choses mais la version officielle était que ses cheveux pris d’une liberté soudaine s’étaient dressés sur son crane. Elle s’était transformée en vraie sorcière. Sans doute avait-elle été envoûtée et sa mère cherchait maintenant une solution auprès de toute experte en envoûtement. Dieu merci le pays n’en manquait pas !


En effet, les produits lissant firent leur entrée dans l’île. Yalili pleine d’espoir en testa immédiatement l’effet sous l’œil impassible de sa mère. Mais la crème aspirée par la masse de ses cheveux ne produisit pas le résultat escompté : seuls les cheveux plantés sur le haut du crane devinrent lisses formant une sorte de couvercle noir à horizontale car les cheveux du dessous libres de brosse pour la première fois depuis de nombreuses années s’en donnaient à cœur joie. Ils frisaient, se tordaient, bouclaient dans tous les sens remontant par leur vigueur retrouvée le couvercle du haut, noir et lisse.
Yalili faillit défaillir. C’était samedi et elle décida de ne pas mettre le nez dehors aujourd’hui, le temps de trouver une solution.
Elle étira alors patiemment toutes les mèches de sa chevelure et les enroula une à une autour de son crane en un casque naturel. Elle prit un vieux drap et tailla un carré qu’elle se noua sur la tête. Les jours suivant elle renouvela l’expérience.

Au bout d’une semaine elle réussi à enrouler chaque mèche autour d’un bigoudi fabriqué patiemment en carton dur. Maintenant le casque était énorme et il lui fallut couper à nouveau dans le vieux drap, un carré plus grand serait nécessaire.
La première nuit fut horrible. La tête de Yalili ne reposait plus sur sa couche, les rouleaux l’en empêchaient et la maintenaient en hauteur, le cou tordu. Elle installa un coussin dans le creux entre les épaules et le casque de sa chevelure emprisonnée. C’était mieux. Au bout de quelques jours de renouvellement incessant du cérémonial, ses cheveux avaient retrouvés la verticale et ils étaient tendus en une crinière animale mais brossée. Elle décida que ce serait la procédure à suivre dorénavant, chaque soir avant de dormir.

Elle put retourner au collège et les filles observaient maintenant envieuses les longues mèches tombantes, raides et épaisses qui lui couvraient le dos. La plupart auraient aimé pouvoir détacher leurs tresses à leur tour mais obtenir ce lissé serait pratiquement impossible. Yalili saisit l’occasion nouvelle. Elle en aurait toujours assez pour elle, aussi elle empoigna les ciseaux de cuisine en acier puis une mèche du dessous et coupa net. Elle attacha la queue de cheval d’un élastique et recommença l’opération plusieurs fois. Elle choisissait à chaque fois des couches inférieures de façon à ce que les coupes successives demeuraient invisibles. Puis elle enveloppa les mèches postiches de cheveux naturels dans du papier journal et d’un pas décidé fit le tour des coiffeurs de la ville. Elle négocia la vente d’une main de fer.
Tard, elle déposa fièrement sur la table de la cuisine de quoi manger pendant une bonne semaine. Sa mère ouvrit grand les yeux. Jamais une telle somme d’argent n’avait été réunie en un seul jour. Comment t’étais tu débrouillée ma fille ? Elle pensa un instant à la prostitution mais aussitôt lui vint à l’esprit que Comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête. C’était donc ça !

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