Publication ADA magazine, Somme de mon père

Posted: lunes, 10 de diciembre de 2012 by magali in Etiquetas:
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Somme de mon père


Installation sans titre, de Sandra RamosLes journaux crissent sous les pieds. Il y en a plein le sol et sur le lit aussi. Couché il tient les pages ouvertes face à lui. Les petits pas discrets, les petits coups à la porte. Pas d’effusion ni de spontanéité en entrant dans la chambre. Les draps dessinent et cachent son corps. Seuls deux bras tendus indiquent sa présence derrière le journal. Les petites font la queue en pyjama déjà, pantoufles aux pieds. L’une grimpe sur le lit, après l’autre, s’agenouille à ses côtés et baise rapidement la joue tendue.
Bonne nuit !
Bonne nuit !
Bonne nuit !
Il a tendu trois fois la joue et reprend déjà la lecture. Même pas tourné le visage, juste tendu la joue. Le cérémonial s’achève ainsi, l’une redescend du lit après l’autre, laissant la place à la suivante… La même place convenue, ni plus, ni moins. Libérées, maintenant chacune tourne le dos et l’imprimé fleuri d’un pyjama rivalise un temps avec la double page blanche marquée de signes noirs du journal qui repose horizontale sur le couvre-lit. Tissu rose, fleurs mièvres, chatons joueurs, balles de mousse quittent la chambre. Il n’a pas lâché complètement le journal, ne pas perdre la page…
Encore un mot ? Fermez la porte !

Illustration : Sandra Ramos, Installation sans titre, 1997

http://www.autour-des-auteurs.net/magazine/new_mag.html#haut

Marcia, le salut à Saint-Denis

Posted: domingo, 9 de diciembre de 2012 by magali in Etiquetas:
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Marcia n’avait jamais tenu entre les mains un fusil plus longtemps que le temps réglementaire. Elle avait obtenu ses galons sans mal mais sans gloire particulière. Rien dont elle pourrait rougir de satisfaction ni de honte. D’ailleurs elle n’aimait pas les héroïnes et ne s’était jamais identifiée à aucune d’elles. Elle les trouvait un peu louches.

En regardant Marcia d’un peu plus près on apercevait ses cicatrices. Lignes perpendiculaires, en biais, verticales, courbe autour du poignet. Marcia avait décidé d’oublier une fois pour toutes ces marques indélébiles sur sa peau. D’autres cicatrices nichaient à l’intérieur, foudroyant comme la foudre fend le tronc le plus dur en une fraction de seconde. Pourquoi se serait-elle encombrée de ces phénomènes émotionnels ? Marcia ne leur avait laissé aucune chance, elle menait son vrai combat : un peu plus de fard sur mes lèvres charnues, chagrin d’amour oublié. Mouche sensuelle au dessus de ma bouche le jour où j’ai changé la serrure interdisant l’accès à tout amant-géniteur. Poudre éclatante sur mes joues, ma lutte quotidienne pour manger, éduquer mes enfants. Chevelure libre et sensuelle, terribles maladies, deuils. Trait au crayon noir autour de mes yeux bleus grands ouverts, aimer, vivre, aimer encore, vivre. Lutter. Aimer, lutter, vivre, lutter, aimer, aimer, vivre, aimer, aimer, lutter.

Marcia

Posted: martes, 27 de noviembre de 2012 by magali in Etiquetas:
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Installation "Marcia" 2012,
Isabelle Marsala et Magali Junique
Marcia n’avait jamais tenu entre les mains un fusil plus longtemps que le temps réglementaire. Elle avait obtenu ses galons sans mal mais sans gloire particulière. Rien dont elle pourrait rougir de satisfaction ni de honte. D’ailleurs elle n’aimait pas les héroïnes et ne s’était jamais identifiée à aucune d’elles. Elle les trouvait un peu louches.

En regardant Marcia d’un peu plus près on apercevait ses cicatrices. Lignes perpendiculaires, en biais, verticales, courbe autour du poignet. Marcia avait décidé d’oublier une fois pour toutes ces marques indélébiles sur sa peau. D’autres cicatrices nichaient à l’intérieur, foudroyant comme la foudre fend le tronc le plus dur en une fraction de seconde. Pourquoi se serait-elle encombrée de ces phénomènes émotionnels ? Marcia ne leur avait laissé aucune chance, elle menait son vrai combat : un peu plus de fard sur mes lèvres charnues, chagrin d’amour oublié. Mouche sensuelle au dessus de ma bouche le jour où j’ai changé la serrure interdisant l’accès à tout amant-géniteur. Poudre éclatante sur mes joues, ma lutte quotidienne pour manger, éduquer mes enfants. Chevelure libre et sensuelle, terribles maladies, deuils. Trait au crayon noir autour de mes yeux bleus grands ouverts, aimer, vivre, aimer encore, vivre. Lutter. Aimer, lutter, vivre, lutter, aimer, aimer, vivre, aimer, aimer, lutter.

Lancement ToTaL LoCal Boutique d'automne

Posted: miércoles, 14 de noviembre de 2012 by magali in Etiquetas:
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Une nouvelle édition automnale du ToTal LoCal Boutique, 25 artistes présentent à La Friche de Mimi du 19 au 24 novembre 2012 leurs réalisations en tous genres. Peintures, performances, littérature et plus encore aux meilleurs prix. A partir de zéro euro jusqu'à l'infini, venez faire votre choix sur les étalages et entre les spectacles pendant six jours de 14h à 21h non stop.

ToTaL LoCaL BouTiQue : more, más, plus, mucho, zid...

Posted: jueves, 1 de noviembre de 2012 by magali in Etiquetas:
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A l'initiative de Marc Na, artiste plasticien montpellierain un collectif d'artistes multi-disciplinaires (arts plastiques, musique, théâtre, écriture, vidéo, chant...) propose des oeuvres uniques sur le thème : Les meilleurs aux meilleurs prix. Un pied de nez au marché de l'art, un accès incongru aux objets d'art, un collectif créatif avec pour leit-motiv (et ce n'est pas nouveau chez Marc Na) le slogan : More, más, plus, mucho, zid...
Je les aime tous, comme moi-même
Les biens sont biens, mais les mieux sont mieux
La vie est belle, chic et pas cher
La vie est belle, chic et pas cher
 
 
Des plasticiens qui n'ont rien à dire, tout à montrer, des comédiens qui jouent sans le savoir avant le spectacle, des écrivains qui parlent au lieu d'écrire, des musiciens-chanteurs amoureux, il faut mettre de l'ordre dans tout ça. Marc Na le chef d'orchestre s'y emploie joyeusement, le résultat est surprenant à chaque fois.

Ces éminents messieurs

Posted: sábado, 20 de octubre de 2012 by magali in Etiquetas:
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V. Rodríguez, pintor mexicano, dos máscaras
Il faut que je vous dise que j’ai une sœur jumelle. Nous sommes nées le même jour du même œuf. Je ne me souviens plus laquelle des deux est sortie la première du ventre de ma mère. De toute façon on dit chez nous que la première est la plus jeune. Moi je n’ai jamais compris pourquoi mais il me plait de penser que je suis la première et la plus jeune car en définitive il n’est pas donné à tout le monde de défier la chronologie. Autant que ce soit moi.
Depuis toujours on dit chez nous que nous ne nous ressemblons pas du tout. Pourtant nous avons la même taille : un mètre soixante quinze exactement, la même couleur de cheveux : châtains et les mêmes yeux : noirs. Au départ. Je dis au départ car depuis mes quinze ans je me teins les cheveux, actuellement ils sont roux flamboyants et cela me va très bien. Je dis au départ aussi pour les yeux car aujourd’hui je porte des lentilles de contact qui me font les yeux noisette. Nous avons aussi la même démarche et nous sommes gauchères toutes les deux.

Moi je sais bien qu’on est identiques mais chez nous personne ne veut le voir. Cela a commencé à l’école avec la maîtresse, mais j’ai vite compris que Seño-Guillermina était débile. Pas aveugle, juste débile. Enfin Paulina comment peux-tu être tellement écervelée quand ta sœur est si sage ! ou alors, enfin Carolina essaie de raisonner un peu ta sœur, un vrai moineau sans cervelle cette pauvre Paulina, qu’est ce qu’on va bien pouvoir en faire ?

Si je courrais toujours après les garçons ma sœur passait son temps à courir après les livres à la bibliothèque, si je me battais pour avoir le premier rôle dans le spectacle de fin d’année, c’était ma sœur qui lisait le plus beau texte au micro. Le jour de nos quinze ans j’ai obtenu ma première décoloration de cheveux et ma sœur sa première pige dans un magazine pour adolescents, quand j’ai glané mes premiers dollars avec les touristes, elle a vendu ses premiers articles.

J’ai perfectionné ma technique, j’ai toujours les ongles impeccables, je peux me maquiller dans le noir, je sais marcher sur des talons de quinze centimètres avec le naturel le plus complet et je peux danser la salsa toute la nuit sans me fatiguer, j’ai toujours le plus beau sourire aux lèvres. Ma sœur aussi est devenue experte, d’articles elle a publié des dossiers bien épais, puis des livres sur des sujets toujours très intéressants (qui en général intéressent une poignée de messieurs éminents) puis elle a été indispensable au comité de direction de nombreuses revues et aujourd’hui elle dirige la moitié des éditions du pays.

Je vois bien que de la même façon que je prends un homme, l’utilise et l’archive, elle prend un livre, l’utilise et l’archive. Aujourd’hui je suis installée à la terrasse du café Flore à Paris, j’y attends ma sœur pour un chocolat chaud. Elle voyage énormément, de conférences en colloques avec son passeport diplomatique. Moi aussi je voyage énormément de conférences en colloques, j’y accompagne les éminents messieurs qui se sentent un peu trop seuls. Mon passeport est français depuis bien longtemps, j’ai archivé l’autre. Tout bien réfléchi c’est vraiment l’unique différence entre ma sœur jumelle et moi, je ne comprends toujours pas pourquoi on dit chez nous que nous ne nous ressemblons pas du tout. 

Il gagne ses dollars

Posted: miércoles, 10 de octubre de 2012 by magali in Etiquetas:
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Gustavo Peña, el boxeador
Marlon est simplement vêtu d’un jean coupé aux genoux et d’un T-shirt uni en coton blanc. Il aborde le groupe de touristes à la sortie de la station de bus. Il parle bas et traite avec eux sans détour. Il explique que s’ils acceptent qu’il soit leur « guide » il pourra faciliter leur séjour. Il connaît sa petite ville comme sa poche, il sait où leur trouver à manger bon marché, le chemin des cascades dans la montagne, il peut leur trouver un chauffeur pour pas cher… En contre partie qu’on lui donne ce qui semblera juste. Le contrat est évasif, tant au niveau de sa prestation que du prix attendu. Les jeunes touristes se concertent rapidement et acceptent. Ils savent bien qu’il leur sera impossible de faire dix pas sans qu’un nouveau « guide » les accoste. Autant que ce soit lui, au moins il ne fait pas semblant de vouloir être leur ami, il parle peu. Il travaillera, ils paieront.

 La ville a changé. Je ne la reconnais pas. Je cherche en vain quelques repères. Où se trouvent les escaliers de la station de bus ? Celle où dix ans plus tôt nous l’avons rencontré ? La ville semble endormie, hors du temps, déglinguée malgré sa beauté. Une beauté figée comme sur une carte postale. Sur la place centrale quelques figures locales animent le paysage. Sur le banc voisin une jeune fille m’interpelle. Je flaire la jeunette en mal de dollars. Salut ! Tu viens d’où ? Je lui réponds que je ne veux pas parler avec elle. Je lui dis que je ne la connais pas. Elle me fixe sans gêne et me dis que je n’ai qu’à rester seule avec ma solitude. Je ne réponds pas et pense à l’autre rencontre, celle d’avec notre guide d’alors à la sortie de la station de bus.

 L’excursion à bicyclette s’était organisée durant la matinée. Pas facile de dégoter quatre vélos en état de marche, ou à peu près. Marlon mène l’excursion. Silencieux et heureux il gagne ses dollars à coup de pédale. Direction les cascades, une journée en plein air avec des inconnus, puis une semaine tranquille à bouffer ce qu’il veut, à partager avec qui il veut. A vivre tout simplement. La baignade était bien méritée, une heure à vélo sous un soleil de plomb puis une marche sur un sentier de terre. Il a ôté ses chaussures, sans doute veut-il les économiser. Il trotte toujours en tête, il gagne ses dollars pieds-nus à grandes enjambées. Nous suivons difficilement le rythme, nos tennis n’y sont pour rien. L’eau est chaude, elle est vive, le bruit des cascades est assourdissant. Il convainc la jeune touriste de sauter du plus haut rocher, main dans la main, avec lui. La prise de risque fait-elle partie du contrat ? Dans l’eau leurs corps se touchent, lisses et fermes, vigoureux et pleins de vie, ils remontent ensemble vers la surface, puis les rayons du soleil sur leurs visages ruisselants. Il ne lui a pas lâché la main. Ils rient.

 Silencieuse j’observe les allées et venues de ces jeunes cubains qui fricotent avec les touristes, déjà dix ans et presque rien n’a changé. Maintenant ils portent tennis, jeans et T-shirts de contrefaçon, lunettes noires en plastique, téléphones portables, casquettes, la marque de l’occident avec cependant une touche locale. Plus de couleurs chez les filles, accessoires bling-bling déclinés, bijoux en toc multipliés. Dents en or, diamant de pacotille collé sur une dent.

 Le lendemain Marlon avait proposé au groupe d’aller danser. Un samedi soir bien ordinaire. Dans la discothèque à l’air libre les corps se démènent. Le rhum et la bière coulent, la sueur coule, la jeunesse vit. Marlon invite la jeune touriste. Ils dansent ensemble. Même sensation qu’à la cascade, corps mouillés, peaux qui se touchent. Son regard est plus insistant, il sourie et beaucoup plus encore. Il ne parle pas, c’est inutile. Au moins il ne fait pas semblant, il gagne ses dollars à coup de charme. Le groupe s’est dispersé dans la discothèque, chacun cherche son samedi soir.

 Un homme encore jeune moulé dans un T-shirt voyant est assis avec le groupe. Le ventre déjà bedonnant tend la toile de coton sur laquelle une mauvaise impression représente un quelconque rappeur noir-américain. Cousue en relief sur le T-shirt, une chaîne en ferraille du plus mauvais goût entoure le cou du rappeur et pendouille sur le vendre de cet homme. Derrière ses lunettes noires, vêtu de ce T-shirt ridicule, l’homme se sent sans doute un peu plus riche, la fortune du rappeur qui étale sa réussite sur la toile en coton lui appartient un peu à lui aussi. Sans doute se sent-il moderne, dans l’air du temps, alors qu’il est plutôt pathétique.

 La dernière halte avant le retour à la pension a lieu sur la plage. Marlon quitte son T-shirt et le pose sur le sable un peu grossier à cet endroit. Délicatement comme s’il ordonnait les draps du lit, il étire le vêtement avant d’y coucher la jeune touriste. Ils vont faire l’amour sur la plage c’est le seul endroit dont il dispose. Sous les raisiniers du bord de mer, le coin est plus obscur, et puis on est samedi soir, ils ne seront pas les seuls. Où pourrait-il bien amener la fille ? Encore une fois les peaux qui se touchent, les corps mouillés. Il gagne ses dollars à coup de rein.

 Les traits de son visage sont fatigués, sa peau est défraîchie, sans doute la marque du rhum. Il est fané dans ce vêtement trop voyant. Rien ne va.

 L’autobus est sur le départ. Les jeunes touristes quittent la ville après trois jours agréables. La foule de ceux qui restent se presse au bas de l’autobus et fait des signes d’adieu. Il est là, son large sourire, les dents parfaites, dans la poche de son jean les dollars gagnés. Les yeux de Marlon fixent la fille et il supplie. Il parle et elle ne l’entend pas, installée sur son siège de l’autre côté de la vitre. Elle lit sur ses lèvres. Emmène-moi, je pars avec toi, emmène-moi ! S’il te plait, emmène-moi loin d’ici.

 Mon cœur s’accélère. Sur le banc voisin, c’est Marlon. L’homme moulé dans ce T-shirt voyant. Notre guide a pris une vingtaine de kilos en dix ans. Je le reconnais assis-là. Il ne peut pas me reconnaître ? Combien de dollars lui ont rapporté toutes les filles dont il a touché la peau, le corps mouillé ?  Que lui est-il arrivé ? Ou plutôt que ne lui est-il pas arrivé ?

La Laiterie des Beaux Arts (nouvelle version)

Posted: lunes, 24 de septiembre de 2012 by yannier RAMIREZ BOZA in Etiquetas:
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Après un an de fermeture,
La Laiterie des Beaux Arts ouvre à nouveau au public,
la programmation continue à donner le vie belle aux arts plastiques, scéniques, la musique est au rendez-vous trois soirs par semaine, la danse... Le bistrot des ethnologues y aura lieu également de façon régulière.
Boire un coup, manger, se réunir et en prendre plein les mirettes, plein les esgourdes, plein la gargoulette, plein le palpitant,
on aime, on y va,
on tape : lalaiteriebeauxarts.over-blog.com pour accéder au programme détaillé semaine après semaine.

Les quatre saisons

Posted: miércoles, 19 de septiembre de 2012 by magali in Etiquetas:
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Carilda Oliver Labra, poetisa cubana,
fotografía Héctor Garrido
Dans cette maison il n’y a pas d’hommes. C’est une maison de femmes. Une maison qui compte, avec moi, sa quatrième génération de femmes.
 
Un jour, mais je n’avais pas encore atteint mes quinze ans, j’ai demandé à Mima, j’appelle toujours grand-mère Mima, pourquoi il n’y a pas d’hommes à la maison ? Elle n’a été ni gênée, ni surprise par ma question. Je le sais. Je le sais car quand Mima est gênée elle me dit Aïe Julianita ! mais qu’est ce qu’il se passe donc dans cette petite tête ? Je le sais car quand Mima est surprise elle dit également : Aïe Julianita ! mais qu’est ce qu’il se passe donc dans cette petite tête ? mais c’est un ton différent qu’elle emploie à ce moment là et je sais qu’elle est surprise et non pas gênée. Là, face à ma question, elle a dit Aïe Julianita ! mais qu’est ce qu’il se passe donc dans cette petite tête ? Mais elle n’était ni gênée, ni surprise, elle était sérieuse. Je l’ai compris à sa voix. Elle a pris mon menton dans sa main et m’a relevée doucement la tête. Puis elle a planté son regard dans le mien. Et elle a continué.
 
 Julianita, tu sais, c’est un grand bonheur pour nous toutes ma fille qu’il n’y ait pas d’hommes à la maison. C’est aussi à cause de ton salopard de grand-père. Le père de ta mère et de toutes mes filles, enfin, le père de tes tantes. Ton grand-père est le salopard qui a permis ce grand bonheur car vois-tu ma fille et tu le sais bien, ce qui advient, convient.
 
Je me suis demandé à ce moment-là si Mima allait poursuivre ou s’arrêter car tout était dit. Mais elle a continué.
 
J’avais presque ton âge quand j’ai connu ton grand-père. Il m’a plu énormément et m’a fait la cour d’une belle façon. Il m’a parlé de fleurs, de jardinier, enfin de toutes ces choses tellement fleuries que neuf mois plus tard ta mère est née. Il n’était pas là ce jour là, le jour où je suis devenue mère. Le jardinier était absent. Selon la lune, mais lui il disait que c’était selon son travail, il partait ou il revenait. Neuf mois plus tard c’est ta tante Ofelia qui est née, ton grand-père n’était pas là, mais j’étais déjà mère et j’en savais déjà plus que lui sur bien des choses. Ensuite il y a eu l’arrivée de ta tante Fina, je ne peux même pas te dire s’il était là ou pas, tu vois j’avais déjà beaucoup grandie et ainsi de suite… Je vivais avec ma mère, ton arrière grand-mère car mon papa, ton arrière grand-père, était mort avant ma naissance.
Le temps a passé et je me suis un peu desséchée, d’abord parce que ta mère et tes tantes m’avaient tétée les seins jusqu’à la dernière goutte de lait et puis j’avais trop attendu le retour du jardinier. J’étais une belle plante crois-moi mais j’avais donné trop de fleurs et sans doute mon parfum s’était-il altéré ? Enfin j’ai élevé mes filles. Seule. Ce qui advient, convient Julianita. Avec le temps j’ai su que le salopard allait jardiner d’autres fleurs, vois-tu. Tu connais ta tante Germana ? et ta tante Silvina, la pauvre, elle n’est plus là aujourd’hui. Ce sont tes tantes que je n’ai pas mises au monde. Enfin ce sont tes tantes quand même ma fille. Elles sont nées comme ta mère, comme Ofelia, comme Fina dans des maisons de femmes. Alors j’ai dit à tes tantes et à ta mère qu’elles suivent mon conseil. Qu’elles apprennent à élever leurs enfants seules sans attendre le retour d’aucun jardinier. J’ai appris à mes filles et à tes tantes à devenir des femmes libres. Certaines tu le sais se sont faites opérer après leur première grossesse. Chacune d’elles a décidé librement. C’est aussi ce que tu feras ma Julianita. Tu choisiras tes hommes mais tu choisiras aussi ta vie. Libre et toujours fleurie, regarde tes tantes comme elles sont belles ! Et ta mère ! Tu as de qui tenir ma fille, tu as reçu d’elles un bon engrais, tu es un vrai bougainvillier, avec ses fleurs mais ses épines acérées ne sont jamais loin, aïe Julianita.
 
Mima était toujours sérieuse quand elle m’a dit cela, puis elle a répété plusieurs fois que ce qui advient, convient. Que le salopard avait permis ce grand bonheur. Moi, j’avais bien compris. Je le lui ai dit doucement, Mima j’ai compris, tu sais ça fait longtemps que j’ai compris, mais dis-moi encore une chose, ton père, c’est à dire mon arrière grand-père, n’est certainement pas mort avant ta naissance, il est parti jardiner un autre jardin avant même la première récolte ?
 
 Mima a dit Aïe Juliana ! mais qu’est ce qu’il se passe donc dans cette petite tête ?
 
Mima ne m’appelle jamais Juliana. A son ton j’ai compris qu’elle était très fâchée.

Cette pauvre Samantha !

Posted: martes, 11 de septiembre de 2012 by magali in Etiquetas:
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Yalili s’étonna elle-même. Le feuilleton lui avait fait oublier l’épisode des billets mystérieux : elle s’indigna avec la pauvre Samantha ; elle respira plus vite quand Samantha accepta enfin de parler en tête à tête à sa sœur et d’éclaircir maintenant l’infidélité de son mari ; elle rougit quand les voisins regardèrent passer sans vergogne la pauvre Samantha (doublement trahie par son époux et par sa sœur).

 Samantha traversa seule toute la ville pour se rendre à la terrasse d’une cafétéria bien en vue, l’endroit du rendez-vous fixé par sa traîtresse de sœur. Les messes basses fusaient à son passage : la boulangère jusque là amie de la famille regardait Samantha avec l’air de dire, voilà ce qui arrive quand on est incapable de retenir son homme ! C’est tout juste si elle n’accusa pas Samantha d’être responsable de cette grossesse incestueuse.

 Yalili sentait son cœur se serrer et la colère grandir en elle. Pourquoi les femmes de ce pays ne sont-elles pas solidaires ? Pourquoi accabler cette pauvre Samantha déjà bien éprouvée ?

 Samantha s’assit enfin à la terrasse de la cafétéria et quelques minutes après sa sœur prit place face à elle. Le suspens était à son comble, qu’allait-il se passer entre les deux sœurs ennemies ?

 Yalili sentait confusément que l’épisode allait s’achever. Le propre des feuilletons était d’aiguiser la curiosité des auditeurs et de découper chaque épisode afin qu’il finisse sur un moment culminant dont le dénouement ne serait révélé que le lendemain et parfois même le surlendemain. Alors les pronostics iraient bon train entre les partisans de Samantha, ceux de la sœur de cette dernière et ceux du mari infidèle. Dans ce pays de conteurs et de raconteurs, les conversations auraient assurément autant de piquant, et parfois plus de rebondissements que la conversation fatidique des deux sœurs. En effet, la musique du générique retentit avec un dernier plan sur le visage de cette pauvre Samantha qui affichait un regard entre chien battu et chien méchant. Yalili se leva pour boire un verre d’eau fraîche. Elle se demanda un instant si Samantha allait gifler sa sœur en public ou lui parler de façon civilisée. Elle se demanda surtout ce qu’elle aurait fait dans un pareil cas, impossible à dire puisqu’elle n’avait ni sœur, ni mari. Après tout finit-elle par dire à sa mère, elle n’a qu’à se débrouiller avec son histoire cette Samantha, moi je me débrouille aussi avec la mienne et personne dans ce pays ne s’intéresse à ce qui pourrait bien m’arriver. Qu’elle aille se faire voir avec sa sœur et son mari, quelle emmerdeuse !

Yalili avait déjà oublié l’empathie et la compassion ressenties quelques minutes auparavant. Peut-être l’effet du verre d’eau froide ? La mère de Yalili regardait sa fille étonnée, comment peux-tu comparer un instant l’histoire de cette pauvre Samantha avec la tienne ? Tu oublies que je vais chez ta marraine demain ? Ce qui advient, convient ma fille. Ces billets sont arrivés à toi pour une raison que nous aurons vite comprise et alors crois-moi tout deviendra clair. Va faire un tour, change-toi les idées, d’ici à demain il y a peu à attendre. Yalili s’étira, bailla, jeta un regard dans le miroir de la cuisine, pas mal, les cheveux tressés lui allaient bien, son reflet lui renvoyait un visage au regard de biche, pas de chien battu ni de chien méchant à l’horizon. Elle sourit face au miroir, prit son sac à main et décida qu’elle allait suivre les conseils de sa mère et sortir faire un tour.
Gustavo Peña, artista dominicano
En passant devant la boulangerie elle ne put s’empêcher de lorgner vers la boulangère qui appuyée nonchalamment un coude sur le comptoir, semblait à moitié assoupie et fit un léger signe de la main en direction de Yalili qui lui trouva un regard de chien méchant, aussi elle l’ignora superbement. Qu’elle vende son pain !

Bon anniversaire, Luis

Posted: jueves, 30 de agosto de 2012 by magali in Etiquetas:
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Bon anniversaire Luis,
Le 8 août c’était mon anniversaire et apparemment le 28 c’était le tien ?
Mon voyage a été très émouvant à un point que je n’imaginais pas, la première émotion a surgi quand on m’a donné l’adresse de la maison :
Zapote, de la torre de radio Columbia, 200 sur y 50 este
Pas pour l’adresse en elle-même mais, je crois, parce que me sont revenues toutes les fois où j’avais entendu cette façon tellement particulière de situer les choses, une façon tellement reconnaissable de donner une adresse et je me suis retrouvée avec cette simple phrase dans une réalité et un passé en l’espace d’une seconde, a surgi alors une émotion imprévue et incontrôlable, j’ai eu les larmes aux yeux. Tu t’imagines ?
Donc je suis arrivée le 11 juillet et je suis restée jusqu’au 5 août, je pensais te l’avoir dit dans un précédent mail.
Je suis venue avec mon compagnon cubain pour qui c’était la première fois, Ileana et Cristián nous ont reçus, nous étions comme à la maison, ensuite j’ai vu Paula de l’Alliance (nous nous sommes saoulées en buvant du vin, c’était très beau) ainsi que Guillaume. J’ai parlé à mon ami Arend (du groupe Amarillo Cian y Magenta) mais nous n’avons pas pu nous voir pour des raisons étrangères à notre volonté, et j’ai vu mon ami Giovani ainsi qu’une autre de mes copines, copine de Mónica également.
Ensuite j’ai fait une visite au Franco pour saluer le prof de Liamine, Denis, et là je me suis trouvée nez à nez avec César, par hasard, la visite au Franco a été très belle.
Je suis allée à Curridabat visiter la famille qui m’a accueillie avec mes deux valises et mon fils lors de mon arrivée en 2002, mon fils avait fêté chez eux ses six ans, le 17 août, le jour suivant notre arrivée. Cette famille m’avait beaucoup aidée pour tout (recherche d’appartement, installation de la ligne téléphonique au nom de la dame, prêt de couvertures, télévision, gazinière, miroir et tout ce qu’ils pouvaient me prêter vu que je n’avais rien ; seulement mon fils et deux valises !). Il semble que la sœur de la dame participe à un de tes ateliers d’écriture (Flora je crois).
Je suis allée à l’Alliance aussi et je me suis sentie triste de voir les changements qui ne m’ont pas plus, le son du téléviseur en entrant m’a manqué, c’était une mauvaise chaîne mais j’aimais l’entendre en passant, sans m’arrêter ni y prêter une attention réelle… Que dire de la disparition de la cafétéria de Zoila (ses gâteaux au fromage et manioc) ?
Bien sûr j’ai fait une escapade sur la côte Atlantique et à nouveau mes émotions se sont réveillées de manière imprévisible : à l’odeur de la terre et de la végétation, à nouveau j’ai été transportée à d’autres moments de ma vie, c’était très agréable et très fort également.
Je suis allée dans la région du Guanacaste, j’ai dormi à Liberia et mon unique luxe de touriste de la zone euro a été la visite du parc du Rincon de la vieja, pour le reste, j’étais très heureuse dans des pensions simples, des cafétérias populaires… Je me suis goinfrée de riz au poulet, tu vois comme c’est bête.
Je suis allée déjeuner au marché paysan de Zapote, je suis allée à Coronado respirer les nuages (malheureusement ma petite cafétéria en bois où j’allais boire mon aguadulce était en travaux) et je suis allée voir les deux maisons où j’ai vécu. Je n’ai pas aimé voir que derrière celle du Christ de Sabanilla, les champs de café ont disparu, ils ont construit des résidences HORRIBLES, gigantesques et horribles, je voulais y jeter une bombe. Heureusement les champs de café sont dans ma mémoire, j’espère pour toujours.
Pour le reste c’était plutôt tranquille car je ne savais même pas où sortir ? La Villa était fermée, que dire du Romeral ? et de Cielo ? et d’autres endroits disparus… Je n’avais pas vraiment avec qui sortir non plus car les gens étaient à leur quotidien. Mais peu importe, je suis restée un week-end à San José à lire dans mon lit car il pleuvait énormément et c’était un grand plaisir pour  moi de lire avec le son de la pluie sur le toit de zinc et ce léger froid qui fait que tu te sens bien au lit, enfin, des bêtises… En fait j’ai lu ton livre 300 pages que j’avais acheté à la librairie universitaire, c’était la lecture idéale pour un week-end pluvieux à San José. Merci Luis pour ce que tu écris tu n’imagines pas je suppose les émotions que tu provoques chez tes lecteurs, continue, encore et encore….
J’ignore si tu seras arrivé à la fin de ce mail et s’il te paraîtra gnangnan, j’ignore également pourquoi deux ans de ma vie à San José m’ont marquée à ce point, j’ignore pourquoi quand j’y retourne je suis en colère d’en être partie tout en sachant que je ne pouvais pas y rester plus longtemps à l’époque, j’ignore pourquoi je parcourais les pancartes à louer comme si j’étais à la recherche d’un appartement, j’ignore si ces émotions perdureront dix ans encore ?
Je t’embrasse très fort
Tu es toi aussi quelque part dans ce passé pour cela il est important de rester en contact, n’hésite pas à le faire, j’en suis toujours heureuse.
Magali
PS : je t’envoie des photos, tu verras mon fils qui a 16 ans, mais c’est une autre histoire longue à raconter.
                                                   Zapote, San José, Costa Rica, photo Magali Junique,2012

Tineola et Isoptera ou les amants de Baracoa

Posted: miércoles, 22 de agosto de 2012 by magali in Etiquetas:
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Oscar Nemeyer, brasil, el monstruo imperialista
La housse était trouée. Usée jusqu’à la corde elle avait fini par céder. Beatriz retourna l’oreiller pour en cacher la misère. Malheureusement l’autre côté était dans le même état : une toile usée, fine jusqu’à devenir invisible. Disparue au fil du temps, la toile avait laissé au milieu de l’oreiller un trou bordé de fils en pleine décomposition et qui laissait comprendre si besoin était encore, que la misère, une fois installée, ne fait que ronger et rogner.
Beatriz était vexée, elle attendait la visite imminente de son amant et bien qu’il soit de bon ton de montrer qu’on est une femme humble et forcément dans la nécessité de là à offrir un oreiller miteux… Non, là c’était trop. Elle avait déjà jeté cette semaine une culotte qui à force de contenir ses chairs abondantes avait elle aussi fini par ressembler à un tissu miteux, bordée d’un élastique devenu ondulant et gondolant qui ne jouait plus son rôle et faisait courir le risque de se retrouver avec une vieille chose accrochée aux chevilles, c’est à dire le cul à l’air.
Pourquoi pas ? Cette option était acceptable, ici il faisait chaud, on transpirait abondamment et une ventilation complète avec ce qu’elle signifiait de coquin n’était pas pour déplaire à Béatriz, aussi c’est avec indifférence qu’elle avait fini de déchirer la culotte pour en faire un petit essuie-tout, un petit torchon informe qui trouverait bien son utilité. Elle avait mis dans un coin, sous l’évier, le nouvel ustensile recyclé.
Mais là, c’était trop. La misère lui sautait aux yeux, elle jeta le coussin sous le lit, housse et oreiller. Merde.

Toc toc à la porte, elle allait descendre ouvrir à Tomás. Ils allaient boire un petit coup de rhum qu’il ne manquerait pas d’apporter dans son sac à dos, il connaissait sa faiblesse pour l’alcool national. Puis ils commenceraient à rire et à s’embrasser, ils monteraient les escaliers en se pinçant comme des gamins pour finir sur le lit désormais sans oreiller.
Tomás lui plaisait bien, il était assez cultivé et plein d’humour. La relation était donc satisfaisante bien que, et Beatriz le savait, elle ne mènerait à rien. Ils étaient aussi fauchés l’un que l’autre et jamais ils ne pourraient envisager le plus petit projet ensemble.
Il n’avait même pas où s’étendre à l’heure de sa mort, comme on disait ici, et elle avait le toit de la maison qui lui tombait sur la tête au sens propre. Un étai de bois soutenait la partie du toit qui s’était affaissée dangereusement après les pluies diluviennes qui s’étaient abattues sur la région chaque année en mai depuis que le pays existait et peut-être même bien avant. Deux ans déjà que le toit avait dit, basta ! Ça suffit ! j’ai besoin d’être refait. Impossible pour Beatriz d’envisager de pareils travaux, la mort à l’âme elle avait dû opter pour la solution la moins onéreuse : un étai de soutien. Chaque jour elle vérifiait d’un coup d’œil machinal que l’étai n’était pas bouffé de l’intérieur par quelque larve d’insecte, car après les pluies tropicales qui dévastaient tout, les insectes tropicaux finissaient par détruire le peu qui restait. Pas de sciure suspecte au pied de l’étai, Beatriz croisait les doigts pour se réveiller chaque jour sans avoir le toit sur la tête, de toute façon comme l’avait rassurée sa copine Sasa, il valait mieux qu’elle ne s’inquiète pas puisque dans ce cas, elle ne se réveillerait tout simplement pas. Piètre consolation. Mais Sasa avait une sagesse bien à elle, adaptée complètement à ce pays tropical où le peu que l’on avait finissait toujours par vous tomber en miette entre les mains, le jour le moins indiqué, comme il se doit.
Beatriz embrassait déjà Tomás qui mit son sac à dos sur la table de la cuisine et en sortit une petite bouteille de rhum ainsi que deux macarons. La soirée commençait très bien.
Les deux amants s’en donnaient à cœur joie sous le toit soutenu par l’étai quand Beatriz sentit que tout chavirait autour d’elle. Le lit basculait, les murs basculaient, le toit basculait. Il avait donc fini par céder. Elle se dit qu’elle mourrait nue comme un ver dans les bras de Tomás et que finalement ce dernier avait trouvé où se coucher mort. Il mourrait donc étendu dans son lit à elle. Elle n’eut pas le temps d’en rire car déjà tout était redevenu normal. La loi de la gravité s’imposait à nouveau : le toit était en haut, penché comme toujours et soutenu par un étai de bois comme toujours vertical. Que s’était-il donc passé ?
Le rire de Tomás ou plutôt le fou rire de Tomás, bien vivant. Le pauvre se dit Beatriz il n’a donc toujours pas trouvé où se coucher à l’heure de sa mort…

Ma belle, il va falloir que j’emmène ma trousse à outils, je vais être obligé de te rendre visite demain si tu veux que je retape ton sommier. Lève-toi chérie, nous allons poser le matelas au sol et je vais jeter un coup d’œil à ce foutu sommier. Encore un coup des termites. Dans ce foutu pays tout devient miteux en un clin d’œil ma chérie. C’est à désespérer d’avoir quelque chose à soi.

Beatriz pensait au coussin coincé sous le lit, Tomás allait lui demander ce qu’il faisait là et il verrait ce qu’elle avait voulu cacher. Sans compter le sommier en morceaux. Elle se dit qu’il lui faudrait multiplier les amants et suivre les conseils de Sasa car un peu de rhum et un macaron ne suffisaient vraiment plus.

C’est en ramassant l’oreiller que la situation lui devint évidente : Tomás avait raison c’était à désespérer d’avoir quelque chose à soi.

Les Zorros

Posted: miércoles, 27 de junio de 2012 by magali in Etiquetas:
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Gustavo Peña, artista dominicano, máscara
Le rendez-vous était fixé à 8h30. Diego avait procédé à plusieurs lectures du feuillet le convoquant. Le style en était formel, purement administratif, légèrement grandiloquent et tout à fait agaçant. Ces tournures abruptes et incisives éveillaient toujours en lui le goût de la bagarre. Elles résonnaient comme un cri de guerre. Les injonctions provoquaient une soif de vengeance. Je vais les avoir ! Ils vont baisser les armes, j’en sortirai vainqueur !

La première lecture avait été très rapide, seuls les mots importants avaient fait trace. Convocation, Diego Vega. Oui c’est moi, je suis convoqué, très bien. Puis la seconde lecture déjà plus calme, les battements de son cœur s’étaient apaisés. Voyons voir. Allée de la Citadelle, Mardi 14 juin. La troisième lecture et les suivantes n’étaient plus que contentement. Il se délectait à l’idée de participer à un tel duel. J’y serai ! J’y suis !

Il fallait maintenant préparer ses armes. Mettre dans l’étui les meilleures, les plus affilées, les plus performantes, celles dont le contact faisait corps avec la paume de la main, les doigts bien placés le long du manche. Comme il savait faire pour un résultat détonnant. Une explosion décisive, un feu d’artifice éblouissant. Il les laisserait pantois, il les aurait !

La tenue serait sans surprise : le masque habituel qui permettait de passer inaperçu au milieu de la poudrière. Un ensemble sobre. Pantalon noir ajusté aux muscles puissants de ses jambes, chemise impeccable, blanche de préférence. Cela impressionnait immanquablement l’adversaire. Il le savait bien. Le miroir lui rendit une image satisfaisante. Un homme au jeune corps musculeux duquel se dégageait solidité et vigueur. Tout cela serait positif pour livrer la bataille finale. Diego était déterminé.

Toujours face au miroir il regarda attentivement son visage. Sourcils fournis d’un noir de jais, pupilles sombres ourlées de longs cils, nez droit, ni long, ni large, lèvres charnues entrouvertes sur ses dents d’un blanc pur. Un éclair d’acier aux lèvres se dit-il. Le Z de l’énergie et du mystère des forces cosmiques. Son sourire était impétueux, presque brutal. Ses pommettes étaient hautes. Sa peau était légèrement cuivrée et les mains des filles s’y attardaient toujours, folles qu’elles étaient, aimantées à leur insu. Ses cheveux étaient coupés courts, soigneusement peignés contre son crâne d’une façon très masculine.

Maintenant il lui faudrait réviser un peu, s’entraîner pour cet ultime rendez-vous qui serait décisif pour la suite. Il n’avait pas droit à l’erreur, c’était sa dernière chance d’en sortir avec les honneurs. Mettre le feu à la poudrière ! BOUM !

Le mardi 14 juin à 8h30, lycée Joffre, 150 allée de la Citadelle, Diego Vega calme et déterminé s’installe pour les 20 minutes de préparation qu’on lui donne avant son oral de français. Il tire de l’étui son meilleur stylo. Il lit le titre du poème à expliquer : La Tornade, Aimé Césaire. Il sait déjà que le V de la victoire lui est acquis. Il s’imagine l’adresser à son ami Bernardo qui ne manquera pas de l’attendre à la sortie.

Somme de Mima

Posted: lunes, 18 de junio de 2012 by magali in Etiquetas:
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René Peña, artiste cubain, sans titre, 2009
Le ventre de Mima toujours rond

Les grossesses de Mima 108 mois soit 9 années

Les enfants de Mima 6 filles et 6 garçons

Les pertes de Mima 4 garçons dont elle gardera éternellement en elle la vie donnée

Les cheveux de Mima longs et toujours tressés

Le chignon de Mima brun puis gris puis blanc

Les yeux verts de Mima

Les chats de Mima dans la cuisine

La porte de la cuisine reste ouverte dans la journée

Les chats entrent et sortent à loisir

Les chats lapent dans l’écuelle en fer blanc posée au sol

Les chattes sont pleines

Les chattes ramènent leurs portées dans la cuisine

Les chatons trottent et s’étonnent

Les yeux de Mima suivent les chats

L’amour de Mima pour ses chats

La tendresse de Mima qui voit le ventre des chattes toujours rond

Le verre d’alcool sur un coin de la table de la cuisine

La main de Mima qui prend le verre et boit

Amorcito lindo

Posted: domingo, 10 de junio de 2012 by magali in Etiquetas:
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Israel Tamayo- artista cubano - Boda en bicicleta, colografía
L’autre gare toujours sa voiture au même endroit, à la même heure, le même jour de la semaine.
Mon bel amour, mi amorcito lindo.

L’autre s’assoit toujours sur la même chaise autour de la table de la cuisine. Il accepte toujours le même verre de limonade fraîche que je lui tends.

Mon petit amour, mon amour. Tu es là, tu es encore et toujours là.

L’autre monte toujours le son de la télévision avant d’entrer dans ma chambre.

Mon bel amour est là, avec moi. Je le sais bien.

L’autre pose toujours ses vêtements avec le même soin sur la chaise au pied du lit, malgré la hâte qui le tenaille. Il est excité, je le vois à son sexe déjà prêt.

Mon bel amour aussi est dans la chambre. Cette chambre loin de l’endroit où l’on s’est aimés. Cette chambre que j’ai louée en ville après l ‘accident.

L’autre bouge toujours de la même façon, il murmure à mon oreille les mêmes mots. Cela l’excite visiblement.

Mon amour est à sa place, tout près, là. Mon amorcito lindo, sur la table de chevet.

L’autre a bientôt fini. Je le sais à la cadence et puis il transpire toujours un peu, juste avant.

Dans le cadre à photo, mi amorcito lindo veille. Sa photo rangée derrière la photo qui apparaît dans le cadre, celle où j’apparais de face, jolie. J’ai sur les lèvres le sourire que je lui adresse. J’ai dans le regard tout mon amour pour lui, lui veille, derrière ma photo. Mon petit fiancé, mi noviecito lindo.

L’autre est entré dans la salle de bain. Il utilise la petite serviette que je pose toujours pour lui en équilibre sur le bord du lavabo.

Je m’habille dans la chambre, sous le regard caché de mon bel amour. Je regagne la cuisine.

L’autre occupe à nouveau la même chaise autour de la table de la cuisine. Il veut m’inviter bientôt à déjeuner dans un bon restaurant. Pas aujourd’hui, il n’a pas le temps. Comme toujours. J’acquiesce en silence. Il parle maintenant de cet appartement où nous allons nous installer, bientôt, très bientôt, comme toujours.

Mon amour n’a pas eu le temps, nous n’avons pas eu le temps de nous marier, de nous installer, juste de nous aimer. Puis l’accident est arrivé.

L’autre parle toujours de nos projets, c’est le même monologue post-coïtal. Puis il regarde l’horloge de la cuisine et toujours après l’heure à sa montre.

Mon bel amour, nous n’avions pas l’éternité. Nous l’ignorions. Tu n’as pas eu le temps de le savoir puisque ta moto t’a emporté loin de moi, loin de nos projets. La mort t’a fauché en plein amour. Mon petit fiancé.

L’autre se lève, il doit y aller. Il dit toujours que c’est pour le loyer ou pour les courses de la semaine, que je verrai bien. Il laisse les billets sur la table de la cuisine. Comme toujours. Oui je verrai bien.

Mon bel amour, mon tendre amour, mi amorcito lindo.

Entre deux

Posted: lunes, 21 de mayo de 2012 by magali in Etiquetas:
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El beso, Luis Miguel Valdés Morales,pintor cubano
Quand la relation avec Adrián s’est dégradée, je l’ai su tout simplement. Alberto en a été le révélateur : j’ai commencé à m’intéresser à lui. J’avais envie d’aller aux endroits où j’étais susceptible de le croiser. Je le trouvais beau et spirituel. J’appréciais sa conversation. Je cherchais, je dus me l’avouer rapidement, à lui plaire. Exit Adrián.
 La rupture s’imposait. J’ai d’abord déménagé mes affaires un après-midi où Adrián travaillait. Il n’allait sans doute rien casser mais un accès de rage masculine, sait-on jamais… Puis je l’ai attendu à la maison. J’ai mis mon trousseau de clés sur la table, je ne lui laisserai pas le plaisir de me demander de lui rendre les clés. A dix-huit heures quarante-cinq précises ma sœur doit me passer un coup de fil, en effet, Adrián sort du travail à dix-huit heures, il lui faut environ quinze minutes de trajet jusqu’à la maison, mettons vingt minutes, ensuite cinq minutes pour entrer, aller aux toilettes et me rejoindre au salon. Là il verrait ma tête et poserait la question vers dix-huit heures vingt-cinq : Qu’est ce que tu as ?
 J’aurai donc environ vingt minutes pour rompre notre relation de plusieurs années avant que mon téléphone ne sonne et mette fin à la pénible situation. On ne se jetterait pas à la figure tous nos défauts. Non. Ce serait bref et concis, propre et beau. Logiquement je ne parlerai pas d’Alberto à Adrián puisque ce n’est déjà plus son histoire. C’est mon histoire maintenant.
Adrián m’a laissée parler, il a écouté sans un mot. Quand le silence s’est fait il a pris la parole calmement et il a dit : J’ai compris, d’ailleurs j’ai toujours su que tu étais entre deux. Y’a qu’à voir tes chaussures, un pied en trente-huit et l’autre en trente-huit et demi, et tes seins ! Bonnet  A à droite et bonnet C à gauche… Vas-y, tu peux partir tranquille.
 J’étais bleue. Je me suis levée. J’hésitais entre la curiosité, lui demander ce qu’il avait compris ? Et l’humiliation : lui dire que ce que je regrettais le plus de notre relation c’était certainement les champignons qu’il m’avait refilé aux ongles des pieds. Devais-je éclater de rage ou de rire ?
 J’ai regardé l’heure, il était dix-neuf heures quarante, je m’étais trompée de cinq minutes. J’aurais dû dire à ma sœur qu’elle m’appelle plus tôt.

Isabelle Marsala, artiste plasticienne

Posted: martes, 15 de mayo de 2012 by yannier RAMIREZ BOZA in Etiquetas: ,
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Rien de plus éloigné de l’Atelier d’Isabelle Marsala que l’idée d’un endroit privé, feutré et tranquille. Chez elle, les deux portes de l’atelier sont grandes ouvertes sur la rue. Dans la rue il y a les gens. Ce pont volontaire entre travail et vie est là, dans la peinture de l’artiste.
Isabelle Marsala ne peint pas des portraits, elle nous donne l’occasion d’entrer à bras le corps dans la vie. Elle bouscule l’idée d’un portrait. Les yeux bleus, les bouches rouges, le grain de beauté au dessus de la lèvre, la peau des femmes sont des ponts par lesquels on entre dans la vie. Cela bouscule ? Cela dérange ? Cela nous met sans dessus-dessous. Ici les sirènes et les saintes partagent l’univers de nos voisines.
 Chez Isabelle Marsala on entend les accords d’une guitare électrique survoltée qui balance son jus. On entend la complainte de la mandoline qui chiale. On entend les cuivres des trompettes qui draguent la salsa. On entend le claquement des castagnettes qui distribue des coups. On entend la profondeur du oud qui nous ramène à nos origines. C’est en musique qu’Isabelle Marsala peint l’humanité. Mais ce ne sont pas des portraits de musiciennes, en Sono ou en direct la musique est dans sa peinture, c’est un courant qui bouscule et nous met sans dessus-dessous. De sa présence surgit l’émotion.
 L’appétit de la vie s’inscrit aussi dans le voyage, mais n’attendez pas chez Isabelle Marsala des clichés édulcorés. On existe dans ses œuvres, on existe partout et à chaque instant, ici et ailleurs. L’artiste bouscule le portrait exotique ou voyeuriste qui satisferait l’œil curieux en lui racontant une histoire. Sur la toile on respire l’odeur du jasmin, la fumée des bars. On entend le bruit des hommes absents ou celui des enfants invisibles qui jouent à la porte du hammam. L’artiste nous oblige à regarder nos voisines les yeux dans les yeux et elle tend des ponts entre ici et là-bas. A Montpellier, Alger, Séville. En Roumanie, Thaïlande ou à Cuba à moins que ce ne soit simplement au coin de la rue ou sur la place des Beaux-Arts ?
 Oui chez Isabelle Marsala il y a les gens. Il ne s’agit aucunement de visites convenues mais de joyeuses rencontres qui donnent de belles réalisations. Etre avec les gens, être pour les gens. Alors un âne monumental fait un pied de nez au cheval du roi puis sourie, faute de gambader, sur l’herbe du parc Montcalm, à Montpellier, c’est alors une sculpture à laquelle Isabelle Marsala participe. Un regard coquin observe les amoureux à Santiago de Cuba, une bouche envoie un baiser aux passants et aux badauds sur un mur, c’est alors une fresque murale à laquelle Isabelle Marsala participe.
 Parce que chacune vaut le coup de pinceau, regardez ! Ne voyez-vous pas que tout est là ? Tout est dit dans ses visages.

Le sexe trompe énormément

Posted: domingo, 13 de mayo de 2012 by magali in Etiquetas:
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Infiltración, Yampier Sardina Esperón, pintor cubano
Des années plus tard Yoli ne comprenait vraiment pas ce qui lui avait plu dans le père de son fils…
Bien sûr ils avaient la vingtaine et la fougue incontrôlable de leurs corps et du moment présent.
Jamais Yoli n’aurait renoncé à une sortie prolongée sous prétexte que demain il lui faudrait travailler ou que demain il y aurait ceci ou cela à faire. Jamais. Pendant ses belles années elle avait tout simplement vécu dans le présent. C’est d’ailleurs lors d’une de ses innombrables sorties nocturnes qu’elle avait fait la connaissance de Stéphane. Il était aussi blond qu’elle était brune, aussi blanc de peau qu’elle était noire, aussi chtimi qu’elle était havanaise. A partir de ce soir-là ils ne s’étaient plus quittés. Aucun des deux ne comprenait l’autre mais cela ne gênait absolument pas leur relation. En fait leur relation se résumait à des parties de sexe. Ce français était ce qu’elle avait connu de plus ardent et enthousiaste. Ils avaient fait l’amour dans tous les coins et à toutes les heures possibles du jour et de la nuit. Ils passaient leur temps à ça. Yoli avait exactement vingt-cinq ans et une longue liste d’amants multicolores mais c’était la première fois qu’elle rencontrait un blanc aussi fervent et appliqué. Ce n’était pas un français romantique ni courtois il était direct et plutôt basique dans son fonctionnement.
Excité à la seule vue de la belle Yoli tellement exotique et donc insaisissable par sa différence voire son opposition avec lui, attiré comme un aimant Stéphane passait son temps à imaginer qu’il la possédait et à chercher l’endroit et le moment propice pour y parvenir. Aussi ils parlaient très peu d’autant qu’ils ne se comprenaient pas tellement. Yoli parlait anglais et bien sûr l’espagnol de Cuba, Stéphane ne parlait que français et encore avec un fort accent du Pas de Calais. Yoli n’y comprenait rien. Le plus clair de leurs échanges étaient donc corporels, gestuels ou à base de petits cris et petits mots que la jouissance leur faisait prononcer sans qu’ils le veuillent ou même sans qu’ils le sachent, pris qu’ils étaient dans une extase permanente.
Lors d’un de ses séjours professionnels à l’étranger Yoli, rejointe par Stéphane, accepta donc de rester vivre avec lui à condition qu’ils se marient pour qu’elle ait des papiers en règle. Il trouva cela tout à fait normal et maintenant ils étaient installés chez lui à Henin-Beaumont. Yoli venait de mettre au monde un petit métis qui avait tout d’un havanais et très peu d’un chtimi. Cela lui plut immédiatement car elle reconnut dans son fils, soit par la couleur des yeux, la forme des oreilles ou la longueur des cils, tous les membres de sa famille qui étaient aujourd’hui à grande distance. Ces deux premières années en France avaient passé rapidement entre les soucis administratifs des jeunes mariés suivis des soucis maternels de la jeune maman et le reste du temps ils continuaient à faire ce qu’ils faisaient le mieux ensemble : l’amour.
L’appartement était correct, il possédait de larges fenêtres sur un ciel gris et était équipé de tout l’électroménager de base. Cela n’intéressait pas du tout la jeune mère qui n’avait jamais fait le moindre ménage dans sa vie puisqu’elle vivait à La Havane entourée de trois générations de femmes sous le même toit, et faisant partie de la plus jeune des trois générations son rôle était de travailler. Instruite et diplômée en sciences agronomiques elle faisait de la recherche dans un laboratoire d’état en relation directe avec le ministère. Curieuse et vive d’esprit Yoli avait également appris l’anglais, qu’elle parlait, lisait et écrivait correctement ce qui lui avait valu d’être en tête sur la liste des jeunes chercheurs qui pourraient représenter le pays à l’étranger. Elle connaissait donc plusieurs pays européens ainsi que de nombreux pays hispano-américains. A Henin –Beaumont, elle avait rapidement souhaité apprendre le français et aujourd’hui les époux se parlaient un peu plus, surtout Yoli. Elle avait eu le temps d’observer le quotidien de Stéphane. Elle avait remarqué étonnée qu’il ne possédait pas de bibliothèque, pas de livres, pas de revues, pas même aux toilettes. Occupée par sa nouvelle vie, son installation, la découverte de son quotidien, sa grossesse puis son bébé, Yoli avait tu son étonnement. La relation entre les jeunes époux était toujours aussi charnelle mais de temps en temps pour se donner du courage ou un peu d’inspiration Stéphane visionnait une de ses nombreuses cassettes pornographiques. Yoli avait regardé le premier film amusée, elle avait beaucoup ri et trouvait cela vraiment très comique mais pas excitant. Elle préférait faire l’amour que de regarder ces scènes bien en-deçà de ce qu’elle était capable d’inventer. Le champs de leurs ébats s’était petit à petit réduit à leur appartement puis à leur chambre à coucher car Yoli avait mal aux reins et ne pouvait plus supporter une partie de sexe sur le tapis du salon ou celui de la salle de bain, elle ne pouvait plus non plus se plier dans tous les sens car son ventre de femme enceinte l’en empêchait. Ils avaient cependant beaucoup fait l’amour pendant ces neuf mois de grossesse Yoli pensait que cela était bon pour l’enfant, que c’était un signe de vie, que c’était la vie et Stéphane ne s’était pas prononcé sur le sujet. Maintenant que son épouse maîtrisait suffisamment le français pour communiquer il était étonné des questions qu’elle lui posait. Elle le questionnait sur ses goûts littéraires, sur la région ; elle lui demandait des explications sur les fêtes nationales ou sur les traditions culinaires et il ne savait pas quoi répondre car il ignorait la réponse la plupart du temps.

Stéphane n’était pas allé longtemps à l’école, il s’en réjouissait car pour lui étudier était une perte de temps, la meilleure école selon lui restait celle de la vie. Il travaillait dans un atelier d’ébéniste et exécutait de beaux meubles en respectant scrupuleusement les plans qu’on lui soumettait. Ses collègues l’appréciaient, il était sympa et pas compliqué, un type qui ne se posait pas trop de questions. Tous lui connaissaient une vie nocturne masculine intense, mais aucun n’aurait reproché quoi que ce soit à un célibataire de vingt-neuf ans normalement constitué. D’ailleurs depuis qu’il s’était marié il menait une vie tout à fait rangée. Il parlait peu de sa jeune épouse mais avait confessé une fois qu’elle n’était pas fortiche pour le ménage, le rangement ni même pour la cuisine. Cela avait l’air de le contrarier mais elle était tellement gentille, câline et sexy . La naissance de son fils l’avait surpris, il n’avait pas vraiment compris avant l’accouchement qu’un bébé serait là. Ce petit métis ne lui évoquait rien de particulier il le considérait comme appartenant à Yoli, un prolongement de l’histoire de cette fille différente voire opposée à lui, et qui pour ces mystères l’avait attiré comme un aimant. Il passait encore une partie de son temps à imaginer qu’il la possédait et à chercher l’endroit et le moment propice pour y parvenir, mais il sentait aujourd’hui que ce serait en vain. C’était déjà un échec.
Instruite et diplômée en sciences agronomiques Yoli avait trouvé un travail à sa mesure dans le sud de la France. L’appartement était correct, il possédait de larges fenêtres sur un ciel bleu. Regrouper ses quelques affaires et celles de son fils lui avait été facile.
 Le beau métis a bien grandi, ce matin il a demandé pourquoi son père et moi nous étions séparés ?

La babel moderne, publication revue Etoile d'encre, sous le signe du multiple

Posted: martes, 8 de mayo de 2012 by magali in Etiquetas:
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http://www.chevre-feuille.fr/index.php/la-revue-etoile-d-encre/sous-le-signe-du-multiple.html

Publication de deux articles dans la belle revue Etoile d'encre !!!
La babel moderne, rubrique Mémoire et histoire

Aisar Jalil Martínez, pintor cubano, antes que anochezca


Octobre 2009 Ronny a son visa pour Paris. Il doit y chanter son dernier album. Il suit les traces des grands « trovadores » de l' « Oriente » cubain en y intégrant des emprunts au rock ou à la musique populaire brésilienne, selon Radio Nova. Il sera le 9 octobre au café de la Danse, Paris, 11ème. Mais son rêve secret, intime, n'est pas vraiment de chanter, il n'a fait que cela depuis qu'il est né, chanter ou écouter chanter. La chanson c'est sa peau, ses mains, son coeur, ses membres, sa respiration. Parcourir Paris du 9ème à la Tour Eiffel. Faire partie des 100 000 visiteurs quotidiens des Galeries Lafayette et des 236 millions de visiteurs de la Tour Eiffel, voilà son rêve !

Boulevard Haussmann, Chaussé d'Antin, Louis Majorelle, Nouveautés, Mode, Yves Saint Laurent, Cacharel, Pierre Cardin, Exposition Universelle, Champ de Mars, Quai de Seine, autant de noms au contenu magique et prometteur. Faire partie de l'Histoire et de la Modernité, c'est tout. Pour cela il rêve d'aller à Paris.

 Sur le trottoir il se faufille entre les groupes et se sent étrange. Certes il est étranger, mais il est surtout étrange aujourd'hui, là, à cet instant. Ces asiatiques (japonais ou chinois ?) sont chargés de sacs, ils en ont aux bras, posés à leurs pieds, les hommes en ont, les femmes en ont, Galeries Lafayette, Galeries Lafayette... Les vendeuses parlent aux asiatiques dans leur langue, il se sent bronzé, personne ne s'adresse à lui, il n'a pas de sac pendu au bras, il a envie de dire : Je suis cubain, eh ! Je suis cubain. Je réalise mon rêve! Vous entendez ?

Il sort son appareil et se concentre dans les prises de vue. Lumières, vitrines,  escalators,  balcons, rampes, coupole... Il quitte les Galeries Lafayette.

 Au pied de la belle dame de fer la foule est dense. Elle est ravissante pour ses 120 ans: ravalée, décorée et spécialement illuminée. Il s'assied sous elle entre ses quatre piliers.Un homme le dérange et propose un lot de tours Eiffel miniatures à 1€ les cinq, puis un autre et un autre encore : Tour Eiffel dorée, platine, illuminée, en fer, en plastique...

Comment n'avait-il pas vu les vendeurs ? Maintenant il ne voit qu'eux : hommes, ombres, sombres. Certains semblent monter la garde, regards scrutateurs de sentinelle, ils assurent la sécurité. Peur, regards d'aigles, gestes vifs. Il y en a partout. Marocains ? On lui a dit qu'en France il y en a beaucoup. Africains ? On dirait même qu'il y a des Indiens...Il a envie de dire : eh ! Je suis cubain ! Il sent son coeur battre plus fort, et si on me confond avec l'un d'entres eux. Où devrai-je courir, vers quelles rues ? Quel quai ? Quelle langue parlent-ils ?

Il sort son appareil et commence à immortaliser le spectacle inattendu, ignoré, qui a lieu ici, entre les jambes de la dame, patrimoine mondial de l'UNESCO. Histoire et Modernité.


La chanson française, publication revue étoile d'encre, Sous le signe du multiple

Posted: jueves, 3 de mayo de 2012 by magali in
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http://www.chevre-feuille.fr/index.php/la-revue-etoile-d-encre/sous-le-signe-du-multiple.html

Deux articles publiés dans cette belle revue....
La chanson française, rubrique Variations

Israel Tamayo, los músicos


Travailler en chantant est dans ses habitudes cubaines. Travailler en fredonnant plus exactement. D'abord parce que depuis quatre ans qu'il est en France il ne connait pas encore vraiment bien les paroles des chansons françaises et puis l'endroit  n'est pas vraiment propice au chant, seulement au fredonnement. Luis se donne du coeur à l'ouvrage en fredonnant les airs que lui inspirent les circonstances. « Sur l'écran noir de mes nuits blanches...Moi je me fais du cinéma, Sans pognon et sans caméra, lalalalalalalalalalalala.... Sur l'écran noir de mes nuits blanches. » Le drap blanc est tendu, il peut commencer. Il trempe lentement l'éponge dans le plat, l'imbibe d'eau tiède savonneuse et légèrement parfumée. Il passe le bras de l'autre côté et commence à promener l'éponge tout doucement.. « La pluie fait des claquettes sur le trottoir à minuit, bip,bip,bip....la pluie, lalalalalala bip,bip,bip...la pluie » Quelques gouttes d'eau tombent. Il sait qu'il va répéter l'opération vingt, trente fois, jusqu'à ce qu'il termine doucement, patiemment.

Les yeux étonnés de Marie-Louise se posent sur lui. « Armstrong, je ne suis pas noir, je suis blanc de peau, lalalalalalala ». Il lui sourit, la soutient, tandis qu'elle parcourt les quelques mètres jusqu'au fauteuil. « Armstrong, un jour, tôt ou tard, on n'est que des os. Est-ce que les tiens seront noirs? Ce serait rigolo Allez, lalala,lala, Noir et blanc sont ressemblants comme deux gouttes d'eau, lalalalala » Le bras maigre de Marie-Louise, son dos courbé. Le sourire resplandissant de Luis à quelques centimètres de son visage.

 Un peu plus tard Luis démarre sa voiture sur le parking. Un regard machinal, une lecture automatique des lettres peintes en mauve sur la façade du bâtiment qu'il vient de quitter : « Les lilas ». Alors seul dans sa voiture, il se lâche, la journée de travail est terminée, il entonne à pleins poumons, il chante, il s’égosille : « Montmartre en ce temps-là. Accrochait ces lilas jusque sous nos fenêtres, lalalalala... ». La maison de retraite s’éloigne déjà dans son rétroviseur.

Marie-Louise, Henria, Germaine Garnier, née en 1935 en France, à Fabrègues, département de l'Hérault, (34), fille de Josette, Marie, Jeanne Fayon et de Louis, Séraphin, Henri Garnier, n'est plus très sure de savoir pourquoi elle est là. Elle  ignore aussi combien de temps elle y restera. Et  surtout pourquoi c'est un grand noir qu’elle est presque sûre de ne pas connaître, qui chante tout le temps, qui vient lui faire sa toilette ?

El parque del amor

Posted: martes, 1 de mayo de 2012 by magali in Etiquetas:
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Le VRAC, Isabelle Marsala et JF Raynal participent à Internos 2012 à Santiago de Cuba et nous régalent à leur retour d'un vernissage à l'atelier du Garage, où sont présentés leurs travaux. Peinture d'une fresque murale au "Parque del amor" mais aussi réalisations de tableaux directement inspirés de leur vécu cubain, quelques surprises sont là et nous aussi !

Too much love

Posted: martes, 24 de abril de 2012 by magali in Etiquetas:
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Flora Fong, Huracan las vidas rotas
Il ne la quittait pas des yeux. Joaquim la suivait du regard, Elisa lui plaisait comme aux premiers jours. Il la voulait pour lui. Son travail l’occupait : elle filait de la maison au travail, du travail aux réunions de travail, des réunions de travail aux dîners. Ses engagements l’accaparaient.. Ses amis la sollicitaient.

Il la voulait pour lui.Un beau couple ! Ça oui ! Ils ne passaient pas inaperçus où qu’ils aillent, quoi qu’ils fassent. Elle était magnifique, grande et svelte, une peau impeccable, des cheveux jusqu’au milieu du dos, de grands yeux noirs. Une belle femme. Sa femme. Aimée de tous, bien entourée et à n’en pas douter, convoitée.

Il la voulait pour lui. La naissance de Pablito n’y avait rien changé. Elle s’occupait de l’enfant naturellement mais avait continué sorties, travail, responsabilités. D’un bras elle allaitait l’enfant et de l’autre elle répondait au téléphone, toujours souriante et disponible. L’enfant était discret, un bébé sans problèmes. Elisa était toujours aussi belle Il la voulait pour lui Elisa filait. Elisa revenait et repartait. Il la voulait pour lui. Joaquim la voulait pour lui. Être son centre. Mais je t’aime mon amour. Je n’aime que toi, tu sais bien. Regarde notre fils comme il est beau, comme sa santé est bonne, comme il est sage. Ne sois pas tyrannique. Ne sois pas jaloux. Il la voulait pour lui. Joaquim perdait pied.

Ce soir là Pablito était seul au milieu du salon. Il attendait sagement le retour de sa maman. Une note de son papa sur la table du salon : Je te quitte.

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