Les Zorros

Posted: miércoles, 27 de junio de 2012 by magali in Etiquetas:
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Gustavo Peña, artista dominicano, máscara
Le rendez-vous était fixé à 8h30. Diego avait procédé à plusieurs lectures du feuillet le convoquant. Le style en était formel, purement administratif, légèrement grandiloquent et tout à fait agaçant. Ces tournures abruptes et incisives éveillaient toujours en lui le goût de la bagarre. Elles résonnaient comme un cri de guerre. Les injonctions provoquaient une soif de vengeance. Je vais les avoir ! Ils vont baisser les armes, j’en sortirai vainqueur !

La première lecture avait été très rapide, seuls les mots importants avaient fait trace. Convocation, Diego Vega. Oui c’est moi, je suis convoqué, très bien. Puis la seconde lecture déjà plus calme, les battements de son cœur s’étaient apaisés. Voyons voir. Allée de la Citadelle, Mardi 14 juin. La troisième lecture et les suivantes n’étaient plus que contentement. Il se délectait à l’idée de participer à un tel duel. J’y serai ! J’y suis !

Il fallait maintenant préparer ses armes. Mettre dans l’étui les meilleures, les plus affilées, les plus performantes, celles dont le contact faisait corps avec la paume de la main, les doigts bien placés le long du manche. Comme il savait faire pour un résultat détonnant. Une explosion décisive, un feu d’artifice éblouissant. Il les laisserait pantois, il les aurait !

La tenue serait sans surprise : le masque habituel qui permettait de passer inaperçu au milieu de la poudrière. Un ensemble sobre. Pantalon noir ajusté aux muscles puissants de ses jambes, chemise impeccable, blanche de préférence. Cela impressionnait immanquablement l’adversaire. Il le savait bien. Le miroir lui rendit une image satisfaisante. Un homme au jeune corps musculeux duquel se dégageait solidité et vigueur. Tout cela serait positif pour livrer la bataille finale. Diego était déterminé.

Toujours face au miroir il regarda attentivement son visage. Sourcils fournis d’un noir de jais, pupilles sombres ourlées de longs cils, nez droit, ni long, ni large, lèvres charnues entrouvertes sur ses dents d’un blanc pur. Un éclair d’acier aux lèvres se dit-il. Le Z de l’énergie et du mystère des forces cosmiques. Son sourire était impétueux, presque brutal. Ses pommettes étaient hautes. Sa peau était légèrement cuivrée et les mains des filles s’y attardaient toujours, folles qu’elles étaient, aimantées à leur insu. Ses cheveux étaient coupés courts, soigneusement peignés contre son crâne d’une façon très masculine.

Maintenant il lui faudrait réviser un peu, s’entraîner pour cet ultime rendez-vous qui serait décisif pour la suite. Il n’avait pas droit à l’erreur, c’était sa dernière chance d’en sortir avec les honneurs. Mettre le feu à la poudrière ! BOUM !

Le mardi 14 juin à 8h30, lycée Joffre, 150 allée de la Citadelle, Diego Vega calme et déterminé s’installe pour les 20 minutes de préparation qu’on lui donne avant son oral de français. Il tire de l’étui son meilleur stylo. Il lit le titre du poème à expliquer : La Tornade, Aimé Césaire. Il sait déjà que le V de la victoire lui est acquis. Il s’imagine l’adresser à son ami Bernardo qui ne manquera pas de l’attendre à la sortie.

Somme de Mima

Posted: lunes, 18 de junio de 2012 by magali in Etiquetas:
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René Peña, artiste cubain, sans titre, 2009
Le ventre de Mima toujours rond

Les grossesses de Mima 108 mois soit 9 années

Les enfants de Mima 6 filles et 6 garçons

Les pertes de Mima 4 garçons dont elle gardera éternellement en elle la vie donnée

Les cheveux de Mima longs et toujours tressés

Le chignon de Mima brun puis gris puis blanc

Les yeux verts de Mima

Les chats de Mima dans la cuisine

La porte de la cuisine reste ouverte dans la journée

Les chats entrent et sortent à loisir

Les chats lapent dans l’écuelle en fer blanc posée au sol

Les chattes sont pleines

Les chattes ramènent leurs portées dans la cuisine

Les chatons trottent et s’étonnent

Les yeux de Mima suivent les chats

L’amour de Mima pour ses chats

La tendresse de Mima qui voit le ventre des chattes toujours rond

Le verre d’alcool sur un coin de la table de la cuisine

La main de Mima qui prend le verre et boit

Amorcito lindo

Posted: domingo, 10 de junio de 2012 by magali in Etiquetas:
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Israel Tamayo- artista cubano - Boda en bicicleta, colografía
L’autre gare toujours sa voiture au même endroit, à la même heure, le même jour de la semaine.
Mon bel amour, mi amorcito lindo.

L’autre s’assoit toujours sur la même chaise autour de la table de la cuisine. Il accepte toujours le même verre de limonade fraîche que je lui tends.

Mon petit amour, mon amour. Tu es là, tu es encore et toujours là.

L’autre monte toujours le son de la télévision avant d’entrer dans ma chambre.

Mon bel amour est là, avec moi. Je le sais bien.

L’autre pose toujours ses vêtements avec le même soin sur la chaise au pied du lit, malgré la hâte qui le tenaille. Il est excité, je le vois à son sexe déjà prêt.

Mon bel amour aussi est dans la chambre. Cette chambre loin de l’endroit où l’on s’est aimés. Cette chambre que j’ai louée en ville après l ‘accident.

L’autre bouge toujours de la même façon, il murmure à mon oreille les mêmes mots. Cela l’excite visiblement.

Mon amour est à sa place, tout près, là. Mon amorcito lindo, sur la table de chevet.

L’autre a bientôt fini. Je le sais à la cadence et puis il transpire toujours un peu, juste avant.

Dans le cadre à photo, mi amorcito lindo veille. Sa photo rangée derrière la photo qui apparaît dans le cadre, celle où j’apparais de face, jolie. J’ai sur les lèvres le sourire que je lui adresse. J’ai dans le regard tout mon amour pour lui, lui veille, derrière ma photo. Mon petit fiancé, mi noviecito lindo.

L’autre est entré dans la salle de bain. Il utilise la petite serviette que je pose toujours pour lui en équilibre sur le bord du lavabo.

Je m’habille dans la chambre, sous le regard caché de mon bel amour. Je regagne la cuisine.

L’autre occupe à nouveau la même chaise autour de la table de la cuisine. Il veut m’inviter bientôt à déjeuner dans un bon restaurant. Pas aujourd’hui, il n’a pas le temps. Comme toujours. J’acquiesce en silence. Il parle maintenant de cet appartement où nous allons nous installer, bientôt, très bientôt, comme toujours.

Mon amour n’a pas eu le temps, nous n’avons pas eu le temps de nous marier, de nous installer, juste de nous aimer. Puis l’accident est arrivé.

L’autre parle toujours de nos projets, c’est le même monologue post-coïtal. Puis il regarde l’horloge de la cuisine et toujours après l’heure à sa montre.

Mon bel amour, nous n’avions pas l’éternité. Nous l’ignorions. Tu n’as pas eu le temps de le savoir puisque ta moto t’a emporté loin de moi, loin de nos projets. La mort t’a fauché en plein amour. Mon petit fiancé.

L’autre se lève, il doit y aller. Il dit toujours que c’est pour le loyer ou pour les courses de la semaine, que je verrai bien. Il laisse les billets sur la table de la cuisine. Comme toujours. Oui je verrai bien.

Mon bel amour, mon tendre amour, mi amorcito lindo.

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