L'amour en fuite

Posted: sábado, 29 de octubre de 2011 by magali in Etiquetas:
0



Yerandee Gonzalez Duran
 Aujourd’hui au collège le professeur de français nous a demandé de parler de nos vacances ou de notre pays ou de notre famille…

Dans la classe nous sommes 21 et la plupart étrangers. Moi j’ai quinze ans et je suis l’unique cubaine. J’ai quitté Cuba à l’age de dix ans puis j’y suis retournée de treize à quinze ans. Cet été je suis revenue vivre chez mon père à Toulouse. Ma voisine de table s’appelle Nawel, elle vient du Maroc. Nawel écrit lentement, elle s’applique et sort légèrement sa langue entre ses dents. Je me demande ce qu’elle peut bien écrire ? Il faut dire que je suis en SEGPA.

Les SEGPA sont intégrées dans les collèges et s'adressent aux élèves "présentant des difficultés scolaires graves et durables auxquelles n'ont pu remédier les actions de prévention, d'aide et de soutien et l'allongement des cycles". Chaque classe doit avoir un nombre d'élèves proche de 16, même si ce nombre n'est pas impératif.

Bonjour,
Je m’appelle Nelly, je suis cubaine, j’ai quinze ans. Mon père s’appelle Rogelio il vit ici à Toulouse avec son épouse Stéphanie et leur fille Karla, ma demi-sœur. Stéphanie ma belle-mère attend un bébé pour le mois d’octobre. Ma mère s’appelle Maria Nelsa, elle vit à Cuba, à Santiago avec mon beau-père Ramón et leur fils Braulio, mon demi-frère. Ils viennent d’avoir une petite fille que je n’ai pas encore vue car elle est née après mon départ. Ma petite demi-sœur s’appelle Aneli.

Je ne sais pas quoi raconter au professeur. C’est difficile pour moi de raconter mes vacances ou mon pays et c’est encore plus difficile de raconter ma famille. C’est tellement étrange vu d’ici. Je n’ai pas l’habitude d’en parler. De la même façon à Cuba je ne parle guère d’ici. D’ailleurs j’ai dit à ma mère que j’étais dans une section « internationale ». Cela lui a fait plaisir, qu’aurait-elle pensé si je lui avais dit que j’étais dans une section S.E.G.P.A ? Comment aurait-elle été fière de moi ? Elle attend tellement de ma présence en France.

J’ai aussi des oncles, des tantes, des cousins et des cousines qui vivent à Cuba et aux Etats-Unis. Deux grand-mères et un grand-père. J’ai une autre demi-sœur plus âgée que moi qui s’appelle Yusimi et qui vit à Toulouse avec notre père, sa maman est cubaine, comme la mienne elle est au pays.

Il va falloir que je simplifie ma famille, que j’enlève quelques enfants de-ci de-là, que j’efface. C’est trop compliqué y compris pour un professeur de français.

Les enseignants intervenant en SEGPA ont une expertise leur permettant de construire les réponses pédagogiques qu'exigent les grandes difficultés d'apprentissage des élèves de SEGPA, professeurs de collège et de lycée professionnel, éventuellement en possession du 2 CA-SH (certificat complémentaire pour les enseignements adaptés et la scolarisation des élèves en situation de handicap).

Bonjour,
Je m’appelle Nelly, je suis cubaine, j’ai quinze ans.
Mon père s’appelle Rogelio il vit ici à Toulouse avec son épouse Stéphanie et leur fille Karla, ma demi-sœur. Stéphanie ma belle-mère attend un bébé pour le mois d’octobre.
Ma mère s’appelle Maria Nelsa, elle vit à Cuba, à Santiago avec mon beau-père Ramón.

C’est plus présentable ? Je ne suis pas convaincue. Les autres je les ai tus, effacés.

Cet été j’étais en vacances à Cuba.
Mon pays est une île, il y fait chaud toute l’année surtout dans la ville où j’habite. Santiago.
A Cuba je vis chez ma grand-mère dans la maison que mon père a faite. Ma grand-mère est la mère de mon père. Je vis chez elle car il n’y a pas assez de place chez ma mère pour moi. De plus mon père a bien dit qu’il faisait une maison pour moi. J’y ai donc ma chambre, peinte en rose comme mes ongles, ma couleur préférée. Comme mon père ne vit pas à Cuba c’est ma grand-mère qui garde la maison. Avant j’y vivais avec ma mère et mon père. Mais depuis que papa et Jocelyne se sont séparés, c’est ma grand-mère qui habite la maison.

Oh là là ! Papa, Jocelyne… Décidément c’est trop compliqué l’histoire de la maison. J’efface l’histoire de la maison. Le professeur nous a demandé de parler de nos vacances ou de notre pays ou de notre famille… Je voudrais tellement ne pas le décevoir, il attend tellement de nous tous.

Bonjour,
Je m’appelle Nelly, je suis cubaine, j’ai quinze ans.
Je vis à Toulouse avec mes parents.
Mon pays est une île où il fait chaud. A Cuba je passe mes vacances chez ma grand-mère Caridad. J’aime beaucoup mon pays.
Mais j’aime aussi beaucoup Toulouse et mon école.

Impossible ! cet homme ne pouvait pas être décrit...

Posted: jueves, 20 de octubre de 2011 by magali in Etiquetas:
0

Fernando Goderich Fabart
Yalili dormait encore, la mère sortit les poings sur les hanches. Un homme dont le visage était indescriptiblement banal s’avança. La mère essayait de dégager ses traits afin de fixer les caractéristiques de son visage dans sa mémoire. On ne savait jamais ! On n’était à l’abri de rien. Impossible. Cet homme ne pouvait pas être décrit.


Il lui remit une enveloppe à l’attention de Yalili et tourna aussitôt les talons afin de regagner la voiture qui l’attendait devant la porte. La mère hocha la tête afin qu’il interprète ce geste comme bon lui semblerait : remerciements respectueux ou va te faire voir ailleurs… A lui de choisir se dit-elle.

Bien sûr elle ouvrit l’enveloppe destinée à sa fille sans attendre une seconde. On invitait Yalili à une soirée privée chez le général le surlendemain. On lui demandait seulement d’entrer en contact avec Silvio qui aurait toutes les instructions nécessaires au bon déroulement des choses en temps et en heure.

Le cœur de la mère se mit à battre la chamade. Bonne mère ! Madre mía ! Toi qui est mère comme moi, protège mon enfant !
Elle décida de revoir sa marraine de religion sans plus attendre. La marraine de religion la fit entrer en lui donnant sa bénédiction.

D’abord les écorces de coco furent tirées plusieurs fois au sol devant l’autel d’ Elegguá. Celle qui avait les pouvoirs chuchota les mots secrets à l’oreille de la mère et interpréta attentivement les réponses obtenues à la lumière de la religion. La cérémonie fut longue. La marraine utilisa plusieurs chemins afin de communiquer avec les Orishas. Vidée de ses énergies, elle se laissa tomber sur le siège le plus proche : Comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête, prophétisa-t-elle à nouveau.

Ensuite les deux femmes échangèrent encore quelques phrases, des banalités, tout en sirotant une partie du rhum destiné aux Saints... L’une d’elle alluma un cigare qu’elles fumèrent ensemble en silence, introduisant à intervalles la partie incandescente dans leur bouche afin d’en souffler la fumée sur les autels. Elles lorgnaient bien vers le gros gâteau blanc posé devant Obatalá mais aucune des deux ne se serait risquée à mettre la main sur l’offrande, le rhum finit par leur faire oublier la faim.

Pendant ce temps Yalili et Silvio mettaient en place les détails de cette nouvelle mission.

Sapotille et coco

Posted: jueves, 13 de octubre de 2011 by magali in Etiquetas:
0



José Gómez Fresquet "Frémez"

Deux boules et un morceau de gâteau, formule Sierra Maestra pour moi dit Wendita en minaudant. En bon mâle Valerio, lui,  avait choisi la formule la plus chère sans même prendre le temps de lire le détail sur la carte.

21 ans, l’âge idéal. des yeux en amande, une peau mate et satinée et surtout des hanches ! mais des hanches !

Le soir suivant Wendita doubla la ration en commandant quatre boules et deux morceaux de gâteau, la formule Pic Turquino. Valerio compta rapidement les pesos qu’il avait en poche et commanda comme d’habitude la formule la plus chère. Il savait qu’il devrait manger cinq boules de glace, une crème douteuse sur laquelle flottaient encore trois boules de glace, deux morceaux de gâteau et boire une boisson gazeuse. La serveuse lui dit que ce soir il n’y avait que deux parfums : sapotille et coco. Ce n’était certainement pas ce qu’il préférait mais Wendita était là à le regarder.

De longs cheveux noirs qui tombaient en cascade ordonnée sur la plus belle paire de fesses de la région : rebondies, hautes, fermes et rythmées. Elles accompagnaient sans relâche la démarche chaloupée propre aux femmes sous ces tropiques moites et sensuels. Mais alors là ! Le résultat dépassait toute espérance.

Au bout d’une bonne semaine de ce régime Valerio avait avalé quelques cinquante boules de glace et Wendita continuait à commander la formule Pic Turquino à laquelle elle ajoutait maintenant une petite fantaisie : Sunday La Farola, Sunday Playa Girón, Sunday Escambray… . Elle riait, minaudait à l’autre bout de la table, suçant du bout des lèvres sa boule de glace.

Il n’en pouvait plus. Chaque jour, à chacune de leur sortie quotidienne vers ce glacier le plus en vue de la ville, celui qui avait la plus grande terrasse, il se sentait homme en serrant contre sa hanche la hanche de Wendita. Les chauffeurs de motos ralentissaient immanquablement dès lors qu’ils arrivaient à la hauteur de ces fesses là. Certains en perdaient les pédales. Coups de klaxons, sifflements joyeux, compliments plus ou moins poétiques étaient lâchés au passage.

Wendita parlait de manger aussi une pizza, tu veux bien hein mon chéri ? On pourrait y aller après, tous les deux, juste toi et moi ? Qu’en penses-tu ?

Mais bien sûr mon amour. Une pizza, c’est une bonne idée ! Découvrir maintenant ces fesses qu’il avait caressées du regard et de la main mais toujours par dessus les jeans serrés que Wendita ne manquait pas de porter. A ce rythme, son portefeuille n’y tiendrait plus longtemps. Wendita lui souriait tendrement et au fil des soirs lui parlait de sa maman souffrante qu’il fallait qu’elle rejoigne au plus vite, d’un examen urgent à rendre le lendemain, d’une amie que le fiancé venait de quitter et qu’il fallait consoler ce soir… De sa fatigue à la fin de la journée.

Maintenant Valerio commandait une formule Sierra Maestra, deux boules et un morceau de gâteau. Wendita le regardait surprise. Quelque chose ne va pas mon amour ? Tu es malade peut-être ? Il faisait non de la tête et empoignait sa petite cuillère. Wendita commandait ses formules préférées et avait demandé sur le chemin quelques cornets de cacahuètes grillées dont elle saupoudra son pic Turquino avant de lui donner un petit goût de langue sans en avoir l’air.

Vingt ans de plus pensait Valerio, et alors ? Ces fesses là ! C’était sans discussion possible. Sa dernière conquête féminine faisait bien des envieux. Il dégustait ses boules à la sapotille et au coco car ce soir-là il n’y avait toujours pas d’autres parfums disponibles.

Le bras autour du coup de Wendita, Valerio se pavanait. Valerio avait l’air ravi pendant qu’il calculait les quelques pesos qu’il lui restait dans la poche. Il se demandait combien de boules de glace valaient les fesses de Wendita ? Il commençait à craindre qu’elles n’aient goût à sapotille et coco et ce n’était certainement pas ce qu’il préférait.

Tribune anti-impérialiste

Posted: miércoles, 5 de octubre de 2011 by magali in Etiquetas:
0



Belkis Ayón, tres caras.

La plus grosse hurlait : MUCOMYST MUCOMYST MUCOMYST tandis qu’elle agitait ses bras tendus vers le ciel. Ses ongles peints démesurément longs, outrageusement peints lançaient des éclairs. A moitié éblouie je me demandais interloquée de quoi il pouvait bien retourner. Une secte ? Une jeune veuve désespérée ? Un nouveau prisonnier politique à libérer ? Cela faisait déjà longtemps que je n’avais pas écouté ne serait-ce que d’une oreille distraite la tribune anti impérialiste. Peut-être une cocufiée-mortifiée ? C’était peu probable, elle se serait jetée sur l’amante et lui aurait lacéré le visage. Mais ces cris ? Ces incantations ?
Une jeune femme en lycra jaune soleil et haut à bretelles rose fushia s’avançait maintenant vers la plus grosse. Elle se mit à hurler à son tour :
Inutile d’insister. Je dis que c’est Exomuc. EXOMUC EXOMUC EXOMUC. Trois jours à peine et c’est fini...

La plus grosse s’était tue, celle en lycra levait son sac. Sans doute contenait-il quelque preuve. Mais de quoi s’agissait-il ? Un groupe de passants curieux s’était formé autour de moi. Les hommes se poussaient du coude et ne cherchaient pas à retenir leurs rires. Ils lorgnaient les fesses de celle en lycra et les cuisses de la plus grosse. Leurs remarques ne s’entendaient pas sous les cris qui s’entrecroisaient : MUCOMYST/ EXOMUC/ MUCOMYST/ EXOMUC... Mucomyst semblait arriver en tête. Il me semblait l’entendre un ton plus haut. A ce moment là une négresse musclée au bon endroit, au port altier de déesse africaine, haut perchée sur ses talons de 12 cm (environ), s’introduisit dans le cercle. Elle s’adressait maintenant aux deux autres femmes d’une voix typique de baryton ou même de basse qui semblait résonner comme sous les voûtes d’une cathédrale. Inconsciemment je levais la tête vers le ciel et observait les branches des ficus sous lesquels cet étrange spectacle avait lieu. Un éclair de seconde elles avaient semblé vibrer au son de la voix de la déesse noire.

Mes sœurs, vous êtes vraiment stupides. Depuis dimanche ces deux merdes ont été retirées de la vente en France. Il faut évoluer frangines ! Se tenir au courant !

Celle du lycra remit son sac sur l’épaule, bouche bée, la plus grosse baissait les bras et cachait ses ongles dans la paume de ses mains. Bouche cousue elle aussi. La déesse continuait.
Je rentre de Paris, j’ai là la preuve. Elle déplia et brandit en un instant un journal étranger. J’essayai en vain d’en déchiffrer le titre…

L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a procédé à la contre-indication des spécialités mucolytiques chez l'enfant de moins de deux ans et a demandé le rappel de celles strictement indiquées chez le nourrisson en raison des complications respiratoires qu'elles peuvent provoquer.

La voix de basse poursuivait dans un silence respectueux tellement rare et improbable dans ce pays.

L'Afssaps a indiqué dans un communiqué avoir retiré les autorisations de mise sur le marché des spécialités mucolytiques strictement indiquées chez le nourrisson: Exomuc Nourrisson 100mg en sachets (laboratoires Bouchara-Recordati) et Mucomyst Nourrissons 100mg en poudre (Bristol-Myers Squibb).

Oh là là ! Dis quelqu’un qui maîtrisait parfaitement bien le français, tandis que la négresse aux talons hauts traduisait l’article dans un espagnol parfaitement cubain. Elle avait replié le journal. Elle ajouta avec un regard légèrement moqueur, comme si elle grondait des enfants :

Retournez donc dans vos pharmacies de quartier, vous y trouverez meilleure médecine et gratuite avec ça ! Rappelez-vous mes chères sœurs que tout ce qui brille n’est pas or.

Déjà ses hauts talons, ses longues jambes, ses hanches chaloupées, son buste, son cou et son visage parfaits s’éloignaient au coin de la rue.

Une vieille femme au premier rang se signa plusieurs fois et dit :
C’est la messagère de Babalu Ayé, C’est Saint Lazare en personne qui l’a envoyée.

Un homme, le même qui avait joué du coude en reluquant les fesses de celle en lycra répondit comme sous le choc, envoyée, envoyée, c’est dans le lit des hommes qu’il faudrait l’envoyer !

Une jeune fille teinte en blonde, au faux Tshirt Guess et au vrai sac de contre-façon D § G dit d’une voie aiguë, comme blessée dans son amour propre :
Une femme comme celle-là avec ces talons là et cette allure-là, vous pensez bien qu’elle ne doit pas se nourrir d’idéaux. Qui l’envoie ? Qui la paie ? Et ce journal ? Qui a pu lire ? Hein ! Personne... Alors elle peut bien avoir appris son discours par cœur, qui l’envoie ? C’est de la propagande tout ça. Pour nous dégoûter des médicaments étrangers et nous faire prendre les vessies cubaines pour des lanternes .

Un homme voulut conclure l’épisode, sa voix était grave et ferme, c’était un nègre distingué aux petites lunettes d’intellectuel. Inclinez-vous plutôt devant cet exemplaire féminin 100% national, votre sœur, un exemple à suivre... Du pur produit national, pas comme certaines ici... Et vous femelles envieuses retournez chez vous, suivez les bons conseils, cessez de vous torturer pour des mirages. Vous n’apprendrez donc jamais ? Moi je m’incline devant ce phénomène purement cubain. A bas l’impérialisme ! Mort aux Yanquis !

LinkWithin