Il fallait la voir et l’entendre

Posted: sábado, 23 de abril de 2011 by magali in Etiquetas:
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Sans doute parce qu’elle portait le nom d’une princesse Caraïbe, Yalili s’était toujours prise pour une princesse. Naturellement sa peau était blanche parsemée de taches de rousseur, ses yeux noisette striés de vert, ses lèvres roses et fines mais il y avait ses cheveux...

Cheveux... un mot bien inoffensif pour désigner… voyons... sa tignasse ? sa crinière ? mais certainement pas sa toison d’or. D’abord ils étaient d’un noir ébène et puis crépus comme le dos d’un mouton. Depuis qu’elle avait eu l’âge de se coiffer seule Yalili livrait à ses cheveux une guerre impitoyable. Elle se levait chaque jour plus tôt afin de discipliner mèche par mèche en un lissé convenable les touffes rebelles dignes d’une sauvageonne. La brosse passait et repassait inlassablement pendant de longues minutes entre les fils épais et durs. Le résultat n’était jamais à la hauteur de ses espérances mais les aiguilles tournaient et il était l’heure de partir à l’école.

Combien de petits-déjeuner Yalili avait-elle oublié de prendre ? Préoccupée par son reflet dans le miroir elle finissait découragée par enfiler un bandeau épais qui maintiendrait prisonnières les mèches rebelles qui n’attendaient, elle le savait, qu’un léger souffle d’air pour frisotter impudiquement, comme les poils d’un pubis adolescent. Une catastrophe pour Yalili qui se mit à collectionner bandeaux, serre têtes, foulards et surtout diadèmes.

Elle arborait non pas deux macarons comme la plupart de ses camarades mais huit ou dix selon la taille. Elle les attachait d’un ruban pastel. Depuis le pas de la porte sa mère observait Yalili de dos qui partait à l’école. Une fillette menue dans son uniforme grenat, sac à dos en bandoulière couronnée d’un gâteau géant. Défilé de meringues ou pommes d’amour en balade ou encore corbeille de mangues, de sapotilles, de goyaves, de soleil… selon la couleur des rubans. Elle souriait satisfaite voyant bien là les signes d’abondance et de prospérité : Comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête, se rappelait-elle.

Sur le banc de l’école Yalili gênait ses camarades qui ne voyaient ni la maîtresse ni le tableau correctement, aussi on lui avait attribué le rang du fond, sur le côté. De plus cela permettait de limiter les rires et les plaisanteries, parfois de mauvais goût, que ses camarades ne manquaient pas de lui faire.

Elle avait trouvé coincé entre ses macarons des mouches, des cafards et même une fois un petit oisillon mort… Les enfants sont cruels et Yalili n’était pas en reste. Fatiguée par la moquerie des garçons qui soulevaient la jupe de son uniforme pour « voir si le bas était aussi poilu que le haut » elle défit instinctivement le macaron de sa tempe droite et s’en servit comme d’un fouet, elle asséna ainsi plusieurs coups de crin tressé sur les épaules du petit malin puis lui cingla sauvagement les joues. Il finit par s’avouer vaincu et dès lors il n’approchait Yalili qu’en respectant un périmètre de sécurité. Elle respirait victorieuse.

C’est bien dans ses tresses, couettes et macarons que Yalili coinçait leçons à apprendre, dates d’histoire, théorèmes mystérieux et jusqu’aux partitions difficiles. Non seulement elle était la première de la classe mais en cette période de grande pénurie elle négocia un tarif pour partager les anti-sèches.

Quand après l’école Yalili revenait à la maison . Elle arborait avec orgueil sa corne d’abondance, un large sourire sur son visage parfait, ses yeux scintillaient de bonheur vert tandis que ses poches tintaient de monnaie à chacun de ses pas.

Art pour tous

Posted: jueves, 14 de abril de 2011 by magali in Etiquetas:
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- Moi j’y serai à huit heures.
- A huit heures ?
- Pour boire et manger tu sais bien que je suis toujours le premier.
- Ah ça oui ! Tu ne changes pas.
- La dernière fois je suis arrivé plus tard, il n’y avait plus rien de bon à prendre.
- J’essaierai d’y être aussi mais je ne te promets rien.

- Ecoute, viens, Nono a dit qu’il y allait et si Nono vient Darío à coup sûr y ira aussi.
- Tu crois ?
- Ben oui, tu les as déjà vu l’un sans l’autre ?
- Non, c’est vrai, mais j’ai du mal à imaginer Darío dans ce genre d’endroit, en plus huit heures c’est un peu tôt, en général il sort plus tard.
- Eh bien viens un peu plus tard, comme tu le sens mais en tout cas si tu veux le voir sans en avoir l’air, c’est l’occasion.

- Tu crois qu’il va lire ses poèmes ?
- La barbe, j’espère bien que non. Tout au plus un mais certainement pas davantage.
- La dernière fois il a commencé et personne n’a pu l’arrêter, quel nombrilisme quand même. J’étais gênée pour lui.
- Moi je m’en fiche complètement, je fais comme si j’écoutais et hop je débranche et je pense à autre chose, quand les gens applaudissent je fais pareil.
- Oui mais s’il te demande ce que tu en penses ?
- Je dis que c’était très bien et en général je cite un mot ou deux, tu vois, le parc Céspedes, la Cathédrale, tu sais bien que tout tourne autour de lui, de sa ville, de sa vie, c’est pas compliqué quand même.

- Amanda ?
- Mon ciel ! Quoi de neuf ?
- Tu viens ce soir à huit heures ?
- A l’espace Elvira Cape ?
- Non, à l’espace Hermanos Saíz, l’expo de David...
-Ah oui j’avais complètement zappé, je sais pas, j’avais prévu d’aller voir les photographies sur Haïti
- Ah bon, moi j’y vais il est venu à mon expo le mois dernier, alors je me sens un peu obligée quand même.
- Tu peux passer le saluer, qu’il te voit et après tu pars voir les photos.
- T’as un plan là-bas ou quoi ? Allez fais pas ta chochotte, viens !
- Non j'ai pas vraiment de plan, enfin je sais pas encore... Si je vais jusqu’à l’espace Hermanos Saíz j’aurai pas le courage de retraverser la ville ma vieille, t’es folle.
- Oui je sais c’est un peu loin, écoute essaie de venir, c'est trop chiant si t'es pas là.


A vingt deux heures trente le salon de l’espace Hermanos Saíz ferme ses portes, l’exposition a été un vrai succès. Les amis de David étaient tous là, il a même lu quelques poèmes pour mettre ses oeuvres en situation. Chacun l’a félicité. Un vrai succès.

tu t’appelles Yalili

Posted: sábado, 9 de abril de 2011 by magali in Etiquetas:
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Parmi toutes les histoires ennuyeuses arrivent en tête celles d’accouchement qui n’intéressent personne sauf l'ex parturiente et qui enquiquinent quand elles ne choquent pas ou écœurent carrément : c’est donc ça ? C’est aussi trivial ? De sombres histoires de liquides, de douleurs, de sang et de cordons verdâtres...

Pourtant l’arrivée de Yalili est une vraie légende, au point qu’aujourd’hui encore on se la raconte. Chacun bien sûr y ajoute sa pincée d’épices. Mais il existe une vraie version que voici :

Au moment de l’expulsion la mère de Yalili sentit le chatouillis familier qui descendait de son ventre vers son sexe béant. Elle en suivait mentalement le chemin et se mit à rire et à se tortiller davantage tandis que les sages-femmes scandaient leurs « Pousse ! Pousse donc ! »
Enfin, on mit Yalili à son sein.
Une fille au petit visage encore plissé sur ses yeux fermés et gonflés. Elle était en effet en parfaite santé et blanche comme une princesse. La jeune accouchée absorbée par la découverte de la chair de sa chair fut tirée de sa béatitude. Un lourd silence unanime s’était fait. Plus un bruit autour du lit, plus aucune conversation y compris technique, passe-moi la ouate, ciseaux... Toutes les paires d’yeux fixaient le crâne de la bébé, invisible car planté de poils drus et noirs. Un casque de poils hirsutes, un petit goupillon sombre et dur. C’était donc là ce qui avait chatouillé son ventre pendant plusieurs mois, puis son utérus : les cheveux de Yalili ! Du jamais vu dans ce pays de nègres où la moitié des enfants naissaient pourtant chevelus, puis étaient tondus régulièrement par mesure d’hygiène collective.
C’est une fille et elle va bien. Comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête, s’entendit-elle prophétiser par la marraine. La mère de Yalili eut alors un large sourire et ignorant la stupeur générale elle déposa un baiser sur le tapis noir qui couvrait le crane du nourrisson. Sans un seul mot elle acceptait cela et sans doute bien d’autres choses encore qui ne manqueraient pas d’en découler. Elle poussa un soupir de soulagement et murmura assez fort pour que tous entendent : Ce qui advient, convient, c’est la loi des Orishas. Chacun rassuré put reprendre son travail. Bien évidemment les coups d’œil en coin vers ce bébé traduisaient maintenant un certain respect et peut-être une certaine admiration mêlée de crainte.

Elle s’appelle Yalili dit la mère haut et fort, tu t’appelles Yalili répéta-t-elle doucement vers le visage de la petite qui tétait paisiblement en chatouillant son sein de sa chevelure en auréole. Une couronne naturelle, noire et solide lui ornait la tête.

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