Ce sera donc pour le 01 janvier !

Posted: miércoles, 30 de marzo de 2011 by magali in Etiquetas:
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Son ventre était déjà rond quand la mère de Yalili décida de consulter. Elle connaîtrait désormais ce bébé qui poussait en elle. Sa marraine de religion la fit entrer en lui donnant la bénédiction.
D’abord les écorces de coco furent tirées plusieurs fois au sol devant l’autel d’ Elegguá. Celle qui avait les pouvoirs chuchota les mots secrets à l’oreille de la future mère et interpréta attentivement les réponses obtenues à la lumière de la religion. La mère de yalili ne se souvenait plus très bien aujourd’hui du reste de la cérémonie... Sous le pouvoir des Orishas son esprit avait vagabondé. Mais le résultat de la consultation était resté gravé : C’est une fille et elle va bien. Comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête, s’entendit-elle prophétiser par la marraine qui, vidée de ses énergies, se laissait tomber sur le siège le plus proche.

Ensuite les deux femmes échangèrent encore quelques phrases, des banalités sur la vie tout en sirotant une partie du rhum destinée aux Saints... L’une d’elle alluma un cigare qu’elles fumèrent ensemble en silence, introduisant à intervalles la partie incandescente dans leur bouche afin de souffler la fumée sur les autels. Elles lorgnaient bien vers le gros gâteau blanc posé devant Obatalá mais aucune des deux ne se serait risquée à mettre la main sur l’offrande, le rhum finit par leur faire oublier la faim.

La mère de Yalili connût une grossesse heureuse, elle avait beaucoup d’énergie. Son corps changeait et devenait plus appétissant. Elle fit l’amour très souvent pendant ces neuf mois. De temps en temps elle sentait un léger chatouillis dans le ventre, comme des bulles de gaz qui éclateraient gaiement, cela la faisait rire. L’enfant vivait en elle joyeusement. Le soir du 31 décembre elle festoya en bonne et due forme. Son ventre était énorme, elle ne pouvait plus s’accroupir, l’accouchement approchait. Vers deux heures du matin elle sentit son bébé qui tournait et retournait pendant qu’elle-même dansait. Elle n’y prêta pas une grande attention car elle se dit qu’il dansait lui aussi. Puis elle eut la sensation que l’élastique de sa culotte cassait, au même moment un liquide chaud lui coula sur les jambes. Ça y est ! Le moment est venu se dit-elle. Le travail a commencé, la petite ne veut plus danser dans mon ventre, elle veut voir le monde et elle sera parmi nous aujourd’hui. Ce sera donc pour le 01 janvier !

Dans la nuit douce de ce premier jour de l’année la mère de Yalili quitta la fête et rentra lentement chez elle. Elle se baigna avec les herbes qu’elle avait réservées pour l’occasion, frictionna avec soin son ventre, ses seins et ses reins tandis que les chatouillis reprenaient, de moins en moins espacés, toujours aussi gais. Quand elle fut prête elle empoigna la petite mallette et quitta la maison sans bruit à la recherche d’un taxi.
Elle ne trouva qu’une moto-taxi qui ferait bien l’affaire. A la maternité ! Dit-elle. Le jeune chauffeur lui examina le ventre, légèrement anxieux. Il n’allait pas se fourrer dans des problèmes le premier jour de l’année, il suffirait qu’elle accouche en route... Cependant la future mère dégageait une grande sérénité. Alors il se dit que c’était là un signe de bonne augure. N’était-on pas le 01 janvier ?

Il l’aida à grimper, cala la mallette entre son dos et le ventre proéminent, puis il mit en marche le moteur. La mère souriait à Yalili qu’elle connaissait déjà.

A toi, femme, mère, sœur, amie, camarade :

Posted: miércoles, 23 de marzo de 2011 by magali in Etiquetas:
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Félicitations pour la journée internationale de la femme


La terrasse de cette cafétéria où l’on paye en dollars est agréable. D’abord parce que la température est bonne. Les alizés soufflent sur l’île et nous aident à respirer. Le jeune voisin m’a invitée à boire un coup pour marquer l’événement. On est le huit mars, il est 21 h 30. Bien sûr il paiera.

A toi, femme, mère, sœur, amie, camarade :

Le premier coup de machette sur mon crane m’a étourdie. Malgré l’adrénaline de la dispute il est tombé sur moi comme un éclair de feu. J’étais aveuglée tandis qu’une ruche d’abeilles bourdonnantes entraient en moi par tous mes orifices.

Je n’ai pas fait de chichi pour l’occasion, qu’il n’aille pas s’imaginer quoi que ce soit. Je porte une jupe en jean courte, un débardeur à fines bretelles et des claquettes en plastique. Mes cheveux sont nattés en longues tresses et retombent autour de mon visage. J’ai les ongles courts. Ils ne sont pas peints mais ils sont propres. Je n’ai qu’un savon pour la toilette et pour le linge. Je n’ai qu’un déodorant pour mon fils et pour moi. Je ne fais pas de chichi. Je n’en ai pas les moyens

Félicitations pour la journée internationale de la femme

Il n’aurait pas dû venir. Nous avions rompu. Il nous a surpris au lit, nus et suant comme deux amants respectables. L’autre est sorti en courant, je suis restée, j’étais chez moi. D’abord ses mots : pute, putain, sale pute, garce, traînée, chienne.

Après mon arrêt maladie j’ai donné ma démission. J’avais trop mal à la tête et puis je crois que j’ai des trous de mémoire. Je n’ai plus de salaire depuis plus d’un an, si salaire il y avait ! J’invente chaque jour une nouvelle solution. Je ne fais pas d’excès. Je ne sors plus. Aujourd’hui est une exception mais c’est mon jeune voisin qui m’a invitée.

Ensuite j’ai eu un étourdissement. La ruche bourdonnait dans ma tête et j’ai couru. Je suis tombée après le troisième coup de machette. Je ne me souviens pas du second je crois que j’étais déjà à moitié évanouie. Seule la chaleur du sang qui pissait sur mon visage et son goût de fer dans ma bouche.

Les cicatrices sont cachées sous mes tresses. Seule celle qui va du bas de ma tempe gauche jusqu’au milieu de ma joue se voit. Si je me tiens de face je peux la cacher. J’ai reçu un avis d’indemnisation. 327 pesos pour classer l’affaire. 327 pesos pour réparer le préjudice. J’ai jeté le dossier et je ne l’ai jamais envoyé à La Havane. J’ai fait cadeau à l’état de cet argent. Je crois que je vaux bien plus que cela même si je vis simplement sans faire de chichi.

Chaque huit mars on commémore avec enthousiasme dans le monde le jour international de la femme. Tandis qu’à Cuba on a pour habitude de rendre hommage au sexe féminin sur les lieux de travail, dans les écoles et universités ou à la maison et la femme reçoit une fleur ou un sourire.

Avant que je ne puisse lever les bras il m’a tailladée la joue. C’est un rituel chez certains hommes pour marquer à vie la femme infidèle. Je hurlais déjà comme un cochon qu’on égorge. Il continuait à m’insulter : pute, putain, sale pute, garce, traînée, chienne. Les voisins sont arrivés, on m’a mis un drap autour de la tête et du visage et la première voiture qui passait par là m’a emmenée à l’hôpital. J’étais déjà inconsciente.

Les seules cicatrices douloureuses sont celles que j’ai à l’intérieur. Mais personne n’en a parlé. Elles sont invisibles sauf pour moi. Moi, je sais que je suis cassée à l’intérieur. Je n’en parle pas non plus. Ce soir le jeune voisin m’a invitée à boire un coup pour marquer l’événement. C’est la journée internationale de la femme. On est le huit mars, il est 21 h 30. Bien sûr il paiera en dollars mon jus de poire. La température est bonne. Les alizés soufflent sur l’île et nous aident à respirer. La terrasse de cette cafétéria où l’on paye en dollars est agréable. Je crois que le jeune voisin est un peu amoureux de moi.

A partir du triomphe de la Révolution le programme des activités pour le jour international de la femme est fait de joie et de reconnaissance pour les femmes cubaines auxquelles on reconnaît le rôle important au sein de notre société.

Au réveil on m’a expliquée que mes jours n’étaient pas en danger mais j’avais perdu beaucoup de sang. Pour l’esthétique on ferait au mieux pour réparer mon visage. On m’avait tondue. Les cheveux repousseraient vite et couvriraient mon crane blessé. J’ai pensé à mon fils qui était seul. Son père avait été arrêté aussitôt. Pris sur les faits, la machette ensanglantée à la main. Il n’avait émis aucune résistance : un an de prison et une amende de 327 pesos.

Publication Singe quoique vêtu de soie, revue Etoile d'encre

Posted: jueves, 17 de marzo de 2011 by magali in Etiquetas:
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Etoiles d'encre 45-46

LA REVUE ETOILE D'ENCRE

Revue 45-46Prix : 15 € TTC16 pages d'illustrations couleursmars 2011 - 320 pages ISBN : 978-2-914467-70-4
L'étranger mars 2011
Les textes contenus dans ce numéro nous disent non seulement la polysémie du mot « étranger » mais aussi sa densité. Presque chacune des auteures l’a traité sous un angle différent quelle que soit la rubrique ou le genre utilisé. Dans sa très belle carte blanche,Sophie Bessis et les auteures qu’elle a choisi de convoquer sur ce thème,Catherine Simon, Leïla Sebbar, Sandra Bessis, Aldona de Januszewski, Nadia Tazi, Mechtild Gilzmer, Zakya Daoud, Monique Cerisier Ben Guiga, Catherine Shan et pour les illustrations, Federica Matta, Eve Luquet, Catherine Shapira, Witold Januszewski, Elaine Mokhtefi et Jean Lattes, nous en donnent toutes les entrées et révèlent la résonance quasi magique de ce mot. En combien de sens se décline le mot étranger ? ? là-bas ? hier ? aujourd’hui ? En temps de être étranger ici guerre, en temps de paix ? être étranger à l’autre, être l’étranger de l’autre ? ? L’étranger est décidément ce miroir être étranger en soi et étranger hors soi dans lequel chacun peut voir son reflet, cet « autre-autre », quintessence de la différence et de la ressemblance, méprisé et craint, inaccessible, inconcevable…être l’étranger intérieur – dont la figure de la femme est l’icône – et l’étranger extérieur – celui dont la langue, la peau, l’histoire ? sont différentes ? être étranger n’est-ce pas être sur une terre de dissidence Celle, peut-être, de la renaissance, de la vitalité, de l’élection...

Edito : Behja Traversac 9
Carte blanche à Sophie Bessis : Le mot et le sens 13
Forum 89
Variations 139
Singe, quoique vêtu de soie, Magali Junique 141

Mémoire et histoire 229
Partages 299
De vous à nous 304
Biobibliographies des contributrices a ce numéro 308

Portrait de famille

Posted: martes, 15 de marzo de 2011 by magali in Etiquetas:
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La contre plongée sur l’entrejambe de ces jeunes hommes laissait supposer que le photographe s’était allongé à leurs pieds, appareil au poing. Le résultat était là. Des testicules bruns en premier plan au dessous d’un sexe dressé de couleur sombre sur un ventre plutôt glabre, suivi d’un torse un peu lointain et là-haut un visage d’adolescent déjà vieux. Sans doute la mise en scène érotique avait-elle continué en studio. Chambre noire. Jeux d’émulsions. Hot températures. Suaves contrastes. Bains savants en technique argentique. Cela expliquait la couleur foncée de ces verges démesurées, agrandies volontairement, brandies menaçantes et photographiées impudiquement. Certes le héros était mat de peau, un jeune métèque qui expose ses parties intimes sans sourire, sans un regard vers l’objectif qui lui capture le corps.


Etait-il payé pour cela ? Combien ? Paula est interloquée. Combien la photo d’art ?

Un flot incessant de visiteurs qui accourt pressé entre deux métros. En famille avec de très jeunes enfants, en groupe d’amis, en couple, ils effectuent le sacro-saint pèlerinage de la sortie culturelle vers cette galerie parisienne où l’on paye pour voir. Artiste incontournable comme l’exposition sous peine de se voir banni du cercle des branchés de la capitale, exclus, marginalisés, déclassés. Ouste !

Le héros est hispano-américain, Jonathan Velasquez à moins que ce ne soit Jessy Gutierrez ou encore Bryan Torres, qu’importe ? L’œil est états-unien c’est à dire Américain. L’entrée est interdite aux moins de dix-huit ans.

Paula est muette, elle passe d’une photo à l’autre sans pouvoir détacher son regard de ces organes-revolvers, organes-seringues. Brûle pourpoint, spontanéité, réalisme, vérité. Qui donc pourrait croire cela ? Même un Chicano analphabète n’est pas bête à manger du foin. N’est pas vicieux pour rien.

L’objectif focalise l’inconduite, le démon qui habite ces fils de migrants qui s’adonnent au sexe collectif, aux jeux érotiques mi homos mi hétéros, à la drogue, dans des arrière cours délabrées, dans des chambres glauques aux murs décrépis, aux rideaux sales et aux meubles usés et démodés. Cette fille aux yeux et aux cheveux noirs, en slip et soutien gorge qui caresse le début d’érection de ce garçon. Paula frissonne, elle lui ressemble tellement. Paula imagine le vieux Gringo, en face, derrière son trépied. Le Yanqui dans son labo photo. Le Yuma qui inaugure l’exposition, son vernissage sans mauvais goût. It’s so sweet !

Pendant ce temps que font Jonathan Martinez ou Jessy Gutierrez ou encore Bryan Torres ? Sans doute errent-ils à la recherche de repères, cinquantenaires alcooliques aux ventres basanés tombant sur un sexe mou et inutile. A moins qu’ils ne reposent, leur sexe mou et flasque entre les jambes, plus noir que jamais, au cimetière de Tulsa ? Retourner l’objectif. 180°. Prendre un dernier cliché de la décadence. Des gens bien propres sur eux, à la peau blanche et savonnée qui vivent le sexe sous verre. Irrémédiablement de l’autre côté de la lentille. Protégés du mythe des grands phallus nègres hors normes.

Paula quitte l’exposition.

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