Aftertaste ou le goût des baisers

Posted: lunes, 24 de enero de 2011 by magali in Etiquetas:
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Le chemin pour rejoindre la fête est long. Dans la nuit Claudia et ses copines le parcourent à pied en évitant les obstacles. Seule la lune éclaire : ici trou en vue, ici pierre en vue, ici bouse en vue. Il est joyeux le parcours du combattant qui va danser ! Au petit matin il faudra recommencer en sens inverse sauf si ce soir elles se trouvent un étranger pour les raccompagner en taxi ou les inviter à l’hôtel. Elles vont à la chasse aux dollars et sont préparées : jupe courte, jambes bronzées, fines bretelles, généreux décolleté, talons...

Enfin l’entrée illuminée de la discothèque. La musique déferle, Claudia est éblouie, un peu étourdie. Vite, elle dépoussière ses sandales.

A l’époque il n’y avait pas d’échographie. On dut expliquer à ses parents ce qu’était la fente labiopalatine, autrement dit le bec-de-lièvre. Serge était né ainsi, avec une malformation inesthétique : agrandissement de la narine gauche, fente de la lèvre et du palais. Il fallut prendre grand soin de ce bébé pas facile à nourrir. Le temps passa et Serge opéré grandit normalement. Enfin, normalement d’un point de vue médical. Il portait sur le visage les traces lointaines de cette anomalie et quelqu’un d’avisé pouvait déceler une légère modification de son parler. La cicatrice qui lui ciselait la lèvre jusqu’au bas du nez était là et lui valut bien des moqueries à l’école. Chacun connaît l’époque cruelle de la douce enfance. Heureusement vint l’époque bénie de la chirurgie esthétique et Serge améliora sensiblement son apparence. Il se sentait mieux et plaisait à quelques filles.

La première avec qui il passa une vraie nuit d’amour travaillait avec lui dans un camp de vacances pour jeunes handicapés. Elle était éducatrice et Serge se demanda une fois l’affaire faite et alors qu’il y repensait si sa décision de coucher avec lui n’avait pas été dictée par sa vocation : s’occuper de ceux que le hasard n’a pas vraiment doté. Enfin, il cessa d’y penser, à quoi bon ? Faire l’amour avec cette fille lui avait plu, d’ailleurs il recommencerait volontiers...
L’occasion se présenta sur le parking de la discothèque, il put conclure plusieurs fois la soirée à l’arrière de sa voiture en bonne compagnie. Certes il se disait que les jeux de lumière y étaient certainement pour quelque chose tout comme les quelques verres d’alcool d’ailleurs... Serge n’avait pas de fiancée.

Il restait l’éternel célibataire sympathique et disponible que l’on continuait à inviter. Lors d’un repas chez des amis il fit la connaissance d’un autre célibataire sympathique et disponible tout comme lui. Ils échangèrent leurs impressions sur la vie à un... Patrick lui dit qu’il partirait à Cuba dès l’été car là-bas les nanas tombent du ciel et t’as qu’à choisir, incroyable. Cette idée choqua un peu Serge mais il écouta patiemment les arguments. D’abord elles sont jolies, vraiment mignonnes comme tout, elles te cassent par les pieds, ce qui compte c’est rigoler, sortir, boire et crois-moi elles sont chaudes. En plus bien sûr tu les aides car elles n’ont pas un rond. Donc c’est bénéf. pour tout le monde, toi tu passes des vacances à baiser et la nana des vacances de rêve. Entente mutuelle quoi...

Maintenant Claudia embrasse Serge passionnément. Elle met la langue dans sa bouche avec joie et tourne et retourne avec malice. Un vrai baiser, salive, succion, démangeaison agréable dans le bas ventre. Elle s’applique, à peine si elle le laisse respirer. Elle enchaîne les baisers, les sourires, elle sent bien qu’elle le met à genoux. Certainement jamais personne ne l’avait embrassé ainsi...

Papillons envolés

Posted: domingo, 16 de enero de 2011 by magali in Etiquetas:
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Avec le sourire Chavela raconta cette histoire quelques semaines après qu’elle lui soit arrivée à son amie Mariajo, à la fin elle lui demanda de deviner ce qu’elle avait fait de cette fameuse journée ?


Chavela regarda une dernière fois ses sautoirs aux perles multicolores, chacun lui avait demandé un temps précieux de travail. Le résultat était là, superbe. Chaque pièce telle un insecte mystérieux attendait dans sa boite avant de déployer au grand jour ses ailes polychromes. Elle avait rangé les bijoux et partirait le lendemain exposer ses oeuvres uniques et originales à Holguín où avait lieu la grande foire d’artisanat. C’est en tout cas ce qu’elle croyait. Chavela s’étira et alla se coucher, demain serait un autre jour.

Le téléphone retentit dans l’appartement silencieux, Chavela ne savait plus si c’était un appel ou la sonnerie qu’elle avait programmée sur mode réveil. Un réflexe paresseux, elle tendit le bras et décrocha.

- Man ? C’est moi.
Elle articula un « euh » inaudible.
- Man ? Tu m’entends ?
Elle prononça un « Oui » incertain.
- Ecoute je n’en peux plus, le vieux a encore fait sur lui, c’est la deuxième fois cette nuit. Il en pleure le pauvre et moi je me sens mal, je n’en peux plus.
Chavela ouvrit les yeux, complètement réveillée.
- Manu ? Le vieux est chez toi ?
- Non, je suis resté avec lui, personne n’en voulait. Hier ils sont tous partis les uns après les autres avec un bon motif, tu sais. Je ne me sentais pas le coeur à partir et à le laisser.
- Je t’avais dit de rester à l’écart, c’est à ton père d’être là, il fallait m’écouter, rester à l’écart.
- Tu le connais, Man, tu le connais bien, hier il est parti le premier, j’ai eu honte. Ça me brise le coeur, cette situation est inhumaine. Je ne sais pas comment faire, je suis là avec lui, il pleure dans son lit, ses sanglots sont insupportables. Je t’en prie Man ! Viens !
- Pas question, je ne vais pas me laisser avoir cette fois, tu sais que je pars à Holguín, j’ai un stand à la foire et des pièces superbes, je bosse comme une folle depuis un mois, non je ne peux pas venir aujourd’hui, tu dois te débrouiller, appelle ton père. Je veux plus rien savoir de cette famille, le vieux n’a qu’à chier sur lui, laisse-le, c’est pas à toi de t’en occuper, combien de fois je devrais te le dire ? Ecoute va dormir, ferme la porte de sa chambre et laisse le. Moi je dois me préparer, quelle heure est-il ?
- Il est 5 heures.
- 5 heures ? Déjà ! Ecoute je te rappelle dans la matinée, va te coucher maintenant, repose-toi et demain tu trouves une solution, on en parle plus tard, je dois y aller mon chéri. Je te rappelle.
- Ok Man, bonne chance pour la foire. Appelle-moi.

Chavela posa les pieds hors du lit. Elle était en colère. Des ingrats, et lui, elle ne trouvait pas le mot pour le qualifier. Depuis quinze ans qu’ils étaient séparés elle n’avait pas cessé de recoller les morceaux entre lui et Manu. Comment un père pouvait-il abuser ainsi de son fils ? Un couard, un immature, un vrai con. Machinalement elle se dirigea vers la cuisine et mit en route la cafetière, avant de pousser la porte de la salle de bain. Un bon café lui ferait du bien.
Des picotements, puis des lancements aigus sous la plante des pieds. Que se passe-t-il ? Que m’arrive-t-il ? Le sol jonché de débris de verre, la fenêtre de la salle de bain ouverte, un carreau cassé, dont les débris se sont incrustés sous ses pieds, elle saigne. Bon sang ! Que s’est-il passé ? Sans plus ressentir la douleur, une poussée d’adrénaline lui fait reprendre ses esprits, quelqu’un est entré. Parcourir l’appartement, vite, vite, les boites à bijoux. Plus rien, les insectes se sont envolés, parties les belles pièces. Salops, quels salops, ils m’ont tout pris, ils m’ont volée. Quelle guigne, un temps précieux de travail, c’est pas vrai ! Fini la foire, pas de ventes, pas d’argent. Il faudra recommencer.
Chavela s’assied sur le rebord de la baignoire prend la pince à épiler et commence à enlever les brisures rosées de sang, une à une... ils m’ont tout pris, les salops, une journée de merde. Aïe ! En plus ça fait mal. Le vieux couché là-bas dans sa misère, Manu complètement déprimé et moi dévalisée... Il ne me reste plus qu’à me recoucher, demain sera un autre jour. Le nettoyage de la salle de bain ne pose pas de problème à Chavela, le souci sera de trouver un nouveau carreau, peut-être installer une grille extérieure, c’est ce que font les voisins. Les bijoux à recommencer... Demain sera un autre jour. Le vieux va mourir, qu’il crève, j’en ai ras le bol de cette famille de tordus, plus tordus les uns que les autres, Manu, le pauvre. Je l’appèlerai plus tard. C’est pas le moment... L’odeur du café lui éveille agréablement les sens. La vie, les choses simples de la vie, un bon café, un instant de bonheur à apprécier, là sur le coin de la table. Chavela regarde le soleil se lever, une nouvelle journée commence. Elle se dit qu’il faudra que se soit une belle journée, coute que coute. Il y en a assez avec le vieux qui n’en finit pas de mourir, Manu qui ne veut pas le lacher, ses plans tombés à l’eau, non ! Simplement les papillons qui se sont envolés. Oui ce sera une belle journée.

L'odeur des dollars

Posted: lunes, 10 de enero de 2011 by magali in Etiquetas:
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Il n’est pas encore arrivé. Mais il viendra puisqu' il me l’a promis. Aujourd’hui est un grand jour : celui de mon anniversaire. Maman m’a félicitée ce matin et je sais qu’il y a des messes-basses depuis quelques jours. J’aurai droit à un bon repas, une grande bouteille de boisson gazeuse sera achetée en mon honneur. Cet après-midi mes copines viendront me féliciter et puis le téléphone a déjà commencé à sonner pour moi. Mais lui ? Viendra-t-il ? Il me l’a promis. Je l’attends penchée à la fenêtre. J’observe les silhouettes qui vont et viennent devant la maison, je connais la sienne. Je ne la vois pas. Maman m’appelle : Téléphone ! C’est pour toi Fiorela !


J’ai bien mangé et j’ai bu deux verres immenses de boisson à l’orange, maman m’a servie avec le sourire.
Mes amies sont passées, chacune avec son petit cadeau : une carte, une boite à bijoux en carton, un ruban pour mes cheveux, encore une carte, une boule de chocolat, une bande dessinée… J’avais envie de courir à la fenêtre pour surveiller son arrivée mais j’ai du patienter. Dès leur départ, j’ai repris ma place, les bras croisés sur le rebord, le tête penchée, les genoux pliés sur un tabouret pour ne pas me fatiguer. J’ai encore entendu des messes-basses mais maman ne m’a pas appelée, elle est passée plusieurs fois, m’a regardée sans rien dire, j’ai lu la tristesse dans son regard, elle m’a embrassée tendrement à chaque fois, en silence. Chaque année j’ai passé mon anniversaires entre les visites et l’attente à la fenêtre. J’ai grandi.

Ensuite ma vie a changé et j’ai passé de nombreux anniversaires seule en France, loin de mon pays, sans que ce jour signifie plus que cela : le jour de ma naissance. Si c’était un jour de semaine, j’allais travailler sans rien dire, sans même en parler. Mais le soir j’appelais Cuba, j’entendais la voix de ma mère, mes tantes me félicitaient aussi, et on me transmettait de nombreux messages d’amitié, mes amies sont restées fidèles. Lui, je ne l’ai jamais appelé ni à cette occasion ni à aucune autre. Je m’endormais en voyant une petite fille aux cheveux noirs et aux yeux brillants d’amour qui se penchait à la fenêtre.

Le hasard du calendrier veut que je sois née le 31 juillet, c’est à dire pendant les vacances d’été à Cuba comme en France. Aujourd’hui est à nouveau un grand jour : celui de mon anniversaire et je suis de retour à la maison pour mes vacances. J’ai organisé un bon repas pour ma famille avec l’aide de mes tantes. Je me suis levée tôt et je me suis pomponnée, j’ai répondu au téléphone car personne ne m’a oubliée. Vers le milieu de la matinée, il a appelé et m’a annoncée sa visite. Il viendra, il me l’a promis.

Alors j’ai pris mon sac avec mes dollars et je suis sortie en ville. J’ai traîné dans les boutiques, j’ai acheté un gros gâteau, des bougies, j’ai acheté plusieurs bouteilles de boisson à l’orange, la même. J’ai retenu une caisse de bières et deux bouteilles de rhum vieux, son préféré. J’ai fait livrer le tout par un taxi. Puis j’ai recommencé à faire les boutiques, j'ai acheté des vêtements, un petit sac à main, du maquillage. J’ai appelé chez moi et maman a répondu qu’il était là, il m’attendait. J’ai dit que je ne tarderai plus guère à rentrer. Je suis allée au cinéma, je ne me souviens pas du film, je voyais celui d’une petite fille aux cheveux noirs et aux yeux brillants d’amour qui se penchait à la fenêtre. Ensuite j’ai appelé à nouveau et j’ai dit à maman qu’ils commencent à manger que j’étais retenue par plusieurs amies et que j’allais bientôt arriver. Maman n’a rien demandé, je crois qu’elle a compris.

J’ai attendu que la nuit tombe et je me suis dirigée chez moi lentement, sans mes paquets, je les ai offerts à mes copines pour mon anniversaire. Au coin de la rue mes yeux se sont portés directement à la fenêtre et je l’ai vu, mon père était appuyé sur le rebord. Il avait certainement bu le rhum et la bière. Il attendait sa fille rentrée de l'étranger et qui avait certainement encore beaucoup de choses pour lui. Il ignorait qu'il lui faisait en cet instant son plus beau cadeau car il attendait le visage penché à l’extérieur comme la petite fille aux cheveux noirs et aux yeux brillants d’amour d' il y a longtemps, trop longtemps. Elle se penchait jusqu’à en avoir mal aux bras, aux genoux. Jusqu’à ce qu’elle tombe de fatigue et aille se coucher en silence. Il y a longtemps déjà mais c’était hier.

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