Perdre le nord - 10 - Real maravilloso

Posted: jueves, 28 de mayo de 2015 by magali in Etiquetas:
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Changer de vision demande un certain temps.
Commencer par laisser la peau respirer à l’air libre.
La peau, les membres, sont au contact de l’air. Eviter les couches de vêtements qui empêchent.

Proscrire les pas saccadés, encore plus la course folle.
Ne pas courir mais marcher en sentant l’air qui se déplace, enveloppe et accueille. L’esprit agité par une démarche rapide ne peut pas sentir. Courir devient ridicule. Suicidaire. Se laisser flotter dans l’espace qui entoure, sentir comme chaque pas chaloupe harmonieusement.

L’esprit ainsi dégagé est prêt à recevoir les signes multiples qui ne manquent pas.

Le bruit et l’enfermement de l’orage tropical autour de soi.
L’apparition en quelques secondes d’un soleil éclatant. Les rayons qui percent, sèchent instantanément vêtements et chaussée.
La fumée qui s’élève du sol. Le halo de lumière qui vient d’en haut.

La répétition d’une couleur devient significative. Penser au soleil. Le jaune sous toutes ses nuances : depuis l’orange jusqu'au doré. Voir la lumière. La couleur de la mangue, celle de la fleur de tournesol. Remarquer la peau de la goyave, celle du potiron et celle de la papaye. Voir le cœur de la sapotille, les bijoux qui scintillent aux cous et aux poignets. Comprendre le pourquoi du rhum ambré.
Observer les nuages. le blanc des colombes. Le blanc de la meringue ou du lys. L’argent des bijoux aux cous et aux poignets. Les pendentifs en corne d’animal. D'os. La poudre de la craie qui trace un trait. Le trait de la craie qui fait sens jusqu'au cerveau. Blanc comme le cerveau.
L’alliance de deux couleurs fait également sens.
Comprendre, demande une certaine expérience.
En général l’apprentissage se fait très tôt car changer de vision demande un certain temps.

Option un : Ne pas penser que l’affaire est question de couleur.

Option deux : Faire l’expérience avec une autre couleur demande le même temps.


Option trois : Consulter les spécialistes permet d’accéder plus profondément à la connaissance de ce monde qui, quoi qu’en pensent certains, est bien réel.
Denis Núñez Rodríguez "Fin de año".

Perdre le nord - 9 - Hija de Ochún

Posted: jueves, 14 de mayo de 2015 by magali in Etiquetas:
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Aligner les produits sur le rebord de la douche. Pencher la tête en avant. Empoigner le premier flacon et commencer le traitement. Sentir combien les yeux piquent. Envelopper les cheveux d’une serviette de toilette, vieille de préférence. Laisser agir.
Quitter la salle de bain pendant ce temps. S’asseoir sur le canapé et ouvrir le magazine. Voir les modèles. Scruter les détails des modèles. Rêver de s’en approcher. Résister aux picotements de plus en plus gênants. Se concentrer sur le modèle. Garder un œil sur les minutes qui passent lentement.
Rincer.
Sentir la transformation dans l’eau sombre qui s’écoule. Tombe de votre chevelure vers le fond de la douche. Glisse dans le tuyau. Va dans l’égout.

Empoigner le second flacon et appliquer à l’aide d’un peigne après avoir enfilé les gants. Peigner tous les recoins du crâne. En avant. En arrière. De côté. Du crâne à la pointe. Peigner. Respirer l’odeur âcre. Laisser agir.
Quitter la salle de bain pendant ce temps. S’asseoir sur le canapé et ouvrir le magazine. Voir les modèles. Scruter les détails des modèles. Rêver de s’en approcher. Résister aux picotements de plus en plus gênants. Se concentrer sur le modèle. Sentir le mimétisme agir. Sentir la transformation opérer à l’intérieur. Prononcer quelques mots d’anglais. Quelques mots de français. Avancer les lèvres en une moue Poupoupidou… Garder un œil sur les minutes qui passent lentement.
Rincer.

Entourer les cheveux blonds d’une serviette propre. Neuve de préférence. Neuve comme les cheveux blonds qui gouttent à l’intérieur. Sécher grossièrement à l’aide de la serviette.  Empoigner alors l’avant dernier flacon, procéder au shampoing rinçant. Sentir la mousse dans les doigts et sur la nuque. Sentir aussi sur les tempes. Frotter en souriant car les yeux ne piquent plus. Le crâne est soulagé. L’odeur fruitée du shampoing enveloppe narines, tête, mains, salle de bain. L’odeur douce de fruits nouveaux. Sentir l’exotisme arriver. Cerise. Voir la coupe de fruits sur la table basse du magazine. Pèche. Imaginer les couleurs des fruits à quelques mètres des cheveux blonds. Cerise. Pèche. Poire. Prononcer Poupoupidou-cerise. Sentir la transformation. Poupoupidou-pèche. Poupoupidou-poire. 
Rincer.


Ne pas quitter la salle de bain. Empoigner le dernier flacon d’après-shampoing. Le retourner. Presser pour obtenir une cerise suffisante de produit dans le creux de la main. Sentir l’odeur identique. Les fruits exotiques arrivent en coupe sur la table du magazine. Appliquer l’après shampoing à l’aide du peigne propre. Du crâne à la pointe. Observer entre les doigts les mèches de cheveux. Blond obscur sur cheveux mouillés. Bronde. Blond ombré. Blond miel. Garder les yeux fixés sur le miroir qui renvoie l’image des cheveux qui sèchent. Sentir la transformation se parfaire. Avancer les lèvres en une moue blond-poupoupidou. Blond-sexy. Blond-magazine. Blond-Bardot. Blond-belle. Blond-nordique. Blond-Hollywood. Blond-riche.

Option un : S’asseoir sur le canapé peut signifier tout aussi bien s’allonger sur le lit, l’important dans cette étape c’est : « ouvrir le magazine » et «Sentir le mimétisme agir. Sentir la transformation opérer à l’intérieur ». 

Option deux : Prononcer Poupoupidou n’est pas obligatoire. Le but ici est d’apprendre à avancer les lèvres. Prononcer amouououour par exemple ou jeeeeeeeeee veueueueueux.


Option trois : Se rendre dans un salon de coiffure et laisser faire la transformation en feuilletant plusieurs magazines. Payer.

Denis Núñez Rodríguez, Como un árbol viejo pero llenito de manzanas.

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