Perdre le nord - 4 - Conga

Posted: viernes, 20 de febrero de 2015 by magali in Etiquetas:
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(dedicatoria especial : para Yannier)

Attendre mi juillet pour avoir une température insupportable et néanmoins idéale.

Ôter ensuite vos vêtements habituels et enfiler une brassière en élasthanne, un short en jean usé et une paire de tennis en toile délavée par des années de soleil, poussière et sueur.

Attendre que les tambours menés par la cornette chinoise retentissent au dessus du brouhaha de la foule en liesse. Noter que le son des tambours va se rapprocher petit à petit.

Laisser monter les coups de sang que provoquent déjà l’appel des percussions. Sentir comment les battements du cœur s’accélèrent et comment les pieds bougent seuls. Désormais se concentrer uniquement sur l’appel des tambours et oublier le corps tout entier. Les jambes, la taille, les épaules et les bras sont animés. Ne surtout pas s’en préoccuper et continuer à oublier complètement le corps, seule l’ouïe est en alerte.

Entendre la foule qui scande, les tambours, scande, les tambours, scande, tambours.

Ouvrir la porte et sentir comment le soleil aveugle ne laissant que la peau en éveil par des milliers de points sensibles qui chauffent et à leur tour agitent les nerfs, les muscles. Les décibels augmentent quand la foule approche au coin de la rue.

Sortir : les pieds se sont écartés et les genoux sont fléchis, les fesses sont projetées à l’arrière à l’angle exact qu’elles occuperaient avant de se poser sur une chaise. Les maintenir dans cet équilibre parfait. Accueillir le rythme binaire qui se joue entre la foule qui scande et les percussions qui répondent à moins que ce ne soit les percussions qui scandent et la foule qui réponde. Le résultat obtenu est identique, vieux de plus de cent ans, chargé de pouvoirs : les pieds marquent le rythme sur lequel s’accordent le mouvement circulaire des hanches, le balancement des fesses et le bam bam bam bam bam des tambours. A ce stade les bras se lèvent et marquent à leur tour le rythme entraînant les épaules, le cou et la tête dans la cadence. Le corps n’est plus qu’un mouvement accordé.

Rentrer dans la foule : le cerveau doit se réveiller un peu à ce moment pour permettre de trouver l’emplacement qui sera désormais exactement occupé par les pieds et les hanches qui se sont emboîtés avec les pieds et les hanches de la personne située à l’avant tandis que la personne située à l’arrière emboîte déjà pieds et hanches. Former une communauté parfaite, mobile, vibrante, une large peau unique de capteurs réglés sur le métronome ancestral.

Transpirer la douleur accumulée, la sentir qui coule le long des jambes.

Sentir la libération. Sentir la vie vaincre.

Sentir le seul langage de la peau qui sue et de la musique qui joue au cœur du corps, la laisser atteindre le système cardiaque, le système nerveux lui est déjà au diapason ; la laisser battre le cœur, inonder le corps de pulsions sanguines, vitales ; scander, se mouvoir en harmonie avec l’ensemble des appels sensoriels, suer, danser, avancer les bras au ciel, communier avec la Conga.

Transpirer la douleur accumulée, la sentir qui coule le long de vos jambes. Sentir la libération des ancêtres, sentir la libération présente.
Atteindre la transe de la Conga.

Option un : sortir pieds nus.

Option deux : Rentrer dans la foule peut être substitué par : Rejoindre la queue de la foule.

Option trois : si le cas se présente, ne pas écouter ceux qui disent que la Conga est affaire de nègres. 
René Peña, fotógrafo cubano, minerva.

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