Perdre le nord - 11 - Si del cielo te caen limones

Posted: miércoles, 17 de junio de 2015 by magali in Etiquetas:
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Déjà les adultes avant vous l’ont fait. Le comportement n’a rien d’inédit.

Quelles que soient les conversations de jeunesse qui ont pu avoir lieu, les certitudes exprimées et les critiques émises, le résultat est là : une tuile.

Garder le secret dans un premier temps sera le réflexe le plus communément partagé. Diffuser la nouvelle au compte-gouttes, choisir l’oreille, trier les tympans parmi tous les tympans, en écarter encore certains.

Le temps passe. La tuile se transforme en quelque chose de  familier, de plus en plus familier pour vous. Vous remarquez que vous vous êtes organisé, habitué, sans doute conformé.

D'autre part, la nouvelle s’est répandue sans que vous n’y soyez pour quelque chose. Le bouche à oreille a travaillé pour vous.

Economie d’explications.
Parade aux justifications.
Dérobade aux longues conversations.
Issue aux analyses malcommodes.
Porte de sortie.


Aucun tympan désormais n’est vierge. Tous savent. Ça s’est su.

Il n’y a plus rien à en dire. Il n’y a plus rien à dire.


Option un : Choisir subtilement le premier tympan afin que le secret se diffuse selon votre volonté.

Option deux : Doser le temps nécessaire. Envisager qu’il peut s’agir de plusieurs mois, voire quelques années. S’en remettre néanmoins à la chaîne du bouche à oreille afin d’éviter les secrets de famille. Vous vous éloigneriez du but recherché.

Option trois : Savourer le gain de ne pas avoir eu à dire certaines choses plutôt que l’idée que vous vous êtes sacrifié, résigné ou pire que vous avez souffert, subi. Remarquez combien votre entourage s’est habitué facilement à cette nouvelle puisque cela n’en a jamais été vraiment une. Pourtant votre enfant est homo. Pourtant vous êtes géniteur sans l’avoir souhaité. Pourtant vous êtes marié(e) avec la personne à laquelle vous n’auriez jamais pensé dire oui. Pourtant, pourtant…


Ouka lele, artista española, peluquería, limones.

Perdre le nord - 10 - Real maravilloso

Posted: jueves, 28 de mayo de 2015 by magali in Etiquetas:
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Changer de vision demande un certain temps.
Commencer par laisser la peau respirer à l’air libre.
La peau, les membres, sont au contact de l’air. Eviter les couches de vêtements qui empêchent.

Proscrire les pas saccadés, encore plus la course folle.
Ne pas courir mais marcher en sentant l’air qui se déplace, enveloppe et accueille. L’esprit agité par une démarche rapide ne peut pas sentir. Courir devient ridicule. Suicidaire. Se laisser flotter dans l’espace qui entoure, sentir comme chaque pas chaloupe harmonieusement.

L’esprit ainsi dégagé est prêt à recevoir les signes multiples qui ne manquent pas.

Le bruit et l’enfermement de l’orage tropical autour de soi.
L’apparition en quelques secondes d’un soleil éclatant. Les rayons qui percent, sèchent instantanément vêtements et chaussée.
La fumée qui s’élève du sol. Le halo de lumière qui vient d’en haut.

La répétition d’une couleur devient significative. Penser au soleil. Le jaune sous toutes ses nuances : depuis l’orange jusqu'au doré. Voir la lumière. La couleur de la mangue, celle de la fleur de tournesol. Remarquer la peau de la goyave, celle du potiron et celle de la papaye. Voir le cœur de la sapotille, les bijoux qui scintillent aux cous et aux poignets. Comprendre le pourquoi du rhum ambré.
Observer les nuages. le blanc des colombes. Le blanc de la meringue ou du lys. L’argent des bijoux aux cous et aux poignets. Les pendentifs en corne d’animal. D'os. La poudre de la craie qui trace un trait. Le trait de la craie qui fait sens jusqu'au cerveau. Blanc comme le cerveau.
L’alliance de deux couleurs fait également sens.
Comprendre, demande une certaine expérience.
En général l’apprentissage se fait très tôt car changer de vision demande un certain temps.

Option un : Ne pas penser que l’affaire est question de couleur.

Option deux : Faire l’expérience avec une autre couleur demande le même temps.


Option trois : Consulter les spécialistes permet d’accéder plus profondément à la connaissance de ce monde qui, quoi qu’en pensent certains, est bien réel.
Denis Núñez Rodríguez "Fin de año".

Perdre le nord - 9 - Hija de Ochún

Posted: jueves, 14 de mayo de 2015 by magali in Etiquetas:
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Aligner les produits sur le rebord de la douche. Pencher la tête en avant. Empoigner le premier flacon et commencer le traitement. Sentir combien les yeux piquent. Envelopper les cheveux d’une serviette de toilette, vieille de préférence. Laisser agir.
Quitter la salle de bain pendant ce temps. S’asseoir sur le canapé et ouvrir le magazine. Voir les modèles. Scruter les détails des modèles. Rêver de s’en approcher. Résister aux picotements de plus en plus gênants. Se concentrer sur le modèle. Garder un œil sur les minutes qui passent lentement.
Rincer.
Sentir la transformation dans l’eau sombre qui s’écoule. Tombe de votre chevelure vers le fond de la douche. Glisse dans le tuyau. Va dans l’égout.

Empoigner le second flacon et appliquer à l’aide d’un peigne après avoir enfilé les gants. Peigner tous les recoins du crâne. En avant. En arrière. De côté. Du crâne à la pointe. Peigner. Respirer l’odeur âcre. Laisser agir.
Quitter la salle de bain pendant ce temps. S’asseoir sur le canapé et ouvrir le magazine. Voir les modèles. Scruter les détails des modèles. Rêver de s’en approcher. Résister aux picotements de plus en plus gênants. Se concentrer sur le modèle. Sentir le mimétisme agir. Sentir la transformation opérer à l’intérieur. Prononcer quelques mots d’anglais. Quelques mots de français. Avancer les lèvres en une moue Poupoupidou… Garder un œil sur les minutes qui passent lentement.
Rincer.

Entourer les cheveux blonds d’une serviette propre. Neuve de préférence. Neuve comme les cheveux blonds qui gouttent à l’intérieur. Sécher grossièrement à l’aide de la serviette.  Empoigner alors l’avant dernier flacon, procéder au shampoing rinçant. Sentir la mousse dans les doigts et sur la nuque. Sentir aussi sur les tempes. Frotter en souriant car les yeux ne piquent plus. Le crâne est soulagé. L’odeur fruitée du shampoing enveloppe narines, tête, mains, salle de bain. L’odeur douce de fruits nouveaux. Sentir l’exotisme arriver. Cerise. Voir la coupe de fruits sur la table basse du magazine. Pèche. Imaginer les couleurs des fruits à quelques mètres des cheveux blonds. Cerise. Pèche. Poire. Prononcer Poupoupidou-cerise. Sentir la transformation. Poupoupidou-pèche. Poupoupidou-poire. 
Rincer.


Ne pas quitter la salle de bain. Empoigner le dernier flacon d’après-shampoing. Le retourner. Presser pour obtenir une cerise suffisante de produit dans le creux de la main. Sentir l’odeur identique. Les fruits exotiques arrivent en coupe sur la table du magazine. Appliquer l’après shampoing à l’aide du peigne propre. Du crâne à la pointe. Observer entre les doigts les mèches de cheveux. Blond obscur sur cheveux mouillés. Bronde. Blond ombré. Blond miel. Garder les yeux fixés sur le miroir qui renvoie l’image des cheveux qui sèchent. Sentir la transformation se parfaire. Avancer les lèvres en une moue blond-poupoupidou. Blond-sexy. Blond-magazine. Blond-Bardot. Blond-belle. Blond-nordique. Blond-Hollywood. Blond-riche.

Option un : S’asseoir sur le canapé peut signifier tout aussi bien s’allonger sur le lit, l’important dans cette étape c’est : « ouvrir le magazine » et «Sentir le mimétisme agir. Sentir la transformation opérer à l’intérieur ». 

Option deux : Prononcer Poupoupidou n’est pas obligatoire. Le but ici est d’apprendre à avancer les lèvres. Prononcer amouououour par exemple ou jeeeeeeeeee veueueueueux.


Option trois : Se rendre dans un salon de coiffure et laisser faire la transformation en feuilletant plusieurs magazines. Payer.

Denis Núñez Rodríguez, Como un árbol viejo pero llenito de manzanas.

Perdre le nord - 8 - Celebrar Ochún

Posted: domingo, 19 de abril de 2015 by magali in Etiquetas:
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Monter dans ce taxi après avoir dansé une partie de la nuit. Laisser l’autre donner l’adresse vers la direction inconnue. Faire une place sur la banquette arrière à son corps. Sentir les cuisses se coller, le bras enlacer. Ignorer le regard du chauffeur dans le rétroviseur intérieur. Coller les bouches, glisser les lèvres, mélanger les langues et la salive sans crainte. Décoller doucement vers le langage des mains.
Descendre du taxi et main dans la main suivre.
Reprendre le langage des corps entre quatre murs, porte fermée. Un espace sans limite s’offre. L’investir sans règles établies, aucun découpage n’a de sens. Plus de règles, plus de temps, plus de catégories, plus d’âge, plus de mots ordonnés. Revenir au langage primitif des mains, de la bouche, des yeux et du nez. N’entendre que les respirations qui se chevauchent, s’entrelacent, se complètent, se mêlent à un rythme impeccable, sans précédent et à la fois vieux comme le monde.
Perdre le temps. Voyager. Voler, flotter, planer.
Ignorer le taxi du retour.

Option un : L’étape taxi et «dansé une partie de la nuit » peut être substituée par n’importe quelle autre étape.

Option deux : Donner l’adresse vers une direction connue est tout à fait possible.


Option trois : "entre quatre murs, porte fermée"
Adrián Fernández Milanes , serie "del ser o del parecer"
n’est pas obligatoire.

Perdre le nord - 7- Viaje a la semilla

Posted: jueves, 9 de abril de 2015 by magali in Etiquetas:
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Réserver du temps mort. Dire non aux propositions. Ignorer le mouvement.
Les autres s’agitent, rester tranquille.

Plier le calendrier, n’exposer que l’image des chiots dans leur panier, les mésanges dans leur nid, le coucher de soleil sur Ayers rock, faire disparaître les jours, les numéros.

Aller à contre courant : ne rien avoir à raconter sur Rome, sur Séville ou sur Lisbonne. Ne pas se les « faire », ne pas « faire ». Ne même pas envisager de se « faire » l’Inde ou encore le Japon.

Coller au quotidien en toute quiétude. S’ennuyer et en profiter. Profiter.

Lire le titre et regarder l’image. Regarder le titre et lire l’image. Ouvrir la page, l’autre et l’autre encore. S’en aller au fil des mots, découvrir, sentir la curiosité qui fait tourner les pages jusqu'au pincement de cœur à la dernière page. Lire et regarder à nouveau le titre, la date de publication, le titre en Version Originale, chercher encore des notes sur l’auteur, chercher la liste des autres titres comme une promesse nouvelle. Réserver du temps pour cela.

Accepter de ne pas partager ces voyages. Impossible de « faire » Cent ans de solitude. Impossible de « faire » Un monde pour Julius. Impossible de « faire » Thérèse l’après-midi. Impossible de « faire » L’écume des jours. Impossible de « faire » La vie devant soi. Impossible de « faire » Paroles. Impossible de « faire » Moderato Cantabile


Réserver du temps mort. 
Prendre un crayon. 
Ecrire. 
Ne même pas envisager de partager ces voyages. Aller à contre courant. 
Raconter. Entrer dans le tourbillon des activités. Chercher le mouvement. 
Réserver du temps pour faire. 


Option un : "ouvrir la page" peut être remplacé par mettre le CD dans le lecteur et appuyer sur lecture.

Option deux : Prendre un crayon signifie aussi pianoter sur le clavier.

Option trois : "Réserver du temps pour faire" sera probablement verbalisé par : je me suis reposé(e).
José Fuster, escultor cubano

Perdre le nord - 6 - Elegguá abre caminos

Posted: domingo, 29 de marzo de 2015 by magali in Etiquetas:
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Tourner le dos. Décider de regarder vers l’avant. Cette décision est sans aucun doute la seule solution, un sauve qui peut.
Ne pas écouter les plaintes de la grand-mère qui a mal à la vie. Ne pas compter l’argent qui manque pour arriver à la fin du mois. Ne pas juger les décisions qui éclaboussent. Se concentrer sur bientôt, sur un jour...
Ne pas répondre aux arguments : deux enfants c’est un minimum pour constituer une famille, quand même ! ou : arrêter l’école ! à quoi bon étudier ? Travailler dès que possible. Gagner l’argent.

L’argent à ne pas compter, celui qui manque pour arriver encore à la fin du mois.

Écarter toute possibilité de se joindre à ces leitmotivs : ne pas faire de famille, ne pas faire d’enfants, ne pas compter l’argent et étudier encore, encore un peu, encore ce qu’il faut.
Laisser les autres. Regarder vers l’avant. Ne pas s’angoisser si l’avant, le là-bas, le bientôt, le un jour, n’est qu’une image floue. Croire.

Apprécier cette réalité qui peu à peu va remplacer l’image floue. Apaiser la voix de la grand-mère qui continue par moment à geindre dans les oreilles. Aimer les deux enfants désormais rajoutés à cette famille. Pardonner le choix de travailler déjà sans étudier vraiment.

Apprécier surtout la nouvelle réalité, le bientôt devenu maintenant, le un jour transformé en familier.
L’argent suffit à peine ? mais il ne manque plus pour arriver à la fin du mois. Savourer cette victoire primitive. Savoir que c’est la première dans la famille. Accepter le dos tourné à la famille. Ne pas compter les kilomètres qui séparent de la famille. Ne pas téléphoner trop souvent. Ne pas ouvrir les mails chaque semaine. Maintenir les kilomètres là où ils sont. Maintenir les kilomètres du sauve qui peut.

Option un : Se fixer les dates auxquelles parcourir la distance à rebours. Retourner. Revenir. Entendre. Compter. Aimer. Pardonner.. Donner une partie de l’argent qui suffit à peine. Donner amour.


Option deux :  Se perdre soi-même dans ces kilomètres. (fortement déconseillé).
R.E.C - Kcho, 2006 - artista cubano

Perdre le nord - 5 - Latin Lover

Posted: jueves, 5 de marzo de 2015 by magali in Etiquetas:
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Accepter qu’il patiente des heures sur le muret en face de votre lieu de travail. Sortir de votre travail sans hâte et l’y rejoindre.
Entendre en souriant et plissant légèrement les yeux, les lèvres entrouvertes - ou pas – lorsqu’il dit que tu es belle ! que tes vêtements sont ravissants ! que tes cheveux brillent et sentent bon ! que tu es belle ! Tu es unique !
Se laisser prendre la main ou la taille et guider lentement. Emboîter les pas et marquer les mêmes pauses. Ne pas demander où l’on va.
Ecouter les mots gentils qui ponctuent les phrases, mon cœur, princesse, ma puce, mon amour, chaton, ma biche, bébé, chou, mon lapin, ma belle, mon biquet, chérie, mon ange, bijou, ciel, ma beauté, mon trésor et découvrir avec ravissement les autres. Les inventés. Louloute, Minou, chatounette, Chouchou, Couquette, Mimi, Bichon, Coco, Pupuce, Bichette, Bichoune, Bichounette, Bibi, Minet... Et les inédits que seul lui saura dire.
Répondre merci à ses petites exclamations Hum ! J’aime ton parfum ! Oh là là ! Tes mains sont si petites et si belles ! C’est mimi ! Tes pieds sont tellement gracieux ! Vraiment ! Tu es ma plus belle femme !
Répondre merci de la même façon - sans plus d’empressement - lorsqu'il vous accompagne où que vous alliez. Vous invite ce soir au concert. Vous achète une fleur. Vous offre une glace, un jus de fruit, une friandise et peut-être de temps en temps un restaurant et plus rarement un week-end. Vous fait sentir femme comme il le souhaite, comme ses mots et ses regards le disent.
Dire merci.
Resplendir.
Onduler.
Dire merci.
Flotter dans une féminité sans limites.
Etre belle.
Dire merci.
Profiter.
Resplendir.

Option un : Ne pas le rejoindre sur le muret à chaque fois, permet de faire durer les phases suivantes plus longtemps.

Option deux : Emboîter les pas un certain temps puis arrêter de le faire et suivre un autre chemin permet également de faire durer les phases suivantes plus longtemps.

Option trois : Ne pas sentir que votre cœur bat plus fort, ni que vous avez des papillons qui volent dans l’estomac. Seulement se concentrer sur : « Répondre merci de la même façon – sans plus d’empressement ». Permettre ainsi que lorsqu’il ne patientera plus sur le muret en face de votre travail il y a des chances pour que vous sortiez de votre travail sans hâte et y rejoigniez en souriant et plissant légèrement les yeux, les lèvres entrouvertes - ou pas – celui qui ne manquera pas de dire que tu es belle ! que tes vêtements sont ravissants ! que tes cheveux brillent et sentent bon ! que tu es belle ! Tu es unique ! 
Alimentando el alma, (110x110) - Jesús Nodarse, 2005 Pintor cubano

Perdre le nord - 4 - Conga

Posted: viernes, 20 de febrero de 2015 by magali in Etiquetas:
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(dedicatoria especial : para Yannier)

Attendre mi juillet pour avoir une température insupportable et néanmoins idéale.

Ôter ensuite vos vêtements habituels et enfiler une brassière en élasthanne, un short en jean usé et une paire de tennis en toile délavée par des années de soleil, poussière et sueur.

Attendre que les tambours menés par la cornette chinoise retentissent au dessus du brouhaha de la foule en liesse. Noter que le son des tambours va se rapprocher petit à petit.

Laisser monter les coups de sang que provoquent déjà l’appel des percussions. Sentir comment les battements du cœur s’accélèrent et comment les pieds bougent seuls. Désormais se concentrer uniquement sur l’appel des tambours et oublier le corps tout entier. Les jambes, la taille, les épaules et les bras sont animés. Ne surtout pas s’en préoccuper et continuer à oublier complètement le corps, seule l’ouïe est en alerte.

Entendre la foule qui scande, les tambours, scande, les tambours, scande, tambours.

Ouvrir la porte et sentir comment le soleil aveugle ne laissant que la peau en éveil par des milliers de points sensibles qui chauffent et à leur tour agitent les nerfs, les muscles. Les décibels augmentent quand la foule approche au coin de la rue.

Sortir : les pieds se sont écartés et les genoux sont fléchis, les fesses sont projetées à l’arrière à l’angle exact qu’elles occuperaient avant de se poser sur une chaise. Les maintenir dans cet équilibre parfait. Accueillir le rythme binaire qui se joue entre la foule qui scande et les percussions qui répondent à moins que ce ne soit les percussions qui scandent et la foule qui réponde. Le résultat obtenu est identique, vieux de plus de cent ans, chargé de pouvoirs : les pieds marquent le rythme sur lequel s’accordent le mouvement circulaire des hanches, le balancement des fesses et le bam bam bam bam bam des tambours. A ce stade les bras se lèvent et marquent à leur tour le rythme entraînant les épaules, le cou et la tête dans la cadence. Le corps n’est plus qu’un mouvement accordé.

Rentrer dans la foule : le cerveau doit se réveiller un peu à ce moment pour permettre de trouver l’emplacement qui sera désormais exactement occupé par les pieds et les hanches qui se sont emboîtés avec les pieds et les hanches de la personne située à l’avant tandis que la personne située à l’arrière emboîte déjà pieds et hanches. Former une communauté parfaite, mobile, vibrante, une large peau unique de capteurs réglés sur le métronome ancestral.

Transpirer la douleur accumulée, la sentir qui coule le long des jambes.

Sentir la libération. Sentir la vie vaincre.

Sentir le seul langage de la peau qui sue et de la musique qui joue au cœur du corps, la laisser atteindre le système cardiaque, le système nerveux lui est déjà au diapason ; la laisser battre le cœur, inonder le corps de pulsions sanguines, vitales ; scander, se mouvoir en harmonie avec l’ensemble des appels sensoriels, suer, danser, avancer les bras au ciel, communier avec la Conga.

Transpirer la douleur accumulée, la sentir qui coule le long de vos jambes. Sentir la libération des ancêtres, sentir la libération présente.
Atteindre la transe de la Conga.

Option un : sortir pieds nus.

Option deux : Rentrer dans la foule peut être substitué par : Rejoindre la queue de la foule.

Option trois : si le cas se présente, ne pas écouter ceux qui disent que la Conga est affaire de nègres. 
René Peña, fotógrafo cubano, minerva.

Perdre le nord - 3 - Despojo

Posted: jueves, 5 de febrero de 2015 by magali in Etiquetas:
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Le bouquet aux fleurs blanches ne doit avoir subi aucune influence extérieure. Le chercher. Il est caché derrière d’autres bouquets, à l’abri de l’air déplacé par les clients, des mains qui tâtent, des yeux qui jaugent, des doigts qui hésitent. Seul lui, fera l’affaire. Donc, le chercher.
Parcourir pour cela, patiemment, plusieurs boutiques de vente de fleurs. Le repérer à l’abri des regards du plus grand nombre, dans un coin peut-être peu éclairé et de surcroît en hauteur relative. Au ras du sol, rien de bon, pas même un bouquet. Haut perché, rien de bon, l’air monte.
Le choisir, le saisir et le payer.
Le tendre à la vendeuse pour qu’elle l’enveloppe d’un papier commun ou d’un papier cadeau est à proscrire. Eviter dès lors à votre bouquet le maximum de contacts y compris visuels.

Chez vous, installer le bouquet sur une table basse dans la salle principale. Le vase importe peu, un simple récipient peut tout à fait convenir. Seul l’endroit importe : bien en vue, sans qu’on le remarque cependant, suffisamment intime pour faire partie des meubles mais suffisamment présent pour pouvoir servir.
Attendre la visite et la recevoir avec spontanéité et naturel. Ne pas s’occuper du bouquet pendant ce temps là, ne pas oublier qu’il fait partie des meubles. Il serait tout à fait contre productif d’attirer l’attention sur lui. Oublier donc le bouquet.
Au terme de la visite, observer le bouquet pendant les heures qui suivent.

Cesser immédiatement la relation si les tiges commencent à se courber vers le bas, signe que le bouquet à recueilli des influences négatives.
Éloigner le plus loin possible la relation si les fleurs commencent à se faner, signe que le bouquet a péri sous les influences négatives.
Considérer la relation si les fleurs, les tiges, le bouquet dans sa totalité, restent frais et dispos, signe que les influences recueillies sont bonnes.

Option un : Cultiver dans votre propre jardin du jasmin ou des tulipes, roses, lys blancs voire des marguerites ou encore un oranger, citronnier, mandarinier afin d'en utiliser les fleurs à partir de : Installer le bouquet sur une table basse… Le résultat n’en sera que plus probant.

Option deux : Acheter deux bouquets. Prendre une bonne douche puis s’immerger entièrement dans un bain chaud après y avoir effeuillé un bouquet aux fleurs blanches ceci quelques heures avant l’arrivée de la visite. Vos chances de voir votre bouquet aux fleurs blanches frais et dispos au terme de la visite sont multipliées par deux.


Option trois : Ne pas tenir compte des bien pensants qui conseillent aujourd'hui encore la communication, comme si les fleurs n’étaient pas assez claires.

Adrián Fernández Milanes, serie : ser o no ser, artista cubano

Perdre le nord - 2 - Jinetera

Posted: sábado, 24 de enero de 2015 by magali in Etiquetas:
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Commencer le jeudi soir.
Ouvrir la porte de l’armoire à glace et enlever du cintre l’ensemble choisi. L’étendre sur le lit afin de ne pas le froisser.
Prendre une douche, se sécher avec une serviette de toilette propre puis enrouler la serviette autour du corps.
Se laver les cheveux avec un shampoing merveilleux et cher, de ceux qui rendent le cheveu fort, résistant, brillant et surtout lisse. Utiliser le masque traitant assorti, il y en a toujours un. Appliquer le masque et laisser agir, pour cela une seconde serviette de toilette est enroulée autour du crâne, elle est de taille inférieure à la première.
Profiter du temps d’action pour se faire les ongles.
Ouvrir le tiroir de la coiffeuse et choisir un vernis assorti à l’ensemble qui attend sur le lit. Utiliser de préférence les couleurs rouge baiser, rouge passion ou rouge désir. Éliminer les autres. Ôter soigneusement le vernis déjà appliqué, limer doucement les ongles, pas trop, il est recommandé de laisser un centimètre minimum de féminité obligatoire. Appliquer ensuite le vernis attentivement en une première couche et écarter les doigts face au ventilateur en marche. Rester immobile le temps nécessaire. Répéter la manœuvre à partir d’appliquer le vernis.
S’assurer que le vernis est bien sec, ôter la serviette des cheveux et rincer abondamment la chevelure. La sécher à l’aide d’une brosse et d’un sèche cheveu afin de perfectionner le lissé de rigueur. Terminer avec un fer à lisser aux pinces en vitrocéramique de couleur noire qui polit les écailles apportant ainsi un maximum de brillance particulièrement recherchée pour les cheveux crépus ou très frisés. Opter pour un fer à technologie ionique qui libère des ions négatifs neutralisant les ions positifs dégagés par les fibres capillaires. Ainsi les cheveux sont dégagés de l’électricité statique. Eviter leur dessèchement et renforcer l’efficacité des soins capillaires doit être l’unique objectif poursuivi lors de cette étape. Choisir enfin la bonne température, en général 190° à 230° pour des cheveux crépus ou afros.
Enfiler délicatement l’ensemble choisi qui repose sur le lit et se compose d’un pantalon super stretch, mais cependant confortable et enfilé sur un slip minimal, type string, de couleur noire exclusivement, le pantalon est assorti à un top minimal enfilé sur un soutien-gorge, lui aussi, noir exclusivement. Pour le soutien-gorge préférer celui avec coussinet qui rehausse et avantage la taille des seins.
Se maquiller les yeux et surtout les lèvres de préférence de couleur rouge baiser, rouge passion ou rouge désir.
S’asperger de parfum de haut en bas sans oublier le milieu du corps et en insistant même sur cette partie. Enfiler une paire de chaussure de couleur rouge baiser, rouge passion ou rouge désir dont le talon atteint la hauteur minimale de huit centimètres.
Sortir de chez soi vers 22h30 et se rendre dans un endroit fréquenté, pour cela il est indispensable de se tenir suffisamment informé afin de savoir où aller directement.
Payer l’entrée en dollars.
Choisir une table éclairée et assez centrale afin d’y être visible depuis les autres tables mais veiller à ce que l’éclairage ne soit pas trop direct. Créer ainsi autour de soi une ambiance joyeuse mais tout à fait confidentielle. Un sourire naturel doit désormais apparaître sur les lèvres couleur rouge baiser, rouge passion ou rouge désir et y demeurer coûte que coûte durant les prochaines heures.

Tendre l’oreille et n’accepter un verre ou une danse que si le cavalier parle anglais américain ou français québécois, voire une des nombreuses langues européennes. Parmi les langues européennes préférer l’allemand, le néerlandais, l’anglais britannique, le français de France ou de Belgique, proscrire le grec et éviter l’espagnol ou l’italien si on a le choix. Ignorer l'espagnol latino-américain pendant au moins la moitié de la soirée, éliminer d'office l'espagnol cubain (pratiqué les autres soirs de la semaine exception faite du jeudi, vendredi et samedi soir).
Désormais tous les sens doivent être en éveil, une erreur, on l’aura bien compris,  pourrait vous coûter cher. Il est essentiel de garder à l’esprit que le renouvellement de tout le matériel décrit ci-dessus, incluant les produits indispensables, le contenu de l’armoire et de la coiffeuse est à faire régulièrement et que de plus l’entrée en dollars doit être amortie le soir même. Un bénéfice pour la cavalière qui devra chevaucher d’une façon ou d’une autre son cavalier reste et restera l’unique finalité attendue et recherchée.

Option un : la chance est avec vous et le cavalier apparaît rapidement, son âge est compris entre vingt-cinq et trente-cinq.

Option deux : Ce n’est pas le cas. Attendre sagement en buvant un soda sans alcool, il finira bien par apparaître.

Option trois : Le cavalier apparaît rapidement, son âge est compris entre cinquante-cinq et soixante dix. Commander une bouteille de rhum et une de soda. Doser le mélange pour que l’effet des deux liquides dure lors des prochaines heures.

Fernando Goderich-Fabars, pintor cubano.



Perdre le nord - 1 - Acoger Oshún

Posted: domingo, 18 de enero de 2015 by magali in Etiquetas:
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Nadia Porras alias Maraya Shells, artista cubana, performance.
Choisir une robe 100% polyester, modèle dos nu. Le tissu léger est un imprimé de fleurs énormes sur fond blanc. De préférence, les fleurs sont couleur rose, fuchsia et orange. Le bleu ciel n’est pas proscrit. La coupe de la robe est près du corps. Elle épouse taille, hanche et danse autour des cuisses. Le dos nu laisse libre les bras, les épaules et le dos qui respirent.

C’est mieux si le décolleté de la robe est prononcé dégageant ainsi toute la gorge et s’il termine par deux bandes étroites qui s’attachent derrière la nuque.

Ensuite choisir une étoffe unie de couleur claire ou vive, on peut donc opter  pour le blanc uni mais aussi, une fois encore pour un uni rose, fuchsia ou orange. Pour la seconde fois le bleu ciel n’est pas proscrit, à condition qu’il soit uni.

Après, relever et attacher les cheveux sur le haut du crane sans manière, prendre l’étoffe et l’étaler autour de la tête puis la nouer solidement au bas du crane.

Marcher pieds nus.

Choisir un endroit calme, face au soleil et s’y asseoir.

Option un : on peut fermer les yeux.


Option deux : on peut tout quitter et laisser le soleil agir.

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