Ses brioches de cristal

Posted: sábado, 11 de octubre de 2014 by magali in Etiquetas:
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En ce 10 octobre il lui avait semblé convenable de fêter ce qu’elle avait décidé d’appeler de son nom logique : ses brioches de cristal. D’abord parce que dans son pays le 10 octobre on célébrait l’émancipation des esclaves et puis, et surtout, parce que c’était la date de son premier baiser avec une femme. Ce baiser, aujourd’hui symbolique, représentait donc son entrée dans le monde de la brioche. Brioche étant le nom donné familièrement au sexe féminin, dans son pays, encore une fois.


Elle invita donc une centaine d’amis et de connaissances à la fête qui commémorerait ce qu’elle avait désigné de son nom logique : ses brioches de cristal. Le bilan serait public, joyeux et partagé par ceux (une bonne centaines) qui, présents en ce 10 octobre, levaient légèrement la tête vers l’estrade où Andréa d’une grande présence ce jour-là, le regard franc, amusé et direct avait prononcé son discours bien préparé. Le discours d’ouverture de la fête de ses brioches de cristal. Et elle résuma d’une voix claire (elle faisait aussi du théâtre) amplifiée par le micro fixé devant elle, elle résuma donc, quinze ans d’un parcours qui n’avait pas toujours était facile mais s’avérait désormais satisfaisant En voici le résumé :

 

Quinze ans plus tôt elle avait échangé, après bien des hésitations et dans un état de semi coma tellement le sol se dérobait sous ses pieds, ses mains tremblaient, ses poumons devenaient étroits, l’air se raréfiait, le décor disparaissait, la bouche d’ Elsa devenait omniprésente et immense, un baiser avec Elsa, avec une fille.

Elle comptait vingt-cinq ans et celle qui serait l’initiatrice timide et déterminante du règne de la brioche en avait alors vingt.  Elles maintenaient une amitié douce et forte et puis un après midi, assises dans le salon à bavarder comme souvent, elles s’étaient regardées pour la première fois. Leur regard en disait long en inquiétudes et interrogations mais aussi et c’était le plus important, en désir. D’ailleurs au terme de ce regard échangé, long et silencieux, Elsa avait fui sans prononcer un mot, sur les marches de l’escalier devant la porte d’entrée. Assise à l’air libre, elle avait pu respirer à plein poumons un air nouveau. Andréa l’y avait rejointe et s’était assise à ses côtés, leurs épaules et leurs bras se touchaient. Ensuite leur visage s’était rejoint sans qu’aucune ne parle en un baiser doux et saliveux, un baiser déjà sexuel. Ainsi tous les passants avaient été témoins, s’ils regardaient du côté de l’entrée de la maison, de ça. Ce fut tout. Mais à partir de là rien n’avait plus était pareil.

Andréa prise de nausées avait couru à la salle de bain et s’était demandée d’où venait ce mal à l’estomac ? Elle était persuadée que c’était là le signe de l’amour immense, ce qu’elle sentait être son premier amour, son seul et véritable amour, qui lui donnait, non pas des fourmillements à l’estomac comme un vol léger de papillons qui effleurerait l’intérieur de ses parois abdominales comme il aurait été normal, mais un nœud si fort à l’estomac qu’elle en vomissait. Tout ce qu’elle avait vécu précédemment avait perdu de sa couleur, de son importance, d’ailleurs elle sentait qu’il n’y avait jamais rien eu avant. Pourtant, une fois de plus en un accord tacite, Elsa et elle ne s’étaient plus jamais vues après la scène de l’escalier. La seule perspective de revoir Elsa provoquait immanquablement la même crise de vomissements d’amour.

 

Des années plus tard Elsa, alors épouse et mère de trois enfants, avait confié à Andréa qu’elle lui avait donné un baiser charitable, elle lui avait ouvert la porte en quelque sorte de l’ère de la brioche sachant bien que Andréa avait besoin d’un électrochoc pour comprendre ce que ses amies avaient compris d’instinct et surtout en l’observant et la côtoyant, de longue date, depuis belle lurette, bien avant Andréa en tout cas… Elles avaient donc tiré au sort pour savoir laquelle d’entre elles donnerait ce baiser à Andréa et le sort l’avait désignée, elle, Elsa. Elle serait à la fois l’amie la plus importante de la vie de Andréa, l’inoubliable, celle par qui tout prendrait son sens, mais aussi l’amie qui sortirait de la vie de Andréa pour un temps indéfini, peut-être très long, peut-être plus court, cela dépendrait de la force de Andréa à accepter ce qu’elle appelait aujourd’hui de son nom logique, ses brioches de cristal.

 
Andréa, au terme d’une longue thérapie et d’expériences sexuelles qu’elle appelait type saucisse ou brioche selon leur orientation, avait remercié le baiser charitable d’ Elsa et avait compris deux choses : ses nausées venaient du dégoût qu’elle avait eu d’elle même, inconsciemment elle se jugeait avec les yeux de sa famille et de la grande majorité des gens,  c’est ce qui était sorti de sa thérapie ; et surtout elle appartenait au groupe des amateurs de brioche, plus de doutes à avoir, ni de vomissements ni même d’inquiétudes, juste du désir.

Voilà pourquoi en ce jour mémorable du 10 octobre et parce que quinze ans s’étaient écoulés donnant enfin place à la sérénité, l’estime de soi et la maturité, elle pourrait célébrer en toute joie partagée ses brioches de cristal.


Nadia Porras, alias Maraya Shells, artista cubana

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