Dulce, dulce...

Posted: miércoles, 22 de enero de 2014 by magali in Etiquetas:
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Agustín, artiste-tatoueur cubain
Pour Manuela.
 
 
Le langage de l’amour n’est pas universel, malgré ce que l’on croit généralement.

 Il m’a fallu vivre dans ma chair cette évidence pour pouvoir me ranger du côté des sceptiques. Je suis de nature joviale et cela m’a conduit au divorce. Rien ne peut freiner mon caractère optimiste, ma joie profonde et surtout pas un mari. J’ai dû choisir et je l’ai fait après avoir laissé un temps plus que correct à mon conjoint, entre temps j’avais eu deux filles, et après lui avoir conseillé vivement et sincèrement de bien réfléchir. Sa réponse m’avait surprise : où pourrais-tu bien aller avec ton salaire minable ?

Je me suis demandé à quel moment il avait pensé m’acheter et je demandais donc immédiatement le divorce que j’obtins. Et comme pour prouver que mon salaire ne serait pas éternellement minable je demandais ma mutation pour les Antilles que j’obtins également. Mon salaire avait augmenté de façon symbolique mais je voulais me persuader que j’avais désormais un salaire convenable et j’y parvins.

Je vivais bien avec  mes deux filles dont la peau dorée me réjouissait chaque jour. Nous étions devenues encore plus belles sous le soleil, nos cheveux s’étaient éclaircis et notre teint avait foncé légèrement nous donnant bonne mine toute l’année. Comme les mois passaient, puis les années, je m’intéressais à nouveau à l’amour. J’eus donc plusieurs amants et j’explorais ainsi toutes les nuances de peau. Chantilly, vanille, café au lait, caramel, chocolat, café...

J’arrivai à l’étape café en fin d’après-midi. La rencontre avait été agréable, lui et moi avions atteint l’âge qui permet de dire et faire les choses sans qu’elles paraissent obscènes ou déplacées. Nous étions deux étrangers, j’étais métropolitaine et lui cubain. Nous avions donc, sans trop de manières, rejoint ma chambre en fin d’après midi. Quand mon, désormais imminent, amant est sorti de la salle de bain j’étais allongée sur le lit et je le regardai nu pour la première fois, de haut en bas. Imaginez un grand noir d'un mètre quatre vingt seize au bas mot. Un corps massif, une peau ébène luisante après la douche, des poils crépus sur le torse, un torse large, une taille qui paraît fine et un sexe qui tombe pour l’instant le long de sa cuisse, je me demandai alors si je n’avais pas vu trop grand ?

Il est très à l’aise et parle de sa voix roque. Viens. Tu es belle chérie. Tu me plais. Aïe, Chica ! Il me serre contre lui et me mord à pleines dents, il me tourne et me retourne entre ses bras énormes. J’ai un peu peur face à une telle fougue. Je me dis que c’est l’amour sauvage à pleine bouche. Je m’effraie pour mon corps qui devient fragile sous ses attaques sexuelles. Nous avions communiqué en espagnol toute la journée, lui naturellement, moi rassemblant mes souvenirs scolaires et dépoussiérant ma mémoire. J’étais parvenue à un bon résultat et j’étais très contente de moi. Je comprends alors qu’il me faut parler à mon tour pour calmer ses ardeurs et lui faire découvrir l’érotisme à la française. Je prononce les mots qui me paraissent convenir : dulce, dulce… et il redouble d’ardeur.

 J’ai résisté finalement à ce corps à corps et j’y ai même pris beaucoup de plaisir. Je me suis réservé en secret la prochaine manche, car je suis persuadée, je sais, qu’il y en aura une autre. Je lui montrerai alors l’amour tout en douceur, en prenant le temps de déguster quelques préliminaires.

Le langage de l’amour n’est pas universel malgré ce que l’on croit généralement. Il m’a fallu vivre dans ma chair cette évidence pour pouvoir me ranger du côté des sceptiques.  J’ai su plus tard que dulce, dulce signifiait gâteau, sucrerie, douceur et qu’il avait pensé que je lui disais qu’il était mon gâteau, ma sucrerie, ma douceur. Cela l’avait persuadé que je trouvais ses manières très délicates, peut-être un peu mièvres ? Ce qui lui avait donné encore plus de force et d’ardeur.

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