Le crève-coeur

Posted: martes, 2 de julio de 2013 by magali in Etiquetas:
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Denis Núñez Rodríguez, artiste cubain, el presagio
Grand zoo. Clic sur connexion.

 Julie ouvre un œil curieux sur les publications du jour. Une photo a été publiée sur son mur. Double clic sur la photo pour l’agrandir.

 Ils sont quatre adultes et deux enfants. Les deux enfants sont au premier rang. Chacun donne la main à un adulte. Celui de gauche à son papa et celui de droite à sa maman. Trois générations. Deux femmes et deux hommes, plus deux enfants.

 A l’arrière plan, Julie écarquille les yeux. C’était où ? L’entrée d’un appartement, le début du salon, cuisine au fond, ouverte, à l’américaine.

 Julie ne comprend pas pourquoi cette photo apparaît aujourd’hui sur son mur, témoin d’un passé douloureux. Elle clique sur commentaire : Pourquoi cette photo ?

 Trois secondes après, alors qu’elle observe bouleversée les visages, le signal des messages est activé. Clic sur l’icône message. Julie lit : tu n’étais pas là, regarde ton fils comme il est beau, la photo a été prise chez tes voisins, tu as oublié ?

Julie n’a rien oublié. Tout cela est enfoui au fond d’elle pour l’éternité. Même si les voisins n’existent plus, même si ils ont vendu leur appartement après la séparation, même si cette famille n’est plus la sienne depuis dix ans, seulement celle de son fils, même si son fils mesure désormais un mètre quatre vingt cinq, soit vingt centimètres de plus qu’elle, même si elle voit en lui le visage d’un innocent dont les parents ne s’aiment plus, même, même…

 Julie clique sur commentaire et rédige sa réponse : Oui je me souviens parfaitement. Rien de ce que je vois n’existe aujourd’hui, mes voisins sont partis, mon ex famille n’est plus la mienne, mon fils mesure un mètre quatre vingt cinq, toi seul n’a pas changé et continue à exister, heureusement !

 Elle voudrait dire, Oui je me souviens parfaitement. Cet été là a été le dernier que j’ai passé en famille, un été douloureux, un été de solitude où nous n’étions déjà plus ensemble comme le montre la photo, une famille brisée. Un couple qui a fini son histoire, seul reste un enfant de quatre ans, tout petit, fragile, il donne la main à son papa sur la photo. A gauche de son père, se trouve l’ami qui publie aujourd’hui la photo crève-cœur, à sa gauche il y a la grand mère, à droite de son père il y a sa tante et à ses côtés, au premier rang, son cousin germain. Maman n’est pas là. Julie n’apparaît pas, elle n’est déjà plus là, tout est cassé, une douleur horrible lui saisit les tripes.

 Demain elle annulera la publication, trop difficile de voir la souffrance de son enfant, du père de son enfant et la sienne qui regarde la photo d’une époque qui n’existe plus. Elle ignore pourquoi cet ami, venu la visiter cet été là, a publié cette photo aujourd’hui ?

 Julie regarde encore la photo et elle y voit seulement son enfant qui semble interroger. Le visage tourné vers son père, la main tendue, en vain…

 Clic sur déconnexion.

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