Icônes révolutionnaires et sexe : c’est tout Cuba !

Posted: miércoles, 24 de abril de 2013 by magali in Etiquetas:
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Nadia Porras alias Maraya Shells, artista cubana
Silvio ne fut pas long à convaincre. Les nombreuses années de collaboration avec Yalili lui avaient permis d’apprécier sa sagesse.

Je crois que tu as raison, une pause nous fera du bien. De plus, j’ai utilisé tous les symboles de la nation pour tes cheveux, je considère que mon œuvre est complète. Il est temps que l’on se repose un peu ma chérie et que l’on passe à autre chose. Assieds-toi je vais chercher la tondeuse.

 

Délicatement Silvio se mit à tondre la chevelure sauvage que Yalili avait tressée. Cela lui prit un bon moment. Ils enroulèrent les tresses l’une après l’autre dans du papier journal et les rangèrent dans un carton. Yalili sentait les muscles de son cou se relâcher. Etait-ce l’effet du poids perdu ? Ou la certitude qu’elle venait de gagner sa liberté ? Silvio avait posé une caméra sur trépied avant de commencer la coupe qui allait immortaliser leur dernière œuvre : la tonte de Yalili.

 

J’ai peut-être un projet pour nous. Dit-il tranquillement.

 

Je me demandais bien pourquoi tu avais été aussi facile à convaincre, quel faux-jeton tu fais !

 

J’ai pensé qu’on pourrait tout raconter depuis notre première collaboration jusqu’à aujourd’hui.Tu imagines, depuis le jour de tes quinze ans ? jusqu’à aujourd’hui…

 

Voilà pourquoi tu t’es laissé convaincre, Silvio, tu avais une idée dernière la tête. C’est ta seule idée ?

 

Pas vraiment ! Mais ce qui advient, convient. Ecoute, tu arrives aujourd’hui sans prévenir, persuadée que tu dois tondre tes cheveux, j’aurais pu me taire, ne pas te toucher un mot de mes projets ou essayer de te convaincre de continuer, encore et encore… Non ! c’est pas Silvio ! Tu connais bien ton Silvio ma chérie… mais tu es ravissante ainsi ! Ton crâne est parfait ma belle, lisse, régulier comme s’il était d’ivoire. Alors qu’est-ce que tu en dis ?

 

Quoi ? Tu me parles de mon crâne ou de tes projets ? J’ai l’impression d’avoir toujours été chauve si tu veux savoir, je me découvre telle que je suis, j’aurais dû couper mes cheveux depuis bien longtemps. Pour le reste, il faut y réfléchir, mais je trouve l’idée séduisante.

 

J’avais presque oublié tes yeux ! Magnifiques ! Je crois bien qu’il fallait couper tes cheveux. Non, j’en suis sûr. Une nouvelle histoire qui commence ma chérie...

 

Je me sens beaucoup mieux ainsi, légère, comme une petite fille, et je ne te parle pas seulement du poids de mes cheveux. J’ai l’impression de naître une seconde fois. On aurait dû le faire avant d’accepter le rendez-vous chez le général, l’excuse aurait été toute trouvée. Quelle idiote j’ai fait, merde ! Excuse-moi Silvio.

 

Non, tu as parfaitement raison, merde et re-merde. Le mieux est de ne plus y penser et d’utiliser les cinq cents dollars. Ce qui advient, convient, tu le sais bien. Eh bien voilà ! C’est fini, on ne travaillera plus pour eux, on va travailler pour nous, en indépendant désormais, en free-lance, sweet honey. C’est simple.

 

Nadia Porras alias Maraya Shells, artista cubana
 
Oui, c’est simple, mais cinq cents dollars c’est quoi aujourd’hui ? Plus j’y pense et plus je me demande qui a bien pu nous prendre pour des crèves la faim.

Des crèves la faim, peut-être chérie… mais des crèves la faim libres, c’est le plus important. Nous aurons besoin de cet argent, en supposant que ta mère ne l’ai pas dépensé.

 

Ma mère ? Qu’est-ce que tu vas chercher là ? Tu sais bien qu’elle les a rangés.

 

Oui bien sûr. Alors écoute, on va choisir tes meilleures photos et les imprimer en sérigraphie à la mémoire de notre aventure. Je suis sûr que cela plairait beaucoup aux touristes car nous avons représenté tous les symboles nationaux, lors des plus grands actes de notre calendrier officiel et tu étais véritablement très très sexy mon cœur. Rappelle-toi… Les ingrédients y sont ! Icônes révolutionnaires et sexe : c’est tout Cuba !

Nadia Porras alias Maraya Shells, artista cubana
 

Tu crois ? J’étais sexy … ce serait un livre d’histoire en somme ! Facile à emballer, léger, prêt à parcourir tous les miles à la gloire de notre Révolution, c’est génial !

 

Chérie, tu sais bien que les touristes disent toujours qu’ils sont fauchés... Il nous faut donc fabriquer une série où chaque objet serait vendu à l’unité, chacun avec ton effigie à la gloire de la nation, un objet révolutionnaire en somme. De belles sérigraphies sur métal, bois, papier, carton, ou même sur du verre. Tu vois ça ? A nous les dollars ma chérie ! Pas cinq cents misérables dollars à se partager ! Mille, cinq mille et ce ne sera qu’un début !

Vernissage

Posted: martes, 9 de abril de 2013 by magali in Etiquetas:
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Ma chère,

Quel plaisir que tu te souviennes de moi de temps en temps !

Hier quand tu m’as envoyé ton message j’étais à un vernissage très réussi. Deux artistes y exposaient leurs sculptures et confrontaient ainsi leur monde, créant comme un nouveau monde commun le temps d’une exposition. Oui c’était vraiment très réussi. Je t’enverrai quelques photos si je peux car je n’avais pas pris mon appareil.

Figure-toi- que j’ai rencontré Félix sur le chemin et il m’a accompagnée. Je me demande où il pouvait bien aller tout seul à 7 heures du soir ? En tout cas il a bien voulu m’accompagner et il m’a emboîté le pas comme s’il m’attendait pour aller à l’expo. Tout s’est bien passé jusqu’au moment où il s’est approché des boissons et a commencé à lever le coude sans plus de manière. En moins d’une heure il était éméché, à boire, à boire sans gêne. Je n’ai rien osé dire et j’ai fait comme si de rien n’était.

Ensuite nous sommes allés dîner dans un restaurant asiatique. Nous étions un petit groupe qui s’était formé. Là, il a demandé du vin et a continué à boire en mangeant. Quand le patron du restaurant nous a invité à un verre d’alcool de riz, Félix a accepté avec enthousiasme et a même demandé un second verre sous prétexte que l’alcool de riz lui plaisait énormément. Pendant tout le repas il a beaucoup parlé et a donné des leçons à tout le monde, prenant chaque idée à contre pied comme ça, juste pour le plaisir de s’écouter parler. Sa voix portait dans toute la salle du restaurant. J’ai surpris quelques regards vers notre table à plusieurs reprises.

Le pire c’est qu’il a voulu aller aux toilettes, elles étaient occupées et il s’est mis à faire des commentaires devant la porte des toilettes, debout devant tout le monde. Il disait je me demande bien ce qu’il a mangé celui-là, il n’a pas l’air pressé de sortir et il semblait content de lui, un large sourire idiot sur les lèvres. Vraiment très élégant comme tu peux voir. J’avais hâte que la fin du repas arrive.

En sortant il a parlé au patron comme s’il le connaissait depuis toujours, il lui a même tapé sur l’épaule et lui a dit que la prochaine fois il espérait bien avoir une double ration ! Comme s’il n’avait pas assez mangé ! Heureusement à ce moment là tout le monde se dirigeait vers la sortie et j’espère être la seule à l’avoir entendu car j’étais juste derrière lui. J’ai craint un moment qu’il ne demande un troisième verre d’alcool de riz ! Mais finalement non.

Quand il a voulu m’accompagner jusqu’à la maison, tu penses bien que j’ai refusé. Il avait l’air aussi gluant que le riz chinois peut l’être. Je me suis échappée en un clin d’œil.

Voilà ma chère pourquoi tu as pensé à moi hier. Je suis rentrée seule et un peu en colère. Heureusement l’exposition était très réussie.
Pauvre Félix !

Pregúntame, Alejandro Campins, 2008

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