Somme de mon père

Posted: jueves, 21 de febrero de 2013 by magali in Etiquetas:
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TRADUCTION A ma grande surprise... Une initiative en allemand autour de mon texte, pour moi méditérranéenne dans l'âme la surprise est de taille. Ce texte vit sa vie, bonne lecture !

Somme de mon père / Summe meines Vaters, de Magali Junique

Traduit en allemand par Florence Ludi, relecture par Ina Klopfer
 
Installation sans titre, de Sandra RamosZeitungen rascheln unter den Füßen. Der Boden ist bedeckt damit und das Bett auch. Er liegt und hält die Seiten vor sich ausgebreitet. Kleine, diskrete Schritte, dünnes Klopfen an der Tür. Beim Reinkommen ins Schlafzimmer gibt es keine Freudenausbrüche noch Spontanität. Das Laken zeichnet und versteckt seinen Körper. Zwei ausgestreckte Arme zeugen allein von seiner Anwesenheit hinter der Zeitung. Die Kleinen stehen schon Schlange, im Pyjama und mit Pantoffeln an den Füßen. Eine klettert aufs Bett, dann die andere, sie kniet sich neben ihn und küsst rasch die hingehaltene Wange.
Gut’ Nacht!
Gut’ Nacht!
Gut’ Nacht!
Er hat drei Mal seine Wange hingehalten und vertieft sich schon wieder in seine Lektüre. Nicht einmal das Gesicht gedreht hat er, bloß die Wange hingehalten. So endet das Zeremoniell, eine klettert vom Bett runter, dann die andere und macht Platz für die nächste… Jede bekommt denselben, abgemachten Platz. Nicht mehr, nicht weniger. Befreit drehen sie ihm nun den Rücken zu. Kurz wetteifert der geblümte Stoff eines Pyjamas mit der weißen, von schwarzen Zeichen übersäten Doppelseite der Zeitung, die auf der Tagesdecke liegt. Rosa Stoff, fade Blumen, spielende Katzenbabys, Schaumbälle verlassen das Zimmer. Er hat die Zeitung nicht ganz losgelassen, ja nicht die Seite verlieren…
Noch was? Macht die Tür zu!

Texte original

Bild : Installation ohne Titel, von Sandra Ramos, 1997

Colérance

Posted: martes, 5 de febrero de 2013 by magali in Etiquetas:
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En ce mois de juin le climat méditerranéen reste capricieux. Ariel entend régulièrement les conversations autour de lui, le temps est un thème favoris chez tous. Cela l'avait étonné les premières années qu'il avait passées en France mais après plusieurs années lui-même se prend à opiner, à espérer, à maudire, à commenter le ciel, les nuages, le vent, le soleil ou son absence. Domi et lui partagent plusieurs mètres carrés, beaucoup plus que ce qu'il a comptabilisé pendant toutes ses années de vie à Cuba. Leur appartement  lui plaît, il en a pris de nombreuses photos avec l'idée de les envoyer à sa famille là-bas, finalement il s'est repris et ne l'a pas fait, à quoi bon ?
Ariel attend qu'arrive la fin de la semaine avec impatience. C'est aussi un thème de conversation : qu'est-ce qu'on va faire ce week-end ? En général ils reçoivent leurs amis et profitent ainsi dès le beau mois de mai de la petite cour coincée au milieu des cours avoisinantes.

Cette année l'été promet d'être chaud, une nouvelle voisine est arrivée dans l'appartement en face, de l'autre côté de la petite cour. Ses dreadlocks sont blonds, sa musique indienne, ses pétards nombreux, ses copains tous pareils : tolérants et cools comme elle. Ariel en est bouche-bée : il est presque 6h du matin, il n'a pas dormi à cause de la musique là, en face, à cause des conversations à haute voix et maintenant un bruit de tuiles qui craquent, des rires... Il se lève fatigué, jette un coup d'oeil en face, que se passe-t-il ? Ils sont sur le toit. La voisine et ses amis se sont installés en cercle sur le toit.

- Qu'est-ce que vous faites sur le toit ? Vous vous prenez pour des oiseaux ?

- Qu'est ce que ça peut te foutre ? Si j'ai envie de monter voir le lever du soleil sur le toit et même sur la cheminée si ça me chante ?

- Eh bien il est presque 6h du matin, j'ai entendu votre musique toute la nuit, maintenant vous êtes sur le toit. Je crois que vous n'avez pas bien compris comment ça fonctionne ici, le modus vivendi...

- Moi je suis libre, je ne m'occupe pas des autres, retourne dans ta cour ou plutôt retourne dans ta cuisine. Et si tu veux appelle la police, de toute façon elle viendra pas !

- Qui parle de police ? Je m'adresse à vous et vous dis simplement que vous me génez, vous génez tout le monde en fait, on ne peut pas vivre les fenêtres fermées, ni la nuit, ni le jour. Vous devriez vous rendre compte de ce qui se passe autour de vous, du calme dans ces cours, se sont des lieux d'intimité, de repos, personne ne grimpe sur le mur de personne, alors sur le toit !
 
- Si t'es pas content va à la campagne ou retourne dans la jungle, ici c'est Cosmopolis tu comprends ? C'est la ville, tu peux pas vivre cloisonné. Y'a du monde autour, tu piges ?

Ariel se demande s'il est devenu intolérant ?
Il se souvient de sa famille nombreuse pour qui chaque mètre carré est compté dans cette minuscule maison qu'ils partagent et dans laquelle chacun respecte chacun.
Ici l'espace ne suffit pas, ne suffit plus, monter sur les toits pour se sentir libre. Il n'y avait jamais pensé.
Quel courage ! Quelle prise de risque ! Quel engagement ! Bravo !
Ariel observe encore la scène, la voisine et sa troupe sont descendus, ils jubilent, ils s'escaffent. Ariel maudit les dreadlocks blonds, la musique indienne, les pétards nombreux, les copains tous pareils tolérants et cools. Puis il éclate de rire, quelqu'un a oublié son portable sur le toit.

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