Cette pauvre Samantha !

Posted: martes, 11 de septiembre de 2012 by magali in Etiquetas:
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Yalili s’étonna elle-même. Le feuilleton lui avait fait oublier l’épisode des billets mystérieux : elle s’indigna avec la pauvre Samantha ; elle respira plus vite quand Samantha accepta enfin de parler en tête à tête à sa sœur et d’éclaircir maintenant l’infidélité de son mari ; elle rougit quand les voisins regardèrent passer sans vergogne la pauvre Samantha (doublement trahie par son époux et par sa sœur).

 Samantha traversa seule toute la ville pour se rendre à la terrasse d’une cafétéria bien en vue, l’endroit du rendez-vous fixé par sa traîtresse de sœur. Les messes basses fusaient à son passage : la boulangère jusque là amie de la famille regardait Samantha avec l’air de dire, voilà ce qui arrive quand on est incapable de retenir son homme ! C’est tout juste si elle n’accusa pas Samantha d’être responsable de cette grossesse incestueuse.

 Yalili sentait son cœur se serrer et la colère grandir en elle. Pourquoi les femmes de ce pays ne sont-elles pas solidaires ? Pourquoi accabler cette pauvre Samantha déjà bien éprouvée ?

 Samantha s’assit enfin à la terrasse de la cafétéria et quelques minutes après sa sœur prit place face à elle. Le suspens était à son comble, qu’allait-il se passer entre les deux sœurs ennemies ?

 Yalili sentait confusément que l’épisode allait s’achever. Le propre des feuilletons était d’aiguiser la curiosité des auditeurs et de découper chaque épisode afin qu’il finisse sur un moment culminant dont le dénouement ne serait révélé que le lendemain et parfois même le surlendemain. Alors les pronostics iraient bon train entre les partisans de Samantha, ceux de la sœur de cette dernière et ceux du mari infidèle. Dans ce pays de conteurs et de raconteurs, les conversations auraient assurément autant de piquant, et parfois plus de rebondissements que la conversation fatidique des deux sœurs. En effet, la musique du générique retentit avec un dernier plan sur le visage de cette pauvre Samantha qui affichait un regard entre chien battu et chien méchant. Yalili se leva pour boire un verre d’eau fraîche. Elle se demanda un instant si Samantha allait gifler sa sœur en public ou lui parler de façon civilisée. Elle se demanda surtout ce qu’elle aurait fait dans un pareil cas, impossible à dire puisqu’elle n’avait ni sœur, ni mari. Après tout finit-elle par dire à sa mère, elle n’a qu’à se débrouiller avec son histoire cette Samantha, moi je me débrouille aussi avec la mienne et personne dans ce pays ne s’intéresse à ce qui pourrait bien m’arriver. Qu’elle aille se faire voir avec sa sœur et son mari, quelle emmerdeuse !

Yalili avait déjà oublié l’empathie et la compassion ressenties quelques minutes auparavant. Peut-être l’effet du verre d’eau froide ? La mère de Yalili regardait sa fille étonnée, comment peux-tu comparer un instant l’histoire de cette pauvre Samantha avec la tienne ? Tu oublies que je vais chez ta marraine demain ? Ce qui advient, convient ma fille. Ces billets sont arrivés à toi pour une raison que nous aurons vite comprise et alors crois-moi tout deviendra clair. Va faire un tour, change-toi les idées, d’ici à demain il y a peu à attendre. Yalili s’étira, bailla, jeta un regard dans le miroir de la cuisine, pas mal, les cheveux tressés lui allaient bien, son reflet lui renvoyait un visage au regard de biche, pas de chien battu ni de chien méchant à l’horizon. Elle sourit face au miroir, prit son sac à main et décida qu’elle allait suivre les conseils de sa mère et sortir faire un tour.
Gustavo Peña, artista dominicano
En passant devant la boulangerie elle ne put s’empêcher de lorgner vers la boulangère qui appuyée nonchalamment un coude sur le comptoir, semblait à moitié assoupie et fit un léger signe de la main en direction de Yalili qui lui trouva un regard de chien méchant, aussi elle l’ignora superbement. Qu’elle vende son pain !

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