Amorcito lindo

Posted: domingo, 10 de junio de 2012 by magali in Etiquetas:
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Israel Tamayo- artista cubano - Boda en bicicleta, colografía
L’autre gare toujours sa voiture au même endroit, à la même heure, le même jour de la semaine.
Mon bel amour, mi amorcito lindo.

L’autre s’assoit toujours sur la même chaise autour de la table de la cuisine. Il accepte toujours le même verre de limonade fraîche que je lui tends.

Mon petit amour, mon amour. Tu es là, tu es encore et toujours là.

L’autre monte toujours le son de la télévision avant d’entrer dans ma chambre.

Mon bel amour est là, avec moi. Je le sais bien.

L’autre pose toujours ses vêtements avec le même soin sur la chaise au pied du lit, malgré la hâte qui le tenaille. Il est excité, je le vois à son sexe déjà prêt.

Mon bel amour aussi est dans la chambre. Cette chambre loin de l’endroit où l’on s’est aimés. Cette chambre que j’ai louée en ville après l ‘accident.

L’autre bouge toujours de la même façon, il murmure à mon oreille les mêmes mots. Cela l’excite visiblement.

Mon amour est à sa place, tout près, là. Mon amorcito lindo, sur la table de chevet.

L’autre a bientôt fini. Je le sais à la cadence et puis il transpire toujours un peu, juste avant.

Dans le cadre à photo, mi amorcito lindo veille. Sa photo rangée derrière la photo qui apparaît dans le cadre, celle où j’apparais de face, jolie. J’ai sur les lèvres le sourire que je lui adresse. J’ai dans le regard tout mon amour pour lui, lui veille, derrière ma photo. Mon petit fiancé, mi noviecito lindo.

L’autre est entré dans la salle de bain. Il utilise la petite serviette que je pose toujours pour lui en équilibre sur le bord du lavabo.

Je m’habille dans la chambre, sous le regard caché de mon bel amour. Je regagne la cuisine.

L’autre occupe à nouveau la même chaise autour de la table de la cuisine. Il veut m’inviter bientôt à déjeuner dans un bon restaurant. Pas aujourd’hui, il n’a pas le temps. Comme toujours. J’acquiesce en silence. Il parle maintenant de cet appartement où nous allons nous installer, bientôt, très bientôt, comme toujours.

Mon amour n’a pas eu le temps, nous n’avons pas eu le temps de nous marier, de nous installer, juste de nous aimer. Puis l’accident est arrivé.

L’autre parle toujours de nos projets, c’est le même monologue post-coïtal. Puis il regarde l’horloge de la cuisine et toujours après l’heure à sa montre.

Mon bel amour, nous n’avions pas l’éternité. Nous l’ignorions. Tu n’as pas eu le temps de le savoir puisque ta moto t’a emporté loin de moi, loin de nos projets. La mort t’a fauché en plein amour. Mon petit fiancé.

L’autre se lève, il doit y aller. Il dit toujours que c’est pour le loyer ou pour les courses de la semaine, que je verrai bien. Il laisse les billets sur la table de la cuisine. Comme toujours. Oui je verrai bien.

Mon bel amour, mon tendre amour, mi amorcito lindo.

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