La chanson française, publication revue étoile d'encre, Sous le signe du multiple

Posted: jueves, 3 de mayo de 2012 by magali in
0

http://www.chevre-feuille.fr/index.php/la-revue-etoile-d-encre/sous-le-signe-du-multiple.html

Deux articles publiés dans cette belle revue....
La chanson française, rubrique Variations

Israel Tamayo, los músicos


Travailler en chantant est dans ses habitudes cubaines. Travailler en fredonnant plus exactement. D'abord parce que depuis quatre ans qu'il est en France il ne connait pas encore vraiment bien les paroles des chansons françaises et puis l'endroit  n'est pas vraiment propice au chant, seulement au fredonnement. Luis se donne du coeur à l'ouvrage en fredonnant les airs que lui inspirent les circonstances. « Sur l'écran noir de mes nuits blanches...Moi je me fais du cinéma, Sans pognon et sans caméra, lalalalalalalalalalalala.... Sur l'écran noir de mes nuits blanches. » Le drap blanc est tendu, il peut commencer. Il trempe lentement l'éponge dans le plat, l'imbibe d'eau tiède savonneuse et légèrement parfumée. Il passe le bras de l'autre côté et commence à promener l'éponge tout doucement.. « La pluie fait des claquettes sur le trottoir à minuit, bip,bip,bip....la pluie, lalalalalala bip,bip,bip...la pluie » Quelques gouttes d'eau tombent. Il sait qu'il va répéter l'opération vingt, trente fois, jusqu'à ce qu'il termine doucement, patiemment.

Les yeux étonnés de Marie-Louise se posent sur lui. « Armstrong, je ne suis pas noir, je suis blanc de peau, lalalalalalala ». Il lui sourit, la soutient, tandis qu'elle parcourt les quelques mètres jusqu'au fauteuil. « Armstrong, un jour, tôt ou tard, on n'est que des os. Est-ce que les tiens seront noirs? Ce serait rigolo Allez, lalala,lala, Noir et blanc sont ressemblants comme deux gouttes d'eau, lalalalala » Le bras maigre de Marie-Louise, son dos courbé. Le sourire resplandissant de Luis à quelques centimètres de son visage.

 Un peu plus tard Luis démarre sa voiture sur le parking. Un regard machinal, une lecture automatique des lettres peintes en mauve sur la façade du bâtiment qu'il vient de quitter : « Les lilas ». Alors seul dans sa voiture, il se lâche, la journée de travail est terminée, il entonne à pleins poumons, il chante, il s’égosille : « Montmartre en ce temps-là. Accrochait ces lilas jusque sous nos fenêtres, lalalalala... ». La maison de retraite s’éloigne déjà dans son rétroviseur.

Marie-Louise, Henria, Germaine Garnier, née en 1935 en France, à Fabrègues, département de l'Hérault, (34), fille de Josette, Marie, Jeanne Fayon et de Louis, Séraphin, Henri Garnier, n'est plus très sure de savoir pourquoi elle est là. Elle  ignore aussi combien de temps elle y restera. Et  surtout pourquoi c'est un grand noir qu’elle est presque sûre de ne pas connaître, qui chante tout le temps, qui vient lui faire sa toilette ?

0 comentarios:

LinkWithin