Qu'il aille danser si cela lui chante

Posted: lunes, 26 de marzo de 2012 by magali in Etiquetas:
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Johermes Quiala Brooks, artista cubano
Les cinq billets de 100 dollars venaient éclairer une question que Silvio avait déjà tranchée depuis longtemps. L’amour romantique oui, à condition qu’on le paye pour cela. Eh bien ma chérie on dirait que tu as un admirateur… Ou une admiratrice… ajouta-t-il en riant. Et maintenant qu’est-ce qu’on va faire ? S’inquiéta Yalili à qui l’idée qu’un inconnu l’achète ne plaisait absolument pas. Comment ça, qu’est-ce qu’on va faire ? La première chose qui me vient à l’idée c’est qu’on aille ce soir au Tropicana manger et boire comme des reines ! Qu’en dis-tu ?

 Qu’en dis-tu ? Silvio ! Je te demande ce qu’on va faire ? Va-t-on accepter cet argent ?
 Mais il est déjà trop tard pour le refuser, réveille-toi ! A qui diable veux-tu le rendre ? Même si tu refais en mémoire le trajet aveugle qui t’a fait  parcourir le salon du Général ni toi, ni moi, ne savons qui étaient les invités ce soir et encore moins à quelle place ils étaient installés. Je suis partant qu’on claque immédiatement cet argent. Tu achètes quelques bougies pour les Saints, une bouteille de rhum, un bon cigare et un gros gâteau, ta mère se chargera de remettre tout ça entre de bonnes mains. Ensuite tu me permets d’allumer l’autel d’Ochún au salon de coiffure, on va la remercier ensemble si cela peut te faire du bien. Ensuite on sort tranquillement chérie ! Je te garantie un look discret et irrésistible à la fois. Alors ?
 Je crois que tu as perdu la tête. Ces billets ne me disent rien qui vaille, tu parles d’un admirateur mais on cherche peut-être à nous tester. Je crois que tu devrais remettre l’argent à l’intermédiaire du Général et lui dire qu’il aille danser si cela lui chante ! Si tu veux aller avec lui au Tropicana libre à toi mais ne compte pas sur moi. Cet argent pue Silvio.
 Tu ressembles à une vraie chochotte aujourd’hui… Nue comme un ver et à philosopher sur le pourquoi et le comment… On va réfléchir un peu, range les billets et dans quelques jours on en parle à nouveau. Après tout tu as peut-être raison. Maintenant viens que je te démaquille et habille-toi ou tu comptes rester nue et envenimer la situation. Toutes des allumeuses ! à compliquer les choses... Maintenant que tu m’as mis ces idées en tête je n’ai même plus envie d’aller manger, tu m’as coupé la faim.
 La mère de Yalili hocha plusieurs fois la tête à la vue des dollars. Ces sourcils froncés montraient ce qu’elle ne voulait pas dire à haute voix. Elle empoigna l’argent et le rangea dans l’armoire de sa chambre. Cette armoire contenait tous les secrets de famille que la mère de Yalili y avait enserrés depuis des années et des années. Actes de naissance, certificats en tous genres, papiers d’identité, réserve de riz et de sucre, garde robe masculine (souvenirs d’amants ? ou des hommes de la famille ? a moins que ce soient les mêmes ? ) garde robe féminine, garde robe du bébé et de la petite fille que Yalili avait été, peignes, rubans, draps, feuilles aromatiques, bijoux (en toc malheureusement), photos de toutes les époques coincées dans les pages de plusieurs livres, scapulaires compliqués, bougies neuves, pelotes de fil, sacs en plastiques, vieilles clés, lettres jaunies, reçus d’électricité, et bien d’autres choses encore que seule la mère de Yalili connaissait. Parmi une telle quantité d’objets, les billets y seraient introuvables, une aiguille dans une botte de foin.
Après avoir tourné la clé de l’armoire qu’elle mit à son habitude dans son soutien-gorge la mère de Yalili s’installa devant la télé, il était 15 heures, l’heure de la rediffusion de son feuilleton préféré. Installée dans son fauteuil à bascule, les yeux rivés sur l’écran de la télévision elle dit enfin à Yalili. Demain j’irai voir la marraine. Repose toi maintenant, assieds-toi et regarde le feuilleton avec moi, regarde donc cette  pauvre Samantha dont le mari a engrossé la sœur, sans parler de sa mère qui en est devenue folle de douleur, tu vois tu n’es pas la seule à avoir des soucis ma fille. 

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