Le grand zoo

Posted: jueves, 8 de marzo de 2012 by magali in Etiquetas:
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Cours chez Cucha et demande-lui de me prêter son mixeur. Ces foutues bananes aujourd’hui, hier et certainement demain, rien que leur odeur me fait penser à un discours du Granma. A croire que rien ne changera jamais dans ce foutu  pays de foutues bananes. A croire que nous sommes des singes, des orangs-outans… Voilà ce que nous sommes, cours, file, dépêche-toi donc.
 Quand ma mère commençait un de ces discours entre auto-dérision et critique politique le mieux en effet était de filer chez Cucha, chez Cachita, chez Pilar ou comme on dit ici, d’aller au Diable. Ce jour là c’est chez Cucha que je devais aller à cause du mixeur.
 Bonjour mon fils comment vas-tu ? Le mixeur ? Oui prends le mixeur, Mireya ! Sors le mixeur pour le fils de Nilda, dépêche-toi ma fille. Dis bien à ta mère qu’elle me le ramène plus tard, aujourd’hui je n’en ai pas besoin. Que pourrais-je bien mixer ? Mixer de l’air, de l’eau et encore il n’y a pas toujours d’eau. Enfin, c’est ainsi. Aujourd’hui quand je suis arrivée au marché il n’y avait déjà plus de bananes, à 80 centimes de pesos le kilo, tu penses bien qu’elles sont parties comme des petits pains. A l’heure qu’il est on doit certainement les trouver chez les vendeurs de rue qui se chargeront de nous les faire payer le double, ou le triple. Maintenant rien ne les arrête, c’est la vente libre. Libre, en ce qui me concerne libre de rien du tout, ou veux-tu trouver l’argent pour acheter leurs bananes, qu’ils les donnent aux singes du zoo s’ils veulent, moi je n’y mettrai pas un centime de plus. Des bananes comme si c’était du steak.  Je ne veux pas être grossière sinon je te dirai bien où ils peuvent se les mettre leurs bananes. Pendant que j’y pense tu pourrais demander à ta mère qu’elle me prête son fer à repasser, j’ai une pile de chemises qui m’attend. Et quand il n’y a même pas d’argent pour des bananes comment y en aurait il pour un fer à repasser. Tu n’oublieras pas ? Je t’attends mon fils, cours, file.
 Le discours de Cucha commençait, s’organisait et finissait comme celui de ma mère. Je n’aurais pas risqué de répondre un traître mot, d’ailleurs ni l’une ni l’autre n’en aurait fait grand cas. Je préférais regarder Mireya debout pieds nus sur le tabouret de la cuisine qui s’étirait pour atteindre le mixeur sur la dernière étagère du buffet, sa jupe courte, son petit haut à fines bretelles. En y regardant bien je lui vis les jambes poilues, les aisselles poilues et même ses bras étaient couverts d’un duvet noir. Ils étaient longs et agiles et elle les tenait levés pour atteindre l’appareil j’avais l’impression que son tronc était plus long que ses jambes qui étaient arquées. De profil je voyais son nez plat et large, ses lèvres charnues, une petite oreille minuscule et ses cheveux mi longs qui ressemblaient à une petite crinière d’animal autour de son visage brun.
Je fermais les yeux, non, ma mère et Cucha avec leurs discours sur les bananes ne me feraient pas perdre raison. D’ailleurs tout le monde s’accordait à dire dans le quartier que Mireya, la fille de Cucha, était très belle et que dès qu’elle atteindrait ses quinze ans les hommes mûrs n’auraient qu’à bien se tenir.

1 comentarios:

  1. Anónimo says:

    me gusto mucho, me he reido bastante

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