Chacun cherche son Che

Posted: jueves, 29 de marzo de 2012 by magali in Etiquetas:
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Quand les latines s'en mêlent ça décoiffe !
Récits dont le fil conducteur pourrait être un certain regard sur Cuba à moins que ce ne soit un certain regard cubain ?
Du 10 au 15 avril présentation des livrets à l'Annexe des Beaux Arts avec une lecture spéciale de textes choisis par Charo Beltrán le jeudi 12 avril à 19h00.

Qu'il aille danser si cela lui chante

Posted: lunes, 26 de marzo de 2012 by magali in Etiquetas:
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Johermes Quiala Brooks, artista cubano
Les cinq billets de 100 dollars venaient éclairer une question que Silvio avait déjà tranchée depuis longtemps. L’amour romantique oui, à condition qu’on le paye pour cela. Eh bien ma chérie on dirait que tu as un admirateur… Ou une admiratrice… ajouta-t-il en riant. Et maintenant qu’est-ce qu’on va faire ? S’inquiéta Yalili à qui l’idée qu’un inconnu l’achète ne plaisait absolument pas. Comment ça, qu’est-ce qu’on va faire ? La première chose qui me vient à l’idée c’est qu’on aille ce soir au Tropicana manger et boire comme des reines ! Qu’en dis-tu ?

 Qu’en dis-tu ? Silvio ! Je te demande ce qu’on va faire ? Va-t-on accepter cet argent ?
 Mais il est déjà trop tard pour le refuser, réveille-toi ! A qui diable veux-tu le rendre ? Même si tu refais en mémoire le trajet aveugle qui t’a fait  parcourir le salon du Général ni toi, ni moi, ne savons qui étaient les invités ce soir et encore moins à quelle place ils étaient installés. Je suis partant qu’on claque immédiatement cet argent. Tu achètes quelques bougies pour les Saints, une bouteille de rhum, un bon cigare et un gros gâteau, ta mère se chargera de remettre tout ça entre de bonnes mains. Ensuite tu me permets d’allumer l’autel d’Ochún au salon de coiffure, on va la remercier ensemble si cela peut te faire du bien. Ensuite on sort tranquillement chérie ! Je te garantie un look discret et irrésistible à la fois. Alors ?
 Je crois que tu as perdu la tête. Ces billets ne me disent rien qui vaille, tu parles d’un admirateur mais on cherche peut-être à nous tester. Je crois que tu devrais remettre l’argent à l’intermédiaire du Général et lui dire qu’il aille danser si cela lui chante ! Si tu veux aller avec lui au Tropicana libre à toi mais ne compte pas sur moi. Cet argent pue Silvio.
 Tu ressembles à une vraie chochotte aujourd’hui… Nue comme un ver et à philosopher sur le pourquoi et le comment… On va réfléchir un peu, range les billets et dans quelques jours on en parle à nouveau. Après tout tu as peut-être raison. Maintenant viens que je te démaquille et habille-toi ou tu comptes rester nue et envenimer la situation. Toutes des allumeuses ! à compliquer les choses... Maintenant que tu m’as mis ces idées en tête je n’ai même plus envie d’aller manger, tu m’as coupé la faim.
 La mère de Yalili hocha plusieurs fois la tête à la vue des dollars. Ces sourcils froncés montraient ce qu’elle ne voulait pas dire à haute voix. Elle empoigna l’argent et le rangea dans l’armoire de sa chambre. Cette armoire contenait tous les secrets de famille que la mère de Yalili y avait enserrés depuis des années et des années. Actes de naissance, certificats en tous genres, papiers d’identité, réserve de riz et de sucre, garde robe masculine (souvenirs d’amants ? ou des hommes de la famille ? a moins que ce soient les mêmes ? ) garde robe féminine, garde robe du bébé et de la petite fille que Yalili avait été, peignes, rubans, draps, feuilles aromatiques, bijoux (en toc malheureusement), photos de toutes les époques coincées dans les pages de plusieurs livres, scapulaires compliqués, bougies neuves, pelotes de fil, sacs en plastiques, vieilles clés, lettres jaunies, reçus d’électricité, et bien d’autres choses encore que seule la mère de Yalili connaissait. Parmi une telle quantité d’objets, les billets y seraient introuvables, une aiguille dans une botte de foin.
Après avoir tourné la clé de l’armoire qu’elle mit à son habitude dans son soutien-gorge la mère de Yalili s’installa devant la télé, il était 15 heures, l’heure de la rediffusion de son feuilleton préféré. Installée dans son fauteuil à bascule, les yeux rivés sur l’écran de la télévision elle dit enfin à Yalili. Demain j’irai voir la marraine. Repose toi maintenant, assieds-toi et regarde le feuilleton avec moi, regarde donc cette  pauvre Samantha dont le mari a engrossé la sœur, sans parler de sa mère qui en est devenue folle de douleur, tu vois tu n’es pas la seule à avoir des soucis ma fille. 

Tout à voir - rien à vendre

Posted: martes, 13 de marzo de 2012 by magali in Etiquetas:
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Le grand zoo

Posted: jueves, 8 de marzo de 2012 by magali in Etiquetas:
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Cours chez Cucha et demande-lui de me prêter son mixeur. Ces foutues bananes aujourd’hui, hier et certainement demain, rien que leur odeur me fait penser à un discours du Granma. A croire que rien ne changera jamais dans ce foutu  pays de foutues bananes. A croire que nous sommes des singes, des orangs-outans… Voilà ce que nous sommes, cours, file, dépêche-toi donc.
 Quand ma mère commençait un de ces discours entre auto-dérision et critique politique le mieux en effet était de filer chez Cucha, chez Cachita, chez Pilar ou comme on dit ici, d’aller au Diable. Ce jour là c’est chez Cucha que je devais aller à cause du mixeur.
 Bonjour mon fils comment vas-tu ? Le mixeur ? Oui prends le mixeur, Mireya ! Sors le mixeur pour le fils de Nilda, dépêche-toi ma fille. Dis bien à ta mère qu’elle me le ramène plus tard, aujourd’hui je n’en ai pas besoin. Que pourrais-je bien mixer ? Mixer de l’air, de l’eau et encore il n’y a pas toujours d’eau. Enfin, c’est ainsi. Aujourd’hui quand je suis arrivée au marché il n’y avait déjà plus de bananes, à 80 centimes de pesos le kilo, tu penses bien qu’elles sont parties comme des petits pains. A l’heure qu’il est on doit certainement les trouver chez les vendeurs de rue qui se chargeront de nous les faire payer le double, ou le triple. Maintenant rien ne les arrête, c’est la vente libre. Libre, en ce qui me concerne libre de rien du tout, ou veux-tu trouver l’argent pour acheter leurs bananes, qu’ils les donnent aux singes du zoo s’ils veulent, moi je n’y mettrai pas un centime de plus. Des bananes comme si c’était du steak.  Je ne veux pas être grossière sinon je te dirai bien où ils peuvent se les mettre leurs bananes. Pendant que j’y pense tu pourrais demander à ta mère qu’elle me prête son fer à repasser, j’ai une pile de chemises qui m’attend. Et quand il n’y a même pas d’argent pour des bananes comment y en aurait il pour un fer à repasser. Tu n’oublieras pas ? Je t’attends mon fils, cours, file.
 Le discours de Cucha commençait, s’organisait et finissait comme celui de ma mère. Je n’aurais pas risqué de répondre un traître mot, d’ailleurs ni l’une ni l’autre n’en aurait fait grand cas. Je préférais regarder Mireya debout pieds nus sur le tabouret de la cuisine qui s’étirait pour atteindre le mixeur sur la dernière étagère du buffet, sa jupe courte, son petit haut à fines bretelles. En y regardant bien je lui vis les jambes poilues, les aisselles poilues et même ses bras étaient couverts d’un duvet noir. Ils étaient longs et agiles et elle les tenait levés pour atteindre l’appareil j’avais l’impression que son tronc était plus long que ses jambes qui étaient arquées. De profil je voyais son nez plat et large, ses lèvres charnues, une petite oreille minuscule et ses cheveux mi longs qui ressemblaient à une petite crinière d’animal autour de son visage brun.
Je fermais les yeux, non, ma mère et Cucha avec leurs discours sur les bananes ne me feraient pas perdre raison. D’ailleurs tout le monde s’accordait à dire dans le quartier que Mireya, la fille de Cucha, était très belle et que dès qu’elle atteindrait ses quinze ans les hommes mûrs n’auraient qu’à bien se tenir.

Laisse-moi te raconter des images

Posted: domingo, 4 de marzo de 2012 by magali in Etiquetas:
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raul cordero, 11 diferencias 1 y 2, 1998
PHOTO 1. PLAN ITALIEN INTERIEUR DE LA SALLE DES MARIAGES DU TRIBUNAL INTERNATIONAL DE SANTIAGO DE CUBA. Les mariés posent seuls devant un miroir. Bijou colonial au cadre sculpté en bois d’acajou sombre. On voit leur reflet de dos dans le miroir. Sur la photo Yotuel, de profil, regarde la mariée avec tendresse, il la tient par le cou comme un petit oiseau serré contre lui. Qu’elle est jolie ! Yotuel regarde la petite poupée qu’il a dans les bras, sa femme depuis sept ans jour pour jour. La mariée, de face, regarde l’objectif.
Où regardais-tu pendant que je te donnais un baiser ? Tu ne me regardais même pas, moi je te dévorais des yeux.
 PHOTO 2. PLAN DE DEMI ENSEMBLE INTERIEUR SALLE DES MARIAGES. Les mariés sont assis dans de gros fauteuils de style colonial en bois d’acajou de couleur sombre, assises et dossiers revêtus de velours rouge. Ils sont face à l’avocate qui les marie, assise de l’autre côté d’un énorme bureau en bois d’acajou également. Ils écoutent attentivement son discours. Debout à leur droite, Marcelo, ami et témoin du marié. Derrière eux on aperçoit en partie seulement un secrétaire à vitrine et le bord du miroir. Bois d’acajou sombre pour l’ensemble du mobilier.
Marcelo n’a pas changé. Quel poseur ! On dirait un vrai garde du corps. Les photos sont sombres, tu ne trouves pas ?
 PHOTO 4. PLAN RAPPROCHÉ POITRINE. Les mariés sont assis face à l’avocate. La mariée est penchée sur le document qu’elle signe.
Tu signes encore ? C’est la même photo ? Mais non, alors combien de fois as-tu signé ? Sans doute était-ce le chèque ? Quelle honte ! Faire payer les étrangers qui se marient aux cubains, autant nous vendre sur la place aux esclaves en échange de quelques devises, d’ailleurs tu n’as pas l’air de très bien savoir quoi faire. Je te trouve un air un peu perdu, un peu lointain…
 PHOTO 5. PLAN DE DEMI ENSEMBLE. Les mariés sont assis face à l’avocate, autour d’eux les témoins sont debout. Deux témoins de chaque côté des mariés. Quatre au total. Au fond une peinture de Modesto Montero dans un cadre couleur acier.
Finalement à part toi qui est jolie comme un cœur, regarde-nous ! Tous aussi moches les uns que les autres, à commencer par moi. Toutes ces photos sont grises et sombres.
 PHOTO 7. PLAN MOYEN EXTERIEUR. Les mariés posent avec leurs témoins sur le perron du Tribunal International. Au second plan à droite, normalement hors champs, Armandito le conjoint du témoin de la mariée. 
Les témoins ont tous grossi, Armandito a dû prendre au moins quinze kilos. Qu’est ce qu’il fait avec nos sacs autour du cou pendant qu’on prend la photo ? Il devait craindre qu’on nous les vole.
PHOTO 8. PLAN MOYEN EXTERIEUR. Les mariés posent sur le perron du Tribunal Internatonal avec leurs témoins et les conjoints de ces derniers. Armandito tient dans les bras son benjamin de 4 ans.
Regarde le pantalon du petit, ce pantalon est plus grand que lui !
PHOTOS 11 et 12. PLAN ITALIEN. INTERIEUR CHEZ LE MARIÉ. Les mariés posent dans la cuisine avec la famille du marié. D’abord avec la mère et la grand-mère du marié, puis avec sa sœur et sa nièce.
Deux photos seulement avec ma famille, ma mère, ma grand-mère, ma sœur et les kikis jaunes de ma nièce, c’était encore une enfant. La maison semble vieille, regarde la couleur défraîchie de la peinture.
PHOTO 13. PLAN RAPPROCHÉ POITRINE. INTERIEUR. DANS LE SALON, CHEZ LE MARIÉ.  Les mariés posent avec quelques amis, ils tiennent tous un verre à la main et se penchent en avant afin que leur visage soit cadré. L’objectif focalise sur les verres qui se rejoignent au centre de la photo tandis que les visages forment une auréole.
Et l’ex de Julián avec sa moustache, regarde-la ! Et là c’est Carola qui n’est plus avec Marcelo ! Les invités sont moches, mal fagotés. Même les verres sont en plastique.
PHOTO 14. PLAN RAPPROCHÉ TAILLE. Les mariés posent avec la marraine du marié. Tous les visages s’inclinent vers elle, elle se trouve à la droite du marié.
Et celui-là ? On dirait un gamin, je me demande encore quelle idée a eu ma marraine de nous emmener ce gars le jour de notre mariage.
PHOTO 17. PLAN RAPPROCHÉ POITRINE. Les mariés posent assis un verre à la main, le marié tient la mariée par les épaules. De face, ils regardent l’objectif.
La photo manque de lumière, je me demande à quoi pensait Elizardo ? Regarde, je fais la grimace et tu as les yeux fermés, à croire qu’Elizardo en avait marre de prendre des photos ce jour-là.
Yotuel, s’il te plait, arrête de regarder les photos, c’est mieux. Moi je les aime nos photos, elles me plaisent énormément. Pour moi rien n’a changé en sept ans. Ni les gens, ni leurs lubies, ni la maison, seuls les enfants ont grandi bien sûr ! Non, en fait c’est ton regard qui a changé depuis que tu vis ici.
Photographie : du grec photo : qui procède de la lumière, qui utilise la lumière et du grec graphie qui écrit, qui aboutit à une image. La lumière brille dans les yeux des mariés et de leurs invités, ainsi que dans les yeux de la famille du marié. Elle n’est pas là où on l’attend. L’histoire non plus n’est pas où on l’attend. D’ailleurs les photos font naître une ultime photo, celle qui n’a jamais été prise. Yotuel pense à leur arrivée au Tribunal International dans cette immense limousine vert pomme. Trois rangées de sièges, six portières, un chauffeur, les mariés, quatre témoins et leurs conjoints, onze personnes au total. Depuis sept ans à chaque retour chez lui il a cherché en vain cette belle limousine dans les rues de sa ville. Vendue ? Désossée ? Sans aucun doute son regard a changé. Ce n’est pas faux. Yotuel ferme l’album.  Et puis l’idée de regarder l’album de photos du mariage n’était pas de lui.

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