Sainte famille

Posted: miércoles, 15 de febrero de 2012 by magali in Etiquetas:
0

la esperanza gilberto miguel mendive
Ces deux là ne vivent que pour eux. Leurs regards se cherchent, complices, ils se disent mille choses que je devine presque, que je peux imaginer. Même quand ils m’observent et parlent de moi c’est d’eux qu’ils parlent à travers moi. Je suis eux, je suis leur enfant, c’est pour ça. Ils partagent les mêmes idées sur mon éducation, dès que je fais un pas c’est leur réussite qu’ils applaudissent. Bravo ! Quel bel enfant nous avons là. Mais j’entends bien quel bel enfant tu m’as fait et quel bel enfant je t’ai fait, c’est nous. Il est nous.

Dans leurs conversations avec les grandes personnes ils se cherchent toujours du regard pour approuver l’un l’autre ce que l’un ou l’autre vient de dire. Ils ont la même pensée politique et syndicale. Main dans la main ils luttent pour un monde meilleur, pour nous, disent-ils, enfin pour moi et pour le futur de tous les enfants. Pour moi en particulier puisque je suis leur enfant.

Elle est belle et il est beau, elle est intelligente et il est intelligent, ils se sourient. Ils lisent les mêmes livres dont ils parlent satisfaits pendant des heures, parfois ils s’en lisent à haute voix quelques passages pendant que je les observe muet. Leurs yeux pétillent de joie partagée, ils sont ce qu’on appelle un beau couple. Un couple réussi avec un enfant merveilleux.

Alors j’ai commencé à mal travailler à l’école puis à ne plus rien y faire du tout. J’ai semé le doute entre eux. Ils ont commencé à se regarder différemment guettant là encore l’un chez l’autre ce qui n’allait pas. Leurs yeux se cherchent toujours aussi souvent et dans leurs conversations avec les grandes personnes ils cherchent maintenant ce qu’ils ont loupé. L’un ou l’autre n’approuve plus ce que l’un ou l’autre vient de dire mais ils continuent à se regarder puis à s’écouter et à se contredire. Les reproches sont arrivés. Je ne me souviens plus lequel des deux à commencer à tirer. Ils se disent mille choses que je ne savais pas possibles entre ces deux là. Ils sont tellement intelligents que leurs joutes verbales est sans fin, ils se mesurent à travers mes échecs.

J’ai redoublé une classe, puis une autre, dès que je fais un mauvais pas c’est eux qu’ils mettent en cause. J’ai arrêté l’école l’année du baccalauréat je ne voulais pas leur donner une occasion supplémentaire de parler de moi ou plutôt de parler d’eux à travers moi. En fait je ne sais pas si je préfère quand c’est leur réussite qu’ils applaudissent ou leur échec qu’ils réprouvent. Je crois que j’aurais voulu qu’ils me regardent moi, que ce soit vraiment moi qu’ils voient pour une fois. Comme c’est tout à fait impossible j’ai quitté la maison et là c’est moi qui ai cessé de les voir.

0 comentarios:

LinkWithin