Langue de vipère et homosexuel

Posted: jueves, 8 de diciembre de 2011 by magali in Etiquetas:
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Belkis Ayón, artiste cubaine, Vamos (1993)
Colografía; 100 x 68.5 cm

Langue de vipère et homosexuel. C’est un bon début pour parler de ta fin. Un mail de quelques lignes mêlant tragique et joies quotidiennes est entré dans mes yeux, dans mon cerveau et a percuté mon cœur. De l’écran j’ai reçu la nouvelle. Un coup de poing qui arrive depuis là-bas non pas avec la vitesse d’un airbus mais avec le même impact qu’un airbus traversant les nuages. Un coup de poing en plein cœur qui annonce en deux lignes qu’avec beaucoup de tristesse on vient de perdre le mois dernier notre cher ami Toni, notre ami aimé et estimé.

Malou n’a jamais su pourquoi on l’appelait Toni la sorcière. Toni la Bruja. Qu’avait-il d’une sorcière ? Sa langue de vipère en faisait le meilleur compagnon les nuits de bohème. Malou partageait avec lui sous les ficus emplis d’oiseaux endormis les longues conversations entrecoupées de chansons reprises en cœur. Le répertoire de la Vieille Trova mêlé à quelques compositions de la Nouvelle Trova et même de la Toute Nouvelle Trova. Celle de William, celle de Rubén, celle qui s’enracine chez toi à Santiago et qui vit et revit à l’infini.

Te souviens-tu Toni, mon ami, mi amor, de la chanson du Cimarrón ? de celle du Cocuyo ? Notre ami aimé est parti, le crabe l’a emporté vite vite. Pas le temps de savoir. Depuis quand ? Comment ? Pourquoi toi ? Rapidement. Ton agonie a été méconnue. Plutôt qu’agonie le mail dit que ta convalescence a été secrète. Convalescence. Comme si tu allais guérir alors qu’il s’agissait de mourir. Les distances en deviennent risibles. Putain de crabe à 9000 kilomètres de moi, le mois dernier, tu as gagné la partie. Alors Toni, mon cœur, tu avais dansé ton dernier Carnaval de juillet, le savais-tu ?

La sorcière parce qu’en quelques mots justes Toni pouvait laisser entendre toute sa pensée poétique, philosophique et politique. Quelques métaphores bien envoyées qui laissaient les bras ballants à ceux qui en voulaient à sa liberté d’être. D’être. D’être homosexuel aussi. Malou a toujours compris son goût pour les jolis garçons, comment aurait-on pu le lui reprocher, dans ce pays où la chaleur, la sueur, l’odeur des corps et leur couleur sont une invitation permanente à l’amour ? En Toni un mélange de raffinement et de désordre dont seuls les êtres complets peuvent se targuer. Rôdeur nocturne, entouré de garçons qui lui faisaient compagnie sur les bancs des places de la ville. Céspedes, Le Boulevard et La Placita et puis tes lieux secrets de drague. A chaque heure de la nuit il savait où aller et pourquoi il y allait.

On vient de perdre notre cher Toni mais Ferni a fêté l’anniversaire de sa petite fille, avec clown et tout. On a pensé à vous et aux moments qu’on partagera encore, bientôt. Je viens de gagner une mention spéciale au concours international de poésie Nósside. C’est ainsi mes amis, la vie continue.

Un mail de quelques lignes mêlant tragique et joies quotidiennes est entré dans mes yeux, dans mon cerveau et a percuté mon cœur. L’ombre de Toni, ses cheveux clairs et bouclés, son corps mince assis sur un banc une nuit chaude et étoilée. La sorcière parle et drague.

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