Tribune anti-impérialiste

Posted: miércoles, 5 de octubre de 2011 by magali in Etiquetas:
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Belkis Ayón, tres caras.

La plus grosse hurlait : MUCOMYST MUCOMYST MUCOMYST tandis qu’elle agitait ses bras tendus vers le ciel. Ses ongles peints démesurément longs, outrageusement peints lançaient des éclairs. A moitié éblouie je me demandais interloquée de quoi il pouvait bien retourner. Une secte ? Une jeune veuve désespérée ? Un nouveau prisonnier politique à libérer ? Cela faisait déjà longtemps que je n’avais pas écouté ne serait-ce que d’une oreille distraite la tribune anti impérialiste. Peut-être une cocufiée-mortifiée ? C’était peu probable, elle se serait jetée sur l’amante et lui aurait lacéré le visage. Mais ces cris ? Ces incantations ?
Une jeune femme en lycra jaune soleil et haut à bretelles rose fushia s’avançait maintenant vers la plus grosse. Elle se mit à hurler à son tour :
Inutile d’insister. Je dis que c’est Exomuc. EXOMUC EXOMUC EXOMUC. Trois jours à peine et c’est fini...

La plus grosse s’était tue, celle en lycra levait son sac. Sans doute contenait-il quelque preuve. Mais de quoi s’agissait-il ? Un groupe de passants curieux s’était formé autour de moi. Les hommes se poussaient du coude et ne cherchaient pas à retenir leurs rires. Ils lorgnaient les fesses de celle en lycra et les cuisses de la plus grosse. Leurs remarques ne s’entendaient pas sous les cris qui s’entrecroisaient : MUCOMYST/ EXOMUC/ MUCOMYST/ EXOMUC... Mucomyst semblait arriver en tête. Il me semblait l’entendre un ton plus haut. A ce moment là une négresse musclée au bon endroit, au port altier de déesse africaine, haut perchée sur ses talons de 12 cm (environ), s’introduisit dans le cercle. Elle s’adressait maintenant aux deux autres femmes d’une voix typique de baryton ou même de basse qui semblait résonner comme sous les voûtes d’une cathédrale. Inconsciemment je levais la tête vers le ciel et observait les branches des ficus sous lesquels cet étrange spectacle avait lieu. Un éclair de seconde elles avaient semblé vibrer au son de la voix de la déesse noire.

Mes sœurs, vous êtes vraiment stupides. Depuis dimanche ces deux merdes ont été retirées de la vente en France. Il faut évoluer frangines ! Se tenir au courant !

Celle du lycra remit son sac sur l’épaule, bouche bée, la plus grosse baissait les bras et cachait ses ongles dans la paume de ses mains. Bouche cousue elle aussi. La déesse continuait.
Je rentre de Paris, j’ai là la preuve. Elle déplia et brandit en un instant un journal étranger. J’essayai en vain d’en déchiffrer le titre…

L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a procédé à la contre-indication des spécialités mucolytiques chez l'enfant de moins de deux ans et a demandé le rappel de celles strictement indiquées chez le nourrisson en raison des complications respiratoires qu'elles peuvent provoquer.

La voix de basse poursuivait dans un silence respectueux tellement rare et improbable dans ce pays.

L'Afssaps a indiqué dans un communiqué avoir retiré les autorisations de mise sur le marché des spécialités mucolytiques strictement indiquées chez le nourrisson: Exomuc Nourrisson 100mg en sachets (laboratoires Bouchara-Recordati) et Mucomyst Nourrissons 100mg en poudre (Bristol-Myers Squibb).

Oh là là ! Dis quelqu’un qui maîtrisait parfaitement bien le français, tandis que la négresse aux talons hauts traduisait l’article dans un espagnol parfaitement cubain. Elle avait replié le journal. Elle ajouta avec un regard légèrement moqueur, comme si elle grondait des enfants :

Retournez donc dans vos pharmacies de quartier, vous y trouverez meilleure médecine et gratuite avec ça ! Rappelez-vous mes chères sœurs que tout ce qui brille n’est pas or.

Déjà ses hauts talons, ses longues jambes, ses hanches chaloupées, son buste, son cou et son visage parfaits s’éloignaient au coin de la rue.

Une vieille femme au premier rang se signa plusieurs fois et dit :
C’est la messagère de Babalu Ayé, C’est Saint Lazare en personne qui l’a envoyée.

Un homme, le même qui avait joué du coude en reluquant les fesses de celle en lycra répondit comme sous le choc, envoyée, envoyée, c’est dans le lit des hommes qu’il faudrait l’envoyer !

Une jeune fille teinte en blonde, au faux Tshirt Guess et au vrai sac de contre-façon D § G dit d’une voie aiguë, comme blessée dans son amour propre :
Une femme comme celle-là avec ces talons là et cette allure-là, vous pensez bien qu’elle ne doit pas se nourrir d’idéaux. Qui l’envoie ? Qui la paie ? Et ce journal ? Qui a pu lire ? Hein ! Personne... Alors elle peut bien avoir appris son discours par cœur, qui l’envoie ? C’est de la propagande tout ça. Pour nous dégoûter des médicaments étrangers et nous faire prendre les vessies cubaines pour des lanternes .

Un homme voulut conclure l’épisode, sa voix était grave et ferme, c’était un nègre distingué aux petites lunettes d’intellectuel. Inclinez-vous plutôt devant cet exemplaire féminin 100% national, votre sœur, un exemple à suivre... Du pur produit national, pas comme certaines ici... Et vous femelles envieuses retournez chez vous, suivez les bons conseils, cessez de vous torturer pour des mirages. Vous n’apprendrez donc jamais ? Moi je m’incline devant ce phénomène purement cubain. A bas l’impérialisme ! Mort aux Yanquis !

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