Sapotille et coco

Posted: jueves, 13 de octubre de 2011 by magali in Etiquetas:
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José Gómez Fresquet "Frémez"

Deux boules et un morceau de gâteau, formule Sierra Maestra pour moi dit Wendita en minaudant. En bon mâle Valerio, lui,  avait choisi la formule la plus chère sans même prendre le temps de lire le détail sur la carte.

21 ans, l’âge idéal. des yeux en amande, une peau mate et satinée et surtout des hanches ! mais des hanches !

Le soir suivant Wendita doubla la ration en commandant quatre boules et deux morceaux de gâteau, la formule Pic Turquino. Valerio compta rapidement les pesos qu’il avait en poche et commanda comme d’habitude la formule la plus chère. Il savait qu’il devrait manger cinq boules de glace, une crème douteuse sur laquelle flottaient encore trois boules de glace, deux morceaux de gâteau et boire une boisson gazeuse. La serveuse lui dit que ce soir il n’y avait que deux parfums : sapotille et coco. Ce n’était certainement pas ce qu’il préférait mais Wendita était là à le regarder.

De longs cheveux noirs qui tombaient en cascade ordonnée sur la plus belle paire de fesses de la région : rebondies, hautes, fermes et rythmées. Elles accompagnaient sans relâche la démarche chaloupée propre aux femmes sous ces tropiques moites et sensuels. Mais alors là ! Le résultat dépassait toute espérance.

Au bout d’une bonne semaine de ce régime Valerio avait avalé quelques cinquante boules de glace et Wendita continuait à commander la formule Pic Turquino à laquelle elle ajoutait maintenant une petite fantaisie : Sunday La Farola, Sunday Playa Girón, Sunday Escambray… . Elle riait, minaudait à l’autre bout de la table, suçant du bout des lèvres sa boule de glace.

Il n’en pouvait plus. Chaque jour, à chacune de leur sortie quotidienne vers ce glacier le plus en vue de la ville, celui qui avait la plus grande terrasse, il se sentait homme en serrant contre sa hanche la hanche de Wendita. Les chauffeurs de motos ralentissaient immanquablement dès lors qu’ils arrivaient à la hauteur de ces fesses là. Certains en perdaient les pédales. Coups de klaxons, sifflements joyeux, compliments plus ou moins poétiques étaient lâchés au passage.

Wendita parlait de manger aussi une pizza, tu veux bien hein mon chéri ? On pourrait y aller après, tous les deux, juste toi et moi ? Qu’en penses-tu ?

Mais bien sûr mon amour. Une pizza, c’est une bonne idée ! Découvrir maintenant ces fesses qu’il avait caressées du regard et de la main mais toujours par dessus les jeans serrés que Wendita ne manquait pas de porter. A ce rythme, son portefeuille n’y tiendrait plus longtemps. Wendita lui souriait tendrement et au fil des soirs lui parlait de sa maman souffrante qu’il fallait qu’elle rejoigne au plus vite, d’un examen urgent à rendre le lendemain, d’une amie que le fiancé venait de quitter et qu’il fallait consoler ce soir… De sa fatigue à la fin de la journée.

Maintenant Valerio commandait une formule Sierra Maestra, deux boules et un morceau de gâteau. Wendita le regardait surprise. Quelque chose ne va pas mon amour ? Tu es malade peut-être ? Il faisait non de la tête et empoignait sa petite cuillère. Wendita commandait ses formules préférées et avait demandé sur le chemin quelques cornets de cacahuètes grillées dont elle saupoudra son pic Turquino avant de lui donner un petit goût de langue sans en avoir l’air.

Vingt ans de plus pensait Valerio, et alors ? Ces fesses là ! C’était sans discussion possible. Sa dernière conquête féminine faisait bien des envieux. Il dégustait ses boules à la sapotille et au coco car ce soir-là il n’y avait toujours pas d’autres parfums disponibles.

Le bras autour du coup de Wendita, Valerio se pavanait. Valerio avait l’air ravi pendant qu’il calculait les quelques pesos qu’il lui restait dans la poche. Il se demandait combien de boules de glace valaient les fesses de Wendita ? Il commençait à craindre qu’elles n’aient goût à sapotille et coco et ce n’était certainement pas ce qu’il préférait.

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