Telle une star, Yalili avait sa photo dans les magazines de mode étrangers

Posted: martes, 6 de septiembre de 2011 by magali in Etiquetas:
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A 18 ans Yalili n’avait jamais connu l’amour, seulement quelques relations de circonstance. A la fin d’une fête, d’un anniversaire... Baisers hâtifs et caresses urgentes. Jamais plus.

Aucun homme n’avait franchi le pas de sa porte. Comment aurait-elle accepté qu’un garçon puisse assister au long cérémonial de coiffage qui lui prenait plusieurs heures le soir, l’épuisait et lui donnait l’aspect d’un hérisson noir sur sa couche ? Les cheveux roulés patiemment autour du crane, mèche après mèche, puis serrés dans un grand drap, Yalili ressemblait alors à une tulipe dont la tête dodelinait sur un corps svelte. Une grosse sucette ronde sur son bâton de plastique.

Plutôt que penser à l’amour Yalili lisait ou écoutait la radio le soir en s’endormant seule. Mais le plus souvent elle songeait à son prochain défilé et au succès qu’elle connaissait depuis que Silvio l’avait coiffée le jour de ses quinze ans. Trois ans étaient passés et elle avait connu les meilleurs artistes plastiques et peintres du pays. Tous avaient fait appel à elle pour une performance remarquable et remarquée.
Elle avait défilé vêtue de liane, feuilles et fleurs tandis que ses cheveux enduits de boue étaient sculptés en honneur à la Sierra Maestra et à l’Escambray ou au Yunque. Elle avait porté sur la tête la culture Taino, ciboney et caraïbe : masques stylisés, parures de manioc, maïs, coton et tabac, têtes de lamantins, carapaces de tortues et même crêtes d’iguanes, sans compter les innombrables poissons de leur pêche.

Elle avait représenté tous les Orishas des panthéons cubains surtout Oshún et Yemayá, les déesses les plus populaires de l’île. La mère de la jeune fille n’avait pas vu ces prestations d’un très bon œil. Des histoires de nègres, on ne mélangeait pas les torchons et les serviettes dans la famille… Et puis surtout avec les Orishas sait-on jamais, on peut plaire et déplaire et alors là… Catastrophe. C’est avec une certaine anxiété qu’elle vérifiait les jours suivant les cheveux de Yalili. Il ne faudrait pas qu’un mauvais sort les fasse tomber, s’éclaircir ou tout simplement arrêter de pousser. Mais non, les Orishas s’étaient montrés cléments et la mère de Yalili s’était répandue en offrandes généreuses devant leurs autels.

Telle une star, Yalili avait sa photo dans les magazines de mode étrangers et un vidéaste cubain qui vivait dans le sud de la France lui avait même dédié un petit reportage de 6 mn où elle sortait vraiment à son avantage. Personne n’imaginait le désert affectif qui était le sien.

Jusqu’à ce qu’un peintre très à la mode auprès du régime fit appel à elle pour le défilé annuel du 1er mai.
(à suivre...)

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