L'ordre chronologique du mur du salon

Posted: sábado, 27 de agosto de 2011 by magali in Etiquetas:
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La bravade était acceptée : Silvio coifferait donc Yalili pour ses quinze ans qu’on célébrait demain. Comme prévu, à 15 heures 15 précises elle arriva au salon la veille du grand jour. Silvio s’était entouré d’une certaine marge devant un tel défi. Coiffer Yalili. Assieds-toi mon ciel, je m’occupe de toi. Ses meilleures brosses, ses peignes et pinces les plus solides, son nouveau casque électrique, un pot de gel haute tenue qu’il avait eu bien du mal à obtenir étaient à portée de main. Il tourna la clé dans la serrure de la porte du salon tandis qu’il retournait la pancarte côté FERMÉ contre la vitre.


Chez l’adolescente les aiguilles de l’horloge tournaient inexorablement. En fin d’après-midi la mère alluma le téléviseur, son feuilleton allait la distraire.
Elle enchaîna avec un match de base-ball, aucune de ses équipes préférées n’entrait en lice, mais le temps passerait plus vite à observer le jeu. Elle ne quitta pas son fauteuil à bascule quand on annonça le dernier film de la soirée. Il devait être minuit. Elle s’endormit.

Silvio avait mal aux muscles des bras. Une raideur qu’il ressentait normalement après toute une journée de travail s’était emparée de ses épaules et omoplates et il n’avait effectué qu’un quart du brushing. Yalili se tenait très droite, les fesses calées au fond du siège. Et alors tu vois mon ciel c’est en regardant cette revue de Miami que j’ai pensé à toi, je me suis dis que c’était possible. Heureusement que les amis sont toujours là pour me fournir les dernières trouvailles, la mode cubaine mon cœur, je ne veux pas être grossier mais tu le sais bien, elle est affreuse. La conversation de Silvio était plaisante, une vraie conversation de jeune fille. Yalili dodelinait de la tête dans son fauteuil. Elle ne répondait plus que par des « ah, ah » « meh, meh ». Elle dormait. Il était déjà minuit passé.

Il devait prendre une décision. Jamais il ne viendrait à bout de cette tignasse, de plus le résultat ne lui plaisait pas, les mèches étaient lisses mais sèches et ternes comme du gros crin de cheval ou de la grosse ficelle. Pourquoi avait-il accepté de la coiffer ? Demain elle devait présider la fête en l’honneur de ses quinze ans et procéder à la séances de photographies vêtue de robes de princesse préalablement louées pour l’occasion. Il reprit la brosse exténué et déprimé.

Des coups légers à la porte du salon le firent sursauter. Il ouvrit à la mère de Yalili qui entra sans un mot, regarda le corps de la jeune fille endormie puis Silvio abattu et triste. Elle prit place sur un tabouret à ses côtés, posa entre eux le sac qu’elle portait, l’ouvrit et en tira une cage à oiseaux, à l’intérieur les plus petits de tous les oiseaux : les zunzuns cubains attendaient apeurés. Puis elle sortit une boite à papillons où plusieurs insectes prisonniers battaient des ailes et envoyaient une poudre dorée autour d’eux. Enfin elle ouvrit un carton humide et montra les fleurs de flamboyants, lis, tournesol, jasmin et oiseaux du paradis. Au travail maintenant dit-elle à Silvio.

Elle empoigna la première mèche de cheveux y attacha un fil de fer à la racine puis elle l’enroula tendrement autour du fil lui donnant un mouvement ondulant, à l’aide d’un bâton de colle elle l’enduisit de part en part puis demanda à Silvio de choisir : oiseaux, papillons, fleurs ? Le coiffeur se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt. Quel idiot j’ai été, une vraie merde ces livres de Miami. A la cubaine, comment ai-je pu me laisser berner par ces brushings ennuyeux ? Quels magazines désolants, ils vous vident le cerveau. Sa sérénité retrouvée Silvio entra dans l’arrière boutique et en ramena ses laques pailletées, ses petits grelots, et une dernière pièce magnifique, celle qu’il pensait porter pour le Carnaval : une cornette chinoise en verre tellement légère et transparente qu’elle était invisible mais à chaque pas le déplacement de l’air ne manquerait pas de provoquer un son puis un autre.

Il prit la mèche de cheveux des mains de la mère de Yalili et commença à fabriquer son œuvre. Il lui dit d’aller se coucher tranquille et d’appeler demain la presse nationale et la télévision pour une séance de photographies à la sortie du salon. La mère de Yalili sourit, tout était déjà prévu, l’entrée serait payante. La princesse défilerait devant les yeux des curieux moyennant finance, chaque photo prise serait facturée et une photo à ses côtés serait plus chère encore. Comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête dit-elle à Silvio, ce sera votre première performance mon chéri, vous aurez un succès fou et tu peux prendre tes magazines américains pour les toilettes.

La photo des quinze ans de Yalili ne manquerait pas de trôner sur le mur du salon suivant l’ordre chronologique des quinze ans de toutes les filles de la famille.

Coeurs rassasiés

Posted: viernes, 12 de agosto de 2011 by magali in Etiquetas:
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La logique aurait été que Vicente freine des quatre fers. Mais comment résister à la perspective d’une nuit avec Miranda ? Il n’avait pas essayé. Quelle joie de partager sa couche. Cette femme avait tout ce dont il rêvait. Un corps blanc et massif, des jambes puissantes et musclées, un ventre rond et des fesses, mais des fesses, comment dire… éléphantesques ? Rhinocérocèsques ? Abondantes et impossibles à capturer, aucune culotte ne pourrait arriver à emprisonner ces kilos de chair molle, chaude et accueillante. Ses seins étaient pleins et tombants comme deux pis roses. Vicente n’en avait jamais assez, un vrai plaisir, une folie douce, sa folie. Un monde mystérieux dont il se sentait le maître et qui ravivait en lui tous ses fantasmes masculins. Incroyable. Un vrai délice. Aussi il n’avait pas résisté et courrait partager sa couche.


La logique aurait été que Miranda freine des quatre fers. A 40 ans bien sonnés une histoire d’amour ne perturberait pas sa vie paisible et bien réglée de femme libre. Miranda sortait beaucoup, avait des tas de connaissances et comme elle était seule on l’invitait à tour de bras. Jamais un homme ne l’arracherait à ses occupations. Elle s’était juré de ne jamais cuisiner pour aucun et au grand jamais elle ne laverait la plus petite chaussette sale. Pourtant l’enthousiasme de Vicente au lit ne l’avait pas laissée indifférente. Il lui prodiguait ce dont rêvent toutes les femmes. Sa vigueur était communicative et il avait fallu mettre le matelas au sol sous peine de rompre le sommier. Quelle fête ! Pour comble Vicente quittait sa couche ni trop tôt, ni trop tard. Il s’habillait alors qu’elle était prise d’une somnolence réparatrice comme après un bon combat de catch. Comme après un exploit sportif qui aurait brûlé toutes ses énergies et la laissait dans un état béat avec l’envie au loin, comme un rêve diffus, de recommencer bientôt.

Vicente était heureux. Il sentait ses muscles affaiblis et son corps vidé de toute énergie. Miranda ronronnait doucement à ses côtés, satisfaite, presque endormie. Il savait que s’il n’employait pas ses dernières forces à s’asseoir, se lever, s’habiller et quitter la chambre il exposerait dangereusement sa vie paisible et bien réglée. Dernier rejeton d’une famille nombreuse il avait le privilège à 40 ans bien sonnés de n’avoir jamais quitté la maison où sa mère lui servait une assiette bien remplie au sommet de laquelle trônait immanquablement le meilleur morceau de viande à chaque repas, lavait et repassait ses chemises et les rangeait comme neuves dans l’armoire, lui achetait chaque semaine sa provision de café et de tabac. Confesser cet infantilisme tardif au risque de voir entacher sa virilité, ne serait-ce qu’en pensée ? Plutôt quitter la couche de Miranda au moment précisément idéal.

Miranda, cette femme qui comptabilisait à elle seule 165 livres bien pesées, environ 10 pour chaque fesse et 6 dans chaque mamelle, une bonne quarantaine d’années de vie dont une petite trentaine de vie sexuelle active, un nombre incalculable d’amis et un nombre jamais calculé d’amants se demandait quand même quelle mouche piquait Vicente pour le pousser à quitter sa couche au moment précisément idéal où elle souhaitait qu’il s’en aille ? Elle étirait alors ses jambes musclées, ouvrait ses bras en croix en travers du lit et s’endormait un sourire aux lèvres.

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