Une chanson

Posted: martes, 7 de junio de 2011 by magali in Etiquetas:
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A huit heures moins le quart sur le chemin du travail je suis une banale employée. J’en ai les caractéristiques : pieds légers, sandales sans poussière, halo suave de savonnette et déodorant, petit sac en plastique à la main et sous le bras un livre et un cahier. Je salue le chauffeur de bus.

A huit heures dix dans le hall de l’école. Hola profe. On regagne la salle de cours, les couloirs sont frais et sombres, la rampe art nouveau des escaliers qui mènent à l’étage est froide dans ma main.

A dix heures trente à la cafétéria je suis comme les autres. J’achète mon sandwich à la mayonnaise et souvent on m’invite à une cigarette et un café ou bien c’est moi qui le fait. Je parle français avec mes collègues et avec les élèves. La leçon, une chanson, la France, un voyage, un échange avec un amoureux qui vit à Montréal, une question, un livre à lire, la France.

A midi et demi sur le chemin du retour pas le temps de donner les 20 centimes de peso au chauffeur, un des élèves a déjà payé ma place. Hasta mañana profe.

A quatre heures je sors de ma sieste, prends une douche et repars. J’ouvre une ombrelle sur mes épaules. Les rues sont grouillantes de bruit et de chaleur. J’avance plus lentement.

Dans le hall de l’école les groupes attendent. Hola Profe. On s’installe dans le salon d’honneur. Les colonnes art déco, les vitraux colorés, les sièges en bois sombre, j’ai droit à un fauteuil. A travers les persiennes j’aperçois la lumière du dehors si je regarde trop longtemps mes yeux ne distinguent plus autour de moi. Nous sommes retranchés dans l’obscurité sous le ventilateur du plafond, nos membres sont gourds, nos pieds enflés et nos sandales poussiéreuses, dans nos sacs les petites bananes du goûter puent, elles exhalent une odeur écœurante tandis que leur peau s’est ouverte laissant passer la pulpe molle. L’odeur des déodorant est maintenant relative.

Et là chaque après-midi a lieu le miracle. J’en frissonne aujourd’hui encore. Chacun leur tour mes chers élèves vont entonner une chanson. L’un après l’autre ils répètent. La prof de chant les fait recommencer tandis que je les interromps pour reprendre un mot, un son. Articule. Avance davantage les lèvres « e ». Oui c’est bien. Ils sont là transpirant, s’éventant avec le livret des paroles de la chanson, mémorisant, studieux et concentrés. Ils préparent le concours de la chanson française et savent que le gagnant aura l’opportunité d’aller non pas à Paris ! Non ! A La Havane pour quelques jours ! Pour chanter, lors de la finale du concours de la chanson française. Juste pour chanter.
J’écoute Dis l' oiseau oh dis emmène-moi Retournons au pays d' autrefois j’observe les visages ébènes, Diego, libre dans sa tête Derrière sa fenêtre S'endort peut-être bruns, Caramels, bonbons et chocolats blancs Tombe la neige Tu ne viendras pas ce soir Tombe la neige.

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