Dix à deux

Posted: viernes, 20 de mayo de 2011 by magali in Etiquetas:
0

Quand on s’est connu je pensais bien que c’était une histoire qui finirait le lendemain matin. Pour moi elle avait assez duré : une longue nuit. J’avais mis deux ans avant de pouvoir quitter mon mari et entamer un divorce ce n’était certainement pas pour tomber amoureuse du premier amant venu.

Il a six enfants de quatre femmes différentes et j’en ai quatre, d’enfants bien sûr, tous de mon ex-mari. Tout de même j’aurais dû voir qu’il y avait une grande différence entre sa situation et la mienne et pourtant non, j’ai éclaté de rire, je m’en souviens et j’ai dit eh bien ! Ça fait donc dix ! J’ai pensé que nous nous ressemblions beaucoup simplement parce que nous avions pas mal d’enfants l’un et l’autre.

J’ai rapidement appris à cuisiner les plats qu’il préfère, j’ai retenu les noms de ses enfants et même leur date d’anniversaire. J’ai acheté une table beaucoup plus grande et une cocotte minute taille XXL supplémentaire. En avant le riz aux haricots noirs, aux haricots rouges, aux haricots blancs, le poulet rôti, le poulet à la sauce tomate et le soir des litres de soupe de cou et ailes de poulet au coriandre, un délice.

Quand la mère de sa dernière fille a refusé qu’il la voit, j’ai répété après lui : Elle est vraiment givrée ! Quand au bout d’un an il l’a traduite devant les tribunaux pour ce problème de garde refusée j’ai découvert effarée que la mère de la petite dernière était perchée sur de grands talons, ses ongles très longs étaient peints en rouge vif, sa jupe était très courte et elle portait deux décolletés : le premier sur une poitrine plus que généreuse et le second jusqu’au bas du dos. Quand elle s’est présentée à la barre les seins en avant… je me suis sentie gênée, je ne me souviens plus de rien. J’étais tétanisée par son apparence. A aucun moment je me suis demandée comment il avait pu se sentir bien aux côtés d’un tel cliché de la vulgarité. En sortant du tribunal elle est passée à mes côtés et c’est elle qui m’a traitée de pute !

Quand après quatre ans de relation il m’a dit qu’on ne se verrait pas ce week-end car il voulait se consacrer à ses enfants et que je l’en empêchais, je l’accaparais, j’ai répondu oui, bien sûr. Sauf que je n’ai pas compris en quoi je l’accaparais mais j’ai préféré me taire. J’ai rangé la cocotte minute XXL supplémentaire.

Depuis je ne l’ai plus utilisée. Le week-end où il est libre de garde, c’est celui ou moi-même j’ai mes enfants et il ne vient plus le passer à la maison. Comme avant… Dix enfants, cinq mères, et deux pères (en nous comptant) ça fait beaucoup de dates de visites, même s’il ne voit jamais son fils qui vit à La Havane. Je ne me suis donc pas étonnée. J’ai commencé à réfléchir à quoi m’occuper les week-ends où mes enfants quittaient la maison du vendredi soir au dimanche après-midi. J’ai rappelé les vieilles copines, les plus fidèles. J’ai senti un grand vide mais j’ai préféré là encore ne rien lui dire. Je crois que le fait qu’il m’accuse d’être possessive et de l’éloigner de ses enfants m’avait interloquée. Je ne voulais pas risquer d’en entendre davantage.

Puis j’ai retrouvé dans le vide poche de sa voiture des tickets de courses effectuées dans un magasin où nous n’allons jamais ensemble. Des courses que je n’avais jamais ni vues, ni mangées. Le magasin est à l’autre bout de la ville, dans un quartier où aucun de ses enfants ne réside. C’est pourtant exactement les mêmes courses, je veux dire c’est ce que nous avions l’habitude de cuisiner ensemble. Je n’ai rien dit mais j’ai commencé à surveiller son téléphone, ses poches, et encore bien sûr le vide poche de la voiture.

Maintenant je sais qu’il s’est remarié il y a deux ans, l’époque où il m’a dit qu’on ne se verrait pas le week-end car il voulait se consacrer à ses enfants et que je l’en empêchais, je l’accaparais. La femme est jeune et jolie, elle a déjà un enfant de son côté. Il a ou il n’a pas encore fait le onzième ou le septième selon le point de vue. Je ne sais pas exactement si je suis l’amante de son mari ou si elle m’a piqué le mien. Là encore c’est selon le point de vue.

0 comentarios:

LinkWithin