Acier, fer et argent

Posted: sábado, 14 de mayo de 2011 by magali in Etiquetas:
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Le bruit courrait déjà : Yalili ! Ses cheveux ! On disait plusieurs choses mais la version officielle était que ses cheveux pris d’une liberté soudaine s’étaient dressés sur son crane. Elle s’était transformée en vraie sorcière. Sans doute avait-elle été envoûtée et sa mère cherchait maintenant une solution auprès de toute experte en envoûtement. Dieu merci le pays n’en manquait pas !


En effet, les produits lissant firent leur entrée dans l’île. Yalili pleine d’espoir en testa immédiatement l’effet sous l’œil impassible de sa mère. Mais la crème aspirée par la masse de ses cheveux ne produisit pas le résultat escompté : seuls les cheveux plantés sur le haut du crane devinrent lisses formant une sorte de couvercle noir à horizontale car les cheveux du dessous libres de brosse pour la première fois depuis de nombreuses années s’en donnaient à cœur joie. Ils frisaient, se tordaient, bouclaient dans tous les sens remontant par leur vigueur retrouvée le couvercle du haut, noir et lisse.
Yalili faillit défaillir. C’était samedi et elle décida de ne pas mettre le nez dehors aujourd’hui, le temps de trouver une solution.
Elle étira alors patiemment toutes les mèches de sa chevelure et les enroula une à une autour de son crane en un casque naturel. Elle prit un vieux drap et tailla un carré qu’elle se noua sur la tête. Les jours suivant elle renouvela l’expérience.

Au bout d’une semaine elle réussi à enrouler chaque mèche autour d’un bigoudi fabriqué patiemment en carton dur. Maintenant le casque était énorme et il lui fallut couper à nouveau dans le vieux drap, un carré plus grand serait nécessaire.
La première nuit fut horrible. La tête de Yalili ne reposait plus sur sa couche, les rouleaux l’en empêchaient et la maintenaient en hauteur, le cou tordu. Elle installa un coussin dans le creux entre les épaules et le casque de sa chevelure emprisonnée. C’était mieux. Au bout de quelques jours de renouvellement incessant du cérémonial, ses cheveux avaient retrouvés la verticale et ils étaient tendus en une crinière animale mais brossée. Elle décida que ce serait la procédure à suivre dorénavant, chaque soir avant de dormir.

Elle put retourner au collège et les filles observaient maintenant envieuses les longues mèches tombantes, raides et épaisses qui lui couvraient le dos. La plupart auraient aimé pouvoir détacher leurs tresses à leur tour mais obtenir ce lissé serait pratiquement impossible. Yalili saisit l’occasion nouvelle. Elle en aurait toujours assez pour elle, aussi elle empoigna les ciseaux de cuisine en acier puis une mèche du dessous et coupa net. Elle attacha la queue de cheval d’un élastique et recommença l’opération plusieurs fois. Elle choisissait à chaque fois des couches inférieures de façon à ce que les coupes successives demeuraient invisibles. Puis elle enveloppa les mèches postiches de cheveux naturels dans du papier journal et d’un pas décidé fit le tour des coiffeurs de la ville. Elle négocia la vente d’une main de fer.
Tard, elle déposa fièrement sur la table de la cuisine de quoi manger pendant une bonne semaine. Sa mère ouvrit grand les yeux. Jamais une telle somme d’argent n’avait été réunie en un seul jour. Comment t’étais tu débrouillée ma fille ? Elle pensa un instant à la prostitution mais aussitôt lui vint à l’esprit que Comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête. C’était donc ça !

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