tu t’appelles Yalili

Posted: sábado, 9 de abril de 2011 by magali in Etiquetas:
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Parmi toutes les histoires ennuyeuses arrivent en tête celles d’accouchement qui n’intéressent personne sauf l'ex parturiente et qui enquiquinent quand elles ne choquent pas ou écœurent carrément : c’est donc ça ? C’est aussi trivial ? De sombres histoires de liquides, de douleurs, de sang et de cordons verdâtres...

Pourtant l’arrivée de Yalili est une vraie légende, au point qu’aujourd’hui encore on se la raconte. Chacun bien sûr y ajoute sa pincée d’épices. Mais il existe une vraie version que voici :

Au moment de l’expulsion la mère de Yalili sentit le chatouillis familier qui descendait de son ventre vers son sexe béant. Elle en suivait mentalement le chemin et se mit à rire et à se tortiller davantage tandis que les sages-femmes scandaient leurs « Pousse ! Pousse donc ! »
Enfin, on mit Yalili à son sein.
Une fille au petit visage encore plissé sur ses yeux fermés et gonflés. Elle était en effet en parfaite santé et blanche comme une princesse. La jeune accouchée absorbée par la découverte de la chair de sa chair fut tirée de sa béatitude. Un lourd silence unanime s’était fait. Plus un bruit autour du lit, plus aucune conversation y compris technique, passe-moi la ouate, ciseaux... Toutes les paires d’yeux fixaient le crâne de la bébé, invisible car planté de poils drus et noirs. Un casque de poils hirsutes, un petit goupillon sombre et dur. C’était donc là ce qui avait chatouillé son ventre pendant plusieurs mois, puis son utérus : les cheveux de Yalili ! Du jamais vu dans ce pays de nègres où la moitié des enfants naissaient pourtant chevelus, puis étaient tondus régulièrement par mesure d’hygiène collective.
C’est une fille et elle va bien. Comme toutes les princesses elle porte son pouvoir sur la tête, s’entendit-elle prophétiser par la marraine. La mère de Yalili eut alors un large sourire et ignorant la stupeur générale elle déposa un baiser sur le tapis noir qui couvrait le crane du nourrisson. Sans un seul mot elle acceptait cela et sans doute bien d’autres choses encore qui ne manqueraient pas d’en découler. Elle poussa un soupir de soulagement et murmura assez fort pour que tous entendent : Ce qui advient, convient, c’est la loi des Orishas. Chacun rassuré put reprendre son travail. Bien évidemment les coups d’œil en coin vers ce bébé traduisaient maintenant un certain respect et peut-être une certaine admiration mêlée de crainte.

Elle s’appelle Yalili dit la mère haut et fort, tu t’appelles Yalili répéta-t-elle doucement vers le visage de la petite qui tétait paisiblement en chatouillant son sein de sa chevelure en auréole. Une couronne naturelle, noire et solide lui ornait la tête.

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