A toi, femme, mère, sœur, amie, camarade :

Posted: miércoles, 23 de marzo de 2011 by magali in Etiquetas:
1

Félicitations pour la journée internationale de la femme


La terrasse de cette cafétéria où l’on paye en dollars est agréable. D’abord parce que la température est bonne. Les alizés soufflent sur l’île et nous aident à respirer. Le jeune voisin m’a invitée à boire un coup pour marquer l’événement. On est le huit mars, il est 21 h 30. Bien sûr il paiera.

A toi, femme, mère, sœur, amie, camarade :

Le premier coup de machette sur mon crane m’a étourdie. Malgré l’adrénaline de la dispute il est tombé sur moi comme un éclair de feu. J’étais aveuglée tandis qu’une ruche d’abeilles bourdonnantes entraient en moi par tous mes orifices.

Je n’ai pas fait de chichi pour l’occasion, qu’il n’aille pas s’imaginer quoi que ce soit. Je porte une jupe en jean courte, un débardeur à fines bretelles et des claquettes en plastique. Mes cheveux sont nattés en longues tresses et retombent autour de mon visage. J’ai les ongles courts. Ils ne sont pas peints mais ils sont propres. Je n’ai qu’un savon pour la toilette et pour le linge. Je n’ai qu’un déodorant pour mon fils et pour moi. Je ne fais pas de chichi. Je n’en ai pas les moyens

Félicitations pour la journée internationale de la femme

Il n’aurait pas dû venir. Nous avions rompu. Il nous a surpris au lit, nus et suant comme deux amants respectables. L’autre est sorti en courant, je suis restée, j’étais chez moi. D’abord ses mots : pute, putain, sale pute, garce, traînée, chienne.

Après mon arrêt maladie j’ai donné ma démission. J’avais trop mal à la tête et puis je crois que j’ai des trous de mémoire. Je n’ai plus de salaire depuis plus d’un an, si salaire il y avait ! J’invente chaque jour une nouvelle solution. Je ne fais pas d’excès. Je ne sors plus. Aujourd’hui est une exception mais c’est mon jeune voisin qui m’a invitée.

Ensuite j’ai eu un étourdissement. La ruche bourdonnait dans ma tête et j’ai couru. Je suis tombée après le troisième coup de machette. Je ne me souviens pas du second je crois que j’étais déjà à moitié évanouie. Seule la chaleur du sang qui pissait sur mon visage et son goût de fer dans ma bouche.

Les cicatrices sont cachées sous mes tresses. Seule celle qui va du bas de ma tempe gauche jusqu’au milieu de ma joue se voit. Si je me tiens de face je peux la cacher. J’ai reçu un avis d’indemnisation. 327 pesos pour classer l’affaire. 327 pesos pour réparer le préjudice. J’ai jeté le dossier et je ne l’ai jamais envoyé à La Havane. J’ai fait cadeau à l’état de cet argent. Je crois que je vaux bien plus que cela même si je vis simplement sans faire de chichi.

Chaque huit mars on commémore avec enthousiasme dans le monde le jour international de la femme. Tandis qu’à Cuba on a pour habitude de rendre hommage au sexe féminin sur les lieux de travail, dans les écoles et universités ou à la maison et la femme reçoit une fleur ou un sourire.

Avant que je ne puisse lever les bras il m’a tailladée la joue. C’est un rituel chez certains hommes pour marquer à vie la femme infidèle. Je hurlais déjà comme un cochon qu’on égorge. Il continuait à m’insulter : pute, putain, sale pute, garce, traînée, chienne. Les voisins sont arrivés, on m’a mis un drap autour de la tête et du visage et la première voiture qui passait par là m’a emmenée à l’hôpital. J’étais déjà inconsciente.

Les seules cicatrices douloureuses sont celles que j’ai à l’intérieur. Mais personne n’en a parlé. Elles sont invisibles sauf pour moi. Moi, je sais que je suis cassée à l’intérieur. Je n’en parle pas non plus. Ce soir le jeune voisin m’a invitée à boire un coup pour marquer l’événement. C’est la journée internationale de la femme. On est le huit mars, il est 21 h 30. Bien sûr il paiera en dollars mon jus de poire. La température est bonne. Les alizés soufflent sur l’île et nous aident à respirer. La terrasse de cette cafétéria où l’on paye en dollars est agréable. Je crois que le jeune voisin est un peu amoureux de moi.

A partir du triomphe de la Révolution le programme des activités pour le jour international de la femme est fait de joie et de reconnaissance pour les femmes cubaines auxquelles on reconnaît le rôle important au sein de notre société.

Au réveil on m’a expliquée que mes jours n’étaient pas en danger mais j’avais perdu beaucoup de sang. Pour l’esthétique on ferait au mieux pour réparer mon visage. On m’avait tondue. Les cheveux repousseraient vite et couvriraient mon crane blessé. J’ai pensé à mon fils qui était seul. Son père avait été arrêté aussitôt. Pris sur les faits, la machette ensanglantée à la main. Il n’avait émis aucune résistance : un an de prison et une amende de 327 pesos.

1 comentarios:

LinkWithin