Portrait de famille

Posted: martes, 15 de marzo de 2011 by magali in Etiquetas:
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La contre plongée sur l’entrejambe de ces jeunes hommes laissait supposer que le photographe s’était allongé à leurs pieds, appareil au poing. Le résultat était là. Des testicules bruns en premier plan au dessous d’un sexe dressé de couleur sombre sur un ventre plutôt glabre, suivi d’un torse un peu lointain et là-haut un visage d’adolescent déjà vieux. Sans doute la mise en scène érotique avait-elle continué en studio. Chambre noire. Jeux d’émulsions. Hot températures. Suaves contrastes. Bains savants en technique argentique. Cela expliquait la couleur foncée de ces verges démesurées, agrandies volontairement, brandies menaçantes et photographiées impudiquement. Certes le héros était mat de peau, un jeune métèque qui expose ses parties intimes sans sourire, sans un regard vers l’objectif qui lui capture le corps.


Etait-il payé pour cela ? Combien ? Paula est interloquée. Combien la photo d’art ?

Un flot incessant de visiteurs qui accourt pressé entre deux métros. En famille avec de très jeunes enfants, en groupe d’amis, en couple, ils effectuent le sacro-saint pèlerinage de la sortie culturelle vers cette galerie parisienne où l’on paye pour voir. Artiste incontournable comme l’exposition sous peine de se voir banni du cercle des branchés de la capitale, exclus, marginalisés, déclassés. Ouste !

Le héros est hispano-américain, Jonathan Velasquez à moins que ce ne soit Jessy Gutierrez ou encore Bryan Torres, qu’importe ? L’œil est états-unien c’est à dire Américain. L’entrée est interdite aux moins de dix-huit ans.

Paula est muette, elle passe d’une photo à l’autre sans pouvoir détacher son regard de ces organes-revolvers, organes-seringues. Brûle pourpoint, spontanéité, réalisme, vérité. Qui donc pourrait croire cela ? Même un Chicano analphabète n’est pas bête à manger du foin. N’est pas vicieux pour rien.

L’objectif focalise l’inconduite, le démon qui habite ces fils de migrants qui s’adonnent au sexe collectif, aux jeux érotiques mi homos mi hétéros, à la drogue, dans des arrière cours délabrées, dans des chambres glauques aux murs décrépis, aux rideaux sales et aux meubles usés et démodés. Cette fille aux yeux et aux cheveux noirs, en slip et soutien gorge qui caresse le début d’érection de ce garçon. Paula frissonne, elle lui ressemble tellement. Paula imagine le vieux Gringo, en face, derrière son trépied. Le Yanqui dans son labo photo. Le Yuma qui inaugure l’exposition, son vernissage sans mauvais goût. It’s so sweet !

Pendant ce temps que font Jonathan Martinez ou Jessy Gutierrez ou encore Bryan Torres ? Sans doute errent-ils à la recherche de repères, cinquantenaires alcooliques aux ventres basanés tombant sur un sexe mou et inutile. A moins qu’ils ne reposent, leur sexe mou et flasque entre les jambes, plus noir que jamais, au cimetière de Tulsa ? Retourner l’objectif. 180°. Prendre un dernier cliché de la décadence. Des gens bien propres sur eux, à la peau blanche et savonnée qui vivent le sexe sous verre. Irrémédiablement de l’autre côté de la lentille. Protégés du mythe des grands phallus nègres hors normes.

Paula quitte l’exposition.

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