Papillons envolés

Posted: domingo, 16 de enero de 2011 by magali in Etiquetas:
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Avec le sourire Chavela raconta cette histoire quelques semaines après qu’elle lui soit arrivée à son amie Mariajo, à la fin elle lui demanda de deviner ce qu’elle avait fait de cette fameuse journée ?


Chavela regarda une dernière fois ses sautoirs aux perles multicolores, chacun lui avait demandé un temps précieux de travail. Le résultat était là, superbe. Chaque pièce telle un insecte mystérieux attendait dans sa boite avant de déployer au grand jour ses ailes polychromes. Elle avait rangé les bijoux et partirait le lendemain exposer ses oeuvres uniques et originales à Holguín où avait lieu la grande foire d’artisanat. C’est en tout cas ce qu’elle croyait. Chavela s’étira et alla se coucher, demain serait un autre jour.

Le téléphone retentit dans l’appartement silencieux, Chavela ne savait plus si c’était un appel ou la sonnerie qu’elle avait programmée sur mode réveil. Un réflexe paresseux, elle tendit le bras et décrocha.

- Man ? C’est moi.
Elle articula un « euh » inaudible.
- Man ? Tu m’entends ?
Elle prononça un « Oui » incertain.
- Ecoute je n’en peux plus, le vieux a encore fait sur lui, c’est la deuxième fois cette nuit. Il en pleure le pauvre et moi je me sens mal, je n’en peux plus.
Chavela ouvrit les yeux, complètement réveillée.
- Manu ? Le vieux est chez toi ?
- Non, je suis resté avec lui, personne n’en voulait. Hier ils sont tous partis les uns après les autres avec un bon motif, tu sais. Je ne me sentais pas le coeur à partir et à le laisser.
- Je t’avais dit de rester à l’écart, c’est à ton père d’être là, il fallait m’écouter, rester à l’écart.
- Tu le connais, Man, tu le connais bien, hier il est parti le premier, j’ai eu honte. Ça me brise le coeur, cette situation est inhumaine. Je ne sais pas comment faire, je suis là avec lui, il pleure dans son lit, ses sanglots sont insupportables. Je t’en prie Man ! Viens !
- Pas question, je ne vais pas me laisser avoir cette fois, tu sais que je pars à Holguín, j’ai un stand à la foire et des pièces superbes, je bosse comme une folle depuis un mois, non je ne peux pas venir aujourd’hui, tu dois te débrouiller, appelle ton père. Je veux plus rien savoir de cette famille, le vieux n’a qu’à chier sur lui, laisse-le, c’est pas à toi de t’en occuper, combien de fois je devrais te le dire ? Ecoute va dormir, ferme la porte de sa chambre et laisse le. Moi je dois me préparer, quelle heure est-il ?
- Il est 5 heures.
- 5 heures ? Déjà ! Ecoute je te rappelle dans la matinée, va te coucher maintenant, repose-toi et demain tu trouves une solution, on en parle plus tard, je dois y aller mon chéri. Je te rappelle.
- Ok Man, bonne chance pour la foire. Appelle-moi.

Chavela posa les pieds hors du lit. Elle était en colère. Des ingrats, et lui, elle ne trouvait pas le mot pour le qualifier. Depuis quinze ans qu’ils étaient séparés elle n’avait pas cessé de recoller les morceaux entre lui et Manu. Comment un père pouvait-il abuser ainsi de son fils ? Un couard, un immature, un vrai con. Machinalement elle se dirigea vers la cuisine et mit en route la cafetière, avant de pousser la porte de la salle de bain. Un bon café lui ferait du bien.
Des picotements, puis des lancements aigus sous la plante des pieds. Que se passe-t-il ? Que m’arrive-t-il ? Le sol jonché de débris de verre, la fenêtre de la salle de bain ouverte, un carreau cassé, dont les débris se sont incrustés sous ses pieds, elle saigne. Bon sang ! Que s’est-il passé ? Sans plus ressentir la douleur, une poussée d’adrénaline lui fait reprendre ses esprits, quelqu’un est entré. Parcourir l’appartement, vite, vite, les boites à bijoux. Plus rien, les insectes se sont envolés, parties les belles pièces. Salops, quels salops, ils m’ont tout pris, ils m’ont volée. Quelle guigne, un temps précieux de travail, c’est pas vrai ! Fini la foire, pas de ventes, pas d’argent. Il faudra recommencer.
Chavela s’assied sur le rebord de la baignoire prend la pince à épiler et commence à enlever les brisures rosées de sang, une à une... ils m’ont tout pris, les salops, une journée de merde. Aïe ! En plus ça fait mal. Le vieux couché là-bas dans sa misère, Manu complètement déprimé et moi dévalisée... Il ne me reste plus qu’à me recoucher, demain sera un autre jour. Le nettoyage de la salle de bain ne pose pas de problème à Chavela, le souci sera de trouver un nouveau carreau, peut-être installer une grille extérieure, c’est ce que font les voisins. Les bijoux à recommencer... Demain sera un autre jour. Le vieux va mourir, qu’il crève, j’en ai ras le bol de cette famille de tordus, plus tordus les uns que les autres, Manu, le pauvre. Je l’appèlerai plus tard. C’est pas le moment... L’odeur du café lui éveille agréablement les sens. La vie, les choses simples de la vie, un bon café, un instant de bonheur à apprécier, là sur le coin de la table. Chavela regarde le soleil se lever, une nouvelle journée commence. Elle se dit qu’il faudra que se soit une belle journée, coute que coute. Il y en a assez avec le vieux qui n’en finit pas de mourir, Manu qui ne veut pas le lacher, ses plans tombés à l’eau, non ! Simplement les papillons qui se sont envolés. Oui ce sera une belle journée.

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