L'odeur des dollars

Posted: lunes, 10 de enero de 2011 by magali in Etiquetas:
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Il n’est pas encore arrivé. Mais il viendra puisqu' il me l’a promis. Aujourd’hui est un grand jour : celui de mon anniversaire. Maman m’a félicitée ce matin et je sais qu’il y a des messes-basses depuis quelques jours. J’aurai droit à un bon repas, une grande bouteille de boisson gazeuse sera achetée en mon honneur. Cet après-midi mes copines viendront me féliciter et puis le téléphone a déjà commencé à sonner pour moi. Mais lui ? Viendra-t-il ? Il me l’a promis. Je l’attends penchée à la fenêtre. J’observe les silhouettes qui vont et viennent devant la maison, je connais la sienne. Je ne la vois pas. Maman m’appelle : Téléphone ! C’est pour toi Fiorela !


J’ai bien mangé et j’ai bu deux verres immenses de boisson à l’orange, maman m’a servie avec le sourire.
Mes amies sont passées, chacune avec son petit cadeau : une carte, une boite à bijoux en carton, un ruban pour mes cheveux, encore une carte, une boule de chocolat, une bande dessinée… J’avais envie de courir à la fenêtre pour surveiller son arrivée mais j’ai du patienter. Dès leur départ, j’ai repris ma place, les bras croisés sur le rebord, le tête penchée, les genoux pliés sur un tabouret pour ne pas me fatiguer. J’ai encore entendu des messes-basses mais maman ne m’a pas appelée, elle est passée plusieurs fois, m’a regardée sans rien dire, j’ai lu la tristesse dans son regard, elle m’a embrassée tendrement à chaque fois, en silence. Chaque année j’ai passé mon anniversaires entre les visites et l’attente à la fenêtre. J’ai grandi.

Ensuite ma vie a changé et j’ai passé de nombreux anniversaires seule en France, loin de mon pays, sans que ce jour signifie plus que cela : le jour de ma naissance. Si c’était un jour de semaine, j’allais travailler sans rien dire, sans même en parler. Mais le soir j’appelais Cuba, j’entendais la voix de ma mère, mes tantes me félicitaient aussi, et on me transmettait de nombreux messages d’amitié, mes amies sont restées fidèles. Lui, je ne l’ai jamais appelé ni à cette occasion ni à aucune autre. Je m’endormais en voyant une petite fille aux cheveux noirs et aux yeux brillants d’amour qui se penchait à la fenêtre.

Le hasard du calendrier veut que je sois née le 31 juillet, c’est à dire pendant les vacances d’été à Cuba comme en France. Aujourd’hui est à nouveau un grand jour : celui de mon anniversaire et je suis de retour à la maison pour mes vacances. J’ai organisé un bon repas pour ma famille avec l’aide de mes tantes. Je me suis levée tôt et je me suis pomponnée, j’ai répondu au téléphone car personne ne m’a oubliée. Vers le milieu de la matinée, il a appelé et m’a annoncée sa visite. Il viendra, il me l’a promis.

Alors j’ai pris mon sac avec mes dollars et je suis sortie en ville. J’ai traîné dans les boutiques, j’ai acheté un gros gâteau, des bougies, j’ai acheté plusieurs bouteilles de boisson à l’orange, la même. J’ai retenu une caisse de bières et deux bouteilles de rhum vieux, son préféré. J’ai fait livrer le tout par un taxi. Puis j’ai recommencé à faire les boutiques, j'ai acheté des vêtements, un petit sac à main, du maquillage. J’ai appelé chez moi et maman a répondu qu’il était là, il m’attendait. J’ai dit que je ne tarderai plus guère à rentrer. Je suis allée au cinéma, je ne me souviens pas du film, je voyais celui d’une petite fille aux cheveux noirs et aux yeux brillants d’amour qui se penchait à la fenêtre. Ensuite j’ai appelé à nouveau et j’ai dit à maman qu’ils commencent à manger que j’étais retenue par plusieurs amies et que j’allais bientôt arriver. Maman n’a rien demandé, je crois qu’elle a compris.

J’ai attendu que la nuit tombe et je me suis dirigée chez moi lentement, sans mes paquets, je les ai offerts à mes copines pour mon anniversaire. Au coin de la rue mes yeux se sont portés directement à la fenêtre et je l’ai vu, mon père était appuyé sur le rebord. Il avait certainement bu le rhum et la bière. Il attendait sa fille rentrée de l'étranger et qui avait certainement encore beaucoup de choses pour lui. Il ignorait qu'il lui faisait en cet instant son plus beau cadeau car il attendait le visage penché à l’extérieur comme la petite fille aux cheveux noirs et aux yeux brillants d’amour d' il y a longtemps, trop longtemps. Elle se penchait jusqu’à en avoir mal aux bras, aux genoux. Jusqu’à ce qu’elle tombe de fatigue et aille se coucher en silence. Il y a longtemps déjà mais c’était hier.

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