Le chic parisien

Posted: martes, 14 de diciembre de 2010 by magali in Etiquetas:
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Comme tous les Orishas, Ochún partage avec les femmes et les hommes ses qualités comme ses défauts. Aussi elle partage le rhum comme le tabac, le parfum comme bien d’autres choses encore…

Belkis constata qu'un attroupement s'était formé devant la porte de chez elle. Etait-ce bien devant chez elle ?
Plus elle approchait et plus il devenait évident que oui. Que s'était-il passé en son absence ? Elle avait quitté la maison vers midi pour rendre visite à une amie et déjeuner avec elle. Son séjour à Cuba était ponctué de moultes retrouvailles qu'elle s'était ingéniée à étaler tout au long du mois qu'allait durer sa présence ici. Afin de profiter au maximum du temps compté plusieurs cousines venaient également passer quelques jours chez elle, une façon d'être ensemble et de donner un coup de main de ci de là. Elle avait donc laissé sa cousine Dorita et sa mère vers midi, l'heure à laquelle elle s'était rendue chez son amie d'enfance, d'école, de collège, de lycée et d'université qui habitait à quelques rues de là.

Belkis accéléra le pas, se mit à faire de grandes enjambées pendant qu'elle se disait mon dieu pourvu qu'il ne soit rien arrivé, rien de grave, mon dieu non, c'est pas possible, mon dieu je t'en prie... Les voisines et quelques enfants étaient agglutinés devant la porte, elle dut forcer le passage, pardon, laissez-moi passer. Laissez-moi passer ! Que se passe-t-il ? Pardon...

Elle entendit vaguement c'est Dorita, la pauvre, Dorita ne se sent pas bien. Au même moment une odeur acre la saisit à la gorge et elle toussota légèrement. Pura, la voisine reprit plus proche d’elle, Ochún s’est fachée ma fille, Ochún est jalouse. Il faut lui rendre son dû. Aïe pauvre Dorita ! Quelle arrogante, il faut allumer les bougies. Vite.
La mère de Belkis était assise sur le pas de la porte, elle maintenait le visage de Dorita tout en lui appliquant un linge humide sur le visage, plus précisèment sur les yeux. De l'autre main elle tenait un mouchoir sur sa bouche, qu'elle agitait le temps de reprendre sa respiration puis elle le remettait en place.
- Maman, que se passe-t-il ?
Dorita était nue comme un ver sous la couverture du canapé. Assise sur la marche, elle tenait ses bras croisés sur ses genoux pliés, tandis qu’à ses côtés, sa tante lui maintenait la tête. Belkis commençait à sentir son nez couler et ses yeux larmoyer, elle toussait de plus en plus, sa mère toussait aussi, son visage était thuméfié.
- Maman qu'est ce qu'elle a ? c'est quoi cette odeur ?
- Ton parfum, ma fille, ton parfum.
- Quel parfum ?
- Dorita a utilisé ton parfum, tout à l'heure...
- Quel parfum ? Où ?
- Ah ma fille je ne sais pas, une allergie, elle a une allergie et moi aussi, ce parfum s’est transformé en poison ma fille.
- Mais maman je ne comprends pas, quel parfum ?
- Dans ta chambre, Dorita a pris ton parfum, puis elle est sortie de la chambre en hurlant, les yeux en feu en toussant et en crachant. Le parfum s'est répandu dans toute la maison. J'ai dû la déshabiller, ça lui brulait les yeux et ça sentait mauvais dans toute la maison. J’ai dû fermer la porte et sortir, c'est intenable là-dedans ma fille, pire qu’une fumigation.

Pura, la voisine toujours avisée revenait avec le remède et un cigare allumé à la bouche. Elle alluma plusieurs bougies et tendit un ruban jaune en travers de la porte. Elle déposa une soucoupe de rhum, ôta le cigare de ses lèvres et en mit le bout incandescent dans sa bouche puis elle commença à souffler. La fumée du tabac se répandit doucement autour d’elle... La mère releva la tête et cligna des yeux. Dorita restait prostrée et ne pouvait plus ouvrir les yeux, ses paupières fermées étaient rouges. Un médecin ? La trainer jusqu'à la consultation la plus proche ? Elle hoquetait et continuait à cracher en se raclant bruyamment la gorge. Quel dilemme. La mère n’en pouvait plus. Elle tendit le bras, attrapa la soucoupe et but une bonne gorgée de rhum, elle fit un clin d’œil à Pura, comme pour dire : Au point où nous en sommes. Ochún mérite surement aussi une punition...

Belkis était perplexe car elle ne se souvenait pas d'avoir laissé un parfum dans ses affaires. Depuis son arrivée elle avait eu le temps de tout mettre en place dans la salle de bain, un parfum ? Mais quel parfum ?
Puis elle éclata de rire, un rire sonore et joyeux qui lui racla la gorge.
- Comment Dorita tu as osé ? tu as fouillé dans ma valise ?
Au petit matin lorsqu’elle avait quitté son appartement parisien pour traverser la ville, chargée de ses lourds bagages afin de prendre son avion à l'aéroport, elle avait glissé une petite bombe lacrymogène dont elle ne s'était jamais servie dans son sac à main. Avant l’enregistrement elle avait glissé la bombe dans le filet intérieur de sa valise et n'y avait plus pensé.

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