CoCo RiCo

Posted: domingo, 5 de diciembre de 2010 by magali in Etiquetas:
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On reconnaît chaque époque aux prénoms que portent les gens. Logiquement Colette était née en 1942. Sa famille était du sud de la France marquée par la Résistance. Puis il y avait eu la victoire, la faim bien sûr, mais la victoire après une lutte qui avait laissée ses traces sur l'ensemble de la famille. On l'appelait Coco.
A 14 ans elle avait obtenu de justesse son certificat d'études. A 18, elle s'était mariée comme la plupart de ses copines avec un jeune homme de son village qui lui n'avait même pas obtenu son certificat d'études. Mais les temps étaient porteurs d'espoir, rapidement Coco était devenue secrétaire d'une entreprise de transports de la région. On l'appelait toujours Coco. Au travail certains utilisaient ce diminutif avec un léger sourire en coin. En effet, elle et son époux installés à la capitale de région étaient syndiqués et défendaient avec conviction les droits et libertés des travailleurs. Il était responsable de l'entretien dans la même entreprise qu'elle. Un premier enfant était né en 1964, Colette était très fière de ne s'être pas mariée enceinte comme la plupart de ses copines du village. Puis les enfants, déjà grands, étaient partis de la maison, avaient fait leur vie, comme elle disait. L'année de la retraite était arrivée.
Alors elle avait voyagé à Cuba bien sûr, une destination tellement particulière. Une destination à la mode aussi, un pays où les gens sont tellement sympatiques, généreux alors qu'ils n'ont rien, et puis merveilleusement photogéniques. Au retour l’Association de Solidarité avec le Peuple Cubain lui avait parue défendre ses idéaux, enthousiaste et forte de son expérience de 15 jours au pays du Che elle avait adhéré et elle occupait le poste qui était le sien : secrétaire. Sur la porte du local tronait un magnifique drapeau cubain.

Plutôt sûr de lui et optimiste, Felipe était entré dans le bureau de l'Association de Solidarité avec le Peuple Cubain. Il était convaincu de la valeur de son travail, ses oeuvres étaient parlantes, on ne peut plus cubaines. La secrétaire avait oté ses lunettes et levé vers lui un regard entre interrogatif et méfiant. Il ressentait toujours ces choses là. Pourtant il avait refusé de se raser moustache et favoris qu'il disciplinait finement en une petite tresse africaine sur chaque joue, son crane était rasé, plus facile à coiffer quand on est noir. A ses poignets plusieurs bracelets d'argent teintaient à chacun de ses mouvements, il portait une chemise cubaine traditionnelle sur un jean et des espadrilles de corde aux pieds, hiver comme été.
« Ici c'est pas comme ça que ça marche ! Non, non, non c'est pas comme ça ici. Il faut déposer un dossier auprès du bureau, on l'examine et ensuite on vous donne une réponse. Laissez-nous vos coordonnées, votre site internet ou un dossier... ».
Il sentit le regard de la secrétaire dans son dos une fois qu'il eut tourné les talons. L'acceuil avait été froid, glacial en fait. Et ce mot répété plusieurs fois lors du court entretien : « ici ». La secrétaire l'avait utilisé comme on brandit un drapeau, celui du néo-colonialisme par exemple et il était tombé comme une frontière entre deux mondes, l'un civilisé et organisé et puis l'autre. Il avait naïvement pensé lui expliquer : « En France depuis peu je n'ai pas encore de cartes de visite, ni de site internet (il n'avait même pas d'ordinateur et encore moins un dossier de photos à laisser). Une partie de mes oeuvres sont là, rangées sur mon chariot, laissez-moi vous montrer ! Ou dites-moi quel jour je peux passer pour parler avec les membres du Bureau ? »

Rien n'y fit. Il ne put user de son charme habituel avec cette dame que chaque tentative de convaincre semblait effrayer davantage : « Ici on ne traite qu'avec des Professionnels ».
A Cuba il était bien diplômé de son école d'Arts Plastiques, il avait même participé à plusieurs expositions collectives dans les galeries que l’état tenait à la disposition des artistes. Il avait même eu le privilège qu'on lui organise une exposition individuelle, l'année avant son départ. Il était donc reconnu comme jeune artiste plutôt prometteur… C'est ce qu'il avait naïvement tenté d'expliquer dans son français récent. Rien n'y fit : « Ici on ne traite qu'avec des Professionnels ».

Felipe venait tout juste de comprendre le courrier dans lequel on lui signifiait que « Il ne pourrait pas exposer ses oeuvres car l'Association ne traitait qu'avec des Professionnels et sur des échanges établis à l'avance selon un calendrier fixe et surtout chaque projet devait recevoir l'aval du Bureau ». Felipe maintenant s'en voulait de ne pas avoir demandé à la secrétaire « Et vous Madame, quel diplôme avez-vous pour me juger ici ? »

1 comentarios:

  1. Anónimo says:

    Me gusta mucho esta historia.

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