Save Our Souls

Posted: jueves, 25 de noviembre de 2010 by magali in Etiquetas:
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Le Rendez-vous fut pris par téléphone dans la matinée. Ils envoyaient quelqu’un avant midi. L’attente commença, longue et douloureuse. Son dos paraissait meurtri, comme si on l’avait bourré de coups de poing, il ne tenait pas sur ses jambes ou pas longtemps, ensuite l’impression d’être dans un bateau qui tangue l’emportait et l’obligeait à s’allonger les yeux fermés. Les heures passaient entre demi-veille et quart d’heure de lucidité pendant lesquels Frank constatait son état lamentable.

Vers 14 h 30 on sonna à la porte, la personne envoyée entra d’un pas décidé. Frank attendait debout dans le salon. Leurs regards se croisèrent à peine celui du visiteur était fuyant, occupé à extraire un objet de sa sacoche. Il brandit alors une espèce de gros pistolet en plastique et le dirigea d’abord vers son œil gauche, il appuya sur la gâchette et un faisceau verdâtre le frappa en plein front puis il fit de même en pointant l’arme maintenant sur son œil droit. Pas un mot, il remit l’objet à sa place. Tout avait l’air normal mais Frank surpris fit un pas en arrière sans le vouloir, il butta contre le coussin du canapé et s’assit comme si le faisceau verdâtre l’avait poussé là. Bouche bée.

L’autre s’avança vers lui et lui demanda de se lever, rapidement il posa ses doigts sur les parties douloureuses et tapota légèrement, Frank souffrait énormément, c’était une évidence. Ensuite il ordonna à Frank qui expliquait en bredouillant comment il s’était éveillé à 4 heures du matin sans pouvoir bouger, cloué au lit, comme si son squelette était entré dans le matelas, s’était incrusté dans la mousse et avait pesé une tonne, de s’allonger puis de lever la jambe gauche, puis la droite. Frank s’exécuta difficilement, légèrement penaud à l’idée de l’image qu’il donnait de lui en cet instant. L’autre ne parlait pas et ébaucha seulement un vague signe affirmatif de la tête, déjà il se dirigeait vers la table, il s’assit et tira un autre objet de la sacoche, un carnet à souche.

Il écrivit d’une écriture de chat, oubliant plusieurs syllabes à chaque mot, fidèle au code secret de sa profession. Ensuite il se leva, Frank était venu le rejoindre à la table, silencieux, il observait. L’autre lui tendit l’ordonnance et parla enfin : « 53 euros ». Puis il ajouta car Frank était muet « je suis pressé car je suis mal garé ». Frank commença à essayer de déchiffrer à toute vitesse les hiéroglyphes pendant que l’autre rangeait son carnet dans la sacoche et son stylo dans la poche de sa veste. Puis il regarda Frank toujours muet et lui tendit la main avec un grand sourire, il dit « au revoir » Le Rendez-vous avait duré environ 6 minutes, Frank répéta machinalement «au revoir », l’autre s’éloignait déjà vers la porte d’entrée qu’il franchit sans se retourner.

Un immense fou rire secoua Frank et réveilla intensément la douleur. Il sentit à ce moment-là que son esprit regagnait son corps et ce fut un soulagement. Ce rendez-vous n’avait été qu’une intrusion pendant laquelle Frank n’existait pas. Seul son corps était là, son esprit était parti loin dans une autre histoire.

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