Aux environs de 18h00

Posted: martes, 9 de noviembre de 2010 by magali in Etiquetas:
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Aux environs de 18h00, chaque jour n’importe où à Cuba.

Sa main le retenait fermement par le bras. Il lui était impossible d’y échapper. Il sentait la pression des doigts autour de son jeune biceps en pleine croissance. Tous ses muscles se tendaient de la pointe des orteils en passant par les mollets puis les fesses, contractées elles aussi. Plus haut les omoplates étaient serrées. Le cou n’était que douleur, tendons, tension.

Il était nu, entièrement offert à la force adverse. Ses pieds avaient perdu toute emprise sur le carrelage mouillé aux arrêtes vives, il sentait l’insécurité, le poids de son corps comme posé sur deux savonnettes. Son esprit passait rapidement de la sensation de déséquilibre, à la douleur de la nuque et du biceps.

Depuis quelques fractions de seconde il avait fermé les yeux, le liquide trop chaud, brûlant, ou trop froid, gelé, sur sa tête lui coupait la respiration. Un instant il dut se concentrer sur cet exercice si banal en d’autres moments : inhaler-exhaler l’air. Remplir ses poumons. Les orifices de son nez à vif, il sentait une tige de métal qui lui remontait vers les sinus. Il se demanda si la tige pourrait ressortir par les yeux, par l’endroit d’où s’échappent les larmes.

Ensuite il se demanda si les larmes se verraient sous ce déluge d’eau qui ne cessait pas. Combien de temps ? Combien de temps s’était-il écoulé ? Et surtout combien de temps lui restait-il à supporter cela ?

Il essaya de réciter sa table de multiplication, celle de cinq était la plus facile. Cinq fois un, cinq. Cinq fois deux, dix. Cinq fois trois, quinze. Cinq fois quatre, vingt. Cinq fois cinq, vingt cinq. Il imagina et visualisa alors les barrettes de cinq, puis le cube parfait de cinq sur cinq. Comme on lui avait appris.

C’est à ce moment là que son nez se mit à couler, il sentit le liquide salé lui envahir la lèvre, et la pointe de la langue. En un soubresaut il voulut se dégager pour ôter ce liquide répugnant. D’un geste maladroit il bougea les pieds, tandis que par les paupières entrouvertes il discernait à peine un rideau d’eau, un bandeau de pluie cuisant. Les deux savonnettes commencèrent à patiner tandis que la pression sur le biceps montait d’un cran.

« …………………….ste……………ille ». Il crut distinguer deux sons, lointains. Ses oreilles pleines d’eau bourdonnaient et il sentait au fond de son nez (ou était-ce au fond de sa gorge ?) un chatouillis insupportable, il se racla la gorge plusieurs fois et cracha. Puis secoua la tête, comme font les poulains quand ils vous regardent et qu’ils n’ont pas encore choisi dans quelle direction orienter leur course maladroite. « Reste tranquille » entendit-il distinctement cette fois.

Il sentit une main s’accrocher dans ses cheveux, ils étaient épais, d’une plantation resserrée et abondante. Il avait ce qu’on appelle de belles boucles. La main lui labourait le cuir chevelu, les ongles traçaient des sillons cuisants, lui tiraient la peau délicate à la base de la nuque et sur le pourtour des oreilles. Comme des milliers d’aiguilles qui soulevaient la peau délicate, lui arrachant des gémissements de plus en plus forts.

Sa respiration s’accéléra et il essayait de respirer par les lèvres entrouvertes comme il avait remarqué lors des séances précédentes que cela était plus confortable. Il eut envie d’uriner. Trop d’eau, trop de clapotis, à chaque fois c’était pareil se dit-il. Il lui suffisait d’arriver à la plage ou sur le bord d’une piscine pour sentir un chatouillis reconnaissable entre tous. Tant pis. Je le fais. Il laissa s’échapper l’urine avec un certain soulagement et reçut pour cela une claque sur les fesses. Rapide et cinglante. Il perdit l’équilibre mais à peine car son corps s’était relâché pendant la mixtion. Il n’était pas aussi tendu, et c’est comme si ses pieds s’étaient élargis, prenant plus d’assise au sol. Il sentit l’eau tiède circuler le long de ses cuisses puis entre ses doigts de pied. « ...o…on » distingua-t-il à nouveau tandis que la pression cessait sur son bras. Les doigts lui empoignèrent alors le menton et le relevèrent. « …o …on ».

- J’entends rien
- J’ai dit : Cochon, lève le menton.

Une odeur fruitée envahit ses narines, depuis combien de temps ? Il n’y avait pas prêté attention avant. On aurait dit qu’il avait le nez dans un pot de confiture, il pensa aux bonnes tartines du déjeuner, puis à un chewing-gum. Ses oreilles semblaient se vider. Il put ouvrir les yeux et observa le plafond blanc, la lueur de l’ampoule. Son nez paraissait sécher petit à petit, il essaya d’ouvrir la bouche et de bailler pour retrouver toutes les sensations habituelles, si c’était possible. Oui, il pouvait.

Le jet d’eau faiblissait. Il se retrouva la tête enfermée et enserrée dans un tissu jaunâtre, secouée dans tous les sens, tandis qu’il sentait à nouveau la pression des doigts, des ongles, légèrement atténuée à travers le tissu. Ce n’était plus une tête mais un panier à salade, il fléchit les genoux et écarta les bras, mains tendues, paumes ouvertes. Il ouvrit grand la bouche et inspira l’air aussi fort que ses forces le lui permettaient. La lumière revint, violente, entière.

REACTIONS
– Elle :
« La prochaine fois j’envisage de recommencer et de rajouter quelques étapes supplémentaires comme l’introduction de bâtonnets dans les oreilles et la friction derrière les oreilles (en les repliant complètement vers l’avant) à l’aide de la pointe dure d’un gant. J’ai prévu aussi l’exploration du nombril avec le petit doigt, c’est plus facile, en tournant et en appuyant jusqu’ à ce qu’il ressente la propreté, là, à l’intérieur, comme s’il avait un cordon ombilical. J’insisterai sur les parties génitales, mais je ne compte pas vous en parler en détail ici. Je terminerai sans doute par l’écartement des orteils, les uns après les autres, jusqu’au plus petit de chaque pied et je passerai un doigt gainé entre chacun d’un, en insistant bien, en appuyant sur l’endroit où la peau est fine, repliée, comme au fond d’un nid fourré de coton tendre, de fibres de chaussettes accrochées. Tout cela à l’eau bien chaude afin d’ouvrir les pores, d’attendrir l’épiderme et de pouvoir procéder au décapage du dos et des épaules. Je crois que je n’ai rien à rajouter. Ah, si ! Ce sera parfait, bien sûr, le jour de l’étape ultime, qu’il finisse par faire lui-même tout cela tout seul. Dans quelques mois je compte bien y parvenir. »

 – Lui :
- Maman, demanda-t-il, combien de temps peut-on rester sans respirer ?
- Pourquoi tu me demandes ça ? J’ai terminé, bon, tiens la serviette et continue à te sécher les cheveux. Tu vois que c’était rien ? Maintenant on va pouvoir passer à table.

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