Quand les dieux jouent (3/3) : Obatalá

Posted: viernes, 15 de octubre de 2010 by magali in Etiquetas:
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Cette année Sonia ne va pas à Cuba. Elle a changé de travail et n'aura pas de vacances cet été. Comme chaque année elle a attendu ce moment. Elle a prévu à l'avance les achats de conséquence, la garde-robe appropriée. Tout est soigneusement plié. Tout est emballé, les consignes sont données : María apportera ce paquet à sa mère, Danielka celui-ci à sa soeur et Liset celui-là à sa belle-soeur et aussi celui-là à Tante Cristina. Ensuite chacun a des consignes précises à l'intérieur des paquets afin d'en répartir le contenu entre les différents membres de la famille. Sonia rêve au moment où chacun ouvrira son paquet et y découvrira ce qu'elle y a envoyé. Ses amies cubaines sont parties une à une.

Au téléphone Sonia écoute les remerciements, les rires, les voix. Elle a le coeur un peu serré, elle ferme les yeux et se concentre sur les voix familières en se remémorant les mimiques de chacun, l'expression des visages aimés. Un mois c'est vite passé... Et puis elle a organisé une soirée pour le retour de ses amies. Elle va cuisiner et elles vont lui raconter... Lui montrer les photos de cet été...

Avant son départ María est venue chercher le paquet pour l'emmener à la mère de Sonia. Elle a vu les yeux de sa copine briller. Elle l'a consolée : « Sonia, rappelle-toi Ce qui advient, convient... » Sonia a souri et a répété « Oui, ce qui advient, convient... tu as raison. Il ne faut plus y penser ». Son destin est entre les mains des Orishas qui ne font rien sans raison.

Un mois plus tard María est splendide, les quelques semaines à Cuba lui ont fait un bien fou. Amincie, bronzée, les cheveux serrés dans un bandeau coloré, elle ne ressemble plus guère à la jeune femme qui a quitté Sonia il y a peu de temps. Ce soir comme prévu a lieu le dîner de retrouvailles après les vacances. María prépare un sac où elle glisse les lettres et photos que la famille envoie à Sonia, son ordinateur portable pour diffuser le diaporama des vacances qu'elles vont partager. On y voit son nouveau fiancé ! Félix, un gars du quartier avec qui elle a pris du bon temps. Dire qu'ils se connaissaient depuis toujours et qu'ils ont attendu cette année pour se rencontrer. En cherchant des cadeaux-souvenirs elle est entrée dans sa boutique. Depuis quelques années il fabrique et vend des bijoux en argent issu de la récupération : couverts, vaisselle, ustensiles, bijoux cassés ou démodés ... Il les transforme en pendentifs, boucles d'oreille, bracelets et bagues. Son commerce prospère mais il ne s'en étonne pas. Les signes étaient là bien avant pour le lui dire, n'avait-il pas perdu sa seule gourmette en or dans le train qui le ramenait de La Havane, alors même qu'il avait en poche toutes les autorisations officielles pour ouvrir son petit commerce de bijoux en argent ? Ce qui advient, convient... S'était-il dit, vert de rage en pensant à sa gourmette. Les Orishas veillent et ne font rien sans raison. María glisse aussi dans son sac la surprise qu'elle a ramenée à Sonia. Un cadeau de Félix, spécialement pour son amie : une de ses plus belles pièces, une très belle bague en argent.

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