Quand les Dieux jouent (1/3) : Ochún

Posted: viernes, 8 de octubre de 2010 by magali in Etiquetas:
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De retour de La Havane Sonia est songeuse dans le train qui cahote vers Santiago. Maintenant la nuit est tombée. Elle serre son sac sur ses genoux et essaye de dormir un peu. Les papiers sont en règle, elle pourra se marier dans dix jours. Depuis le temps qu'elle en rêvait, une robe blanche achetée depuis des mois déjà, une paire de sandales neuves. Il les lui avait décrites au téléphone et il allait les apporter, pourvu qu'elles lui aillent... Il ne lui manquait que la bague. Elle n'avait pas osé soulever la question avec lui, il s'était occupé de tellement de choses, leur mariage à Cuba coûte les yeux de la tête, alors la bague... Le train s'est arrêté à nouveau, impossible de distinguer à travers la vitre opaque de poussière. On doit être en rase campagne, pas une lumière, pas une ombre. Sonia continue à serrer son sac sur ses genoux et à rêver au jour J. Oui tout était prêt, ils loueraient une voiture pour aller au Tribunal International, sa soeur avait promis de la coiffer et de la maquiller, mais la bague... Elle finit par s'en remettre à la sagesse populaire : ce qui advient, convient. Si elle devait se marier sans bague, il en serait ainsi. Son destin est entre les mains des Orishas qui ne font rien sans raison. Elle décide de ne plus y penser, se lêve pour aller aux toilettes en espérant bien dormir un peu après. En arrivant à destination Félix avait sauté du train sans même attendre son arrêt complet, ras le bol ! Quinze heures depuis qu'il avait quitté La Havane, une nuit horrible dans les cahots, les arrêts saccadés et inexpliqués, les départs brusques et tout aussi inexpliqués. En sautant, la manche de sa chemise remonte légèrement et il constate horrifié qu'il n'a plus sa gourmette en or au poignet. Il remonte dans le train tout aussi précipitemment qu'il l'avait quitté, parcourt en vain le couloir vers son siège au milieu des passagers qui le bousculent en se frayant un chemin vers la sortie. Il s'accroupit, passe sa main entre les coussins, va jusqu'aux toilettes. Rien. Il doit se rendre à l'évidence : il a perdu sa gourmette en or ou bien on la lui a volée. Toutes ces histoires qu'on raconte sur les passagers qui se font dépouiller... Peut-être que ma gourmette est tout simplement tombée... Il descend le dernier, contrarié par cette histoire. Il scrute desespérément les poignets des gens qu'il croise, sur le quai, dans le hall de la gare, à la sortie, le long du chemin jusque chez lui. On ne sait jamais... Il finit par se dire qu'à La Havane tout s'est bien passé, pour la gourmette : ce qui advient, convient... Il s'en remet à la sagesse populaire, son destin est entre les mains des Orishas qui ne font rien sans raison. Il décide de ne plus y penser.

A la sortie du Tribunal International la famille de Sonia est très fière, tout s'est bien passé. Leur fille est magnifique. Dans la voiture qu'ils ont louée les mariés heureux regagnent l'hôtel où la séance de photos va pouvoir commencer. Sonia se sent belle de la tête aux pieds. Ses sandales lui vont à merveille. Son chignon est parfait. La bague en or commandée et faite sur mesure brille à son doigt et lui donne tout l'air d'une femme mariée.

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