Happy hour cubano

Posted: jueves, 30 de septiembre de 2010 by magali in Etiquetas:
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L'argent envoyé par son amie canadienne est bien parvenu à Ariel. Il ne s'y attendait même pas. Tu parles d'une surprise ! Il compte et recompte les billets, exactement 35 dollars, ni plus ni moins. Une belle journée devant lui avec 35 dollars. D'abord acheter une bouteille de rhum, que dis-je ! Acheter plusieurs bouteilles de rhum. Trois. Non quatre. Merde ! Cinq, pour un compte rond. Il tend les billets à la vendeuse et emporte les cinq bouteilles rangées dans un carton. Il a beau les serrer contre lui, rien n'échappe aux voisins. Eh Ariel ! C'est ton anniversaire ou quoi ? Dis-donc tu as gagné au loto ? Ariel, n'oublie pas les amis! Ne soit pas égoïste ! Allez, viens par là, ouvre-la cette bouteille ! Ariel, mon pote !

De toute façon Ariel ne compte pas boire seul, le rhum seul c'est déprimant, le rhum à plusieurs c'est... comment dire, c'est.... franchement bon. Oui, c'est délicieux, il n'y a rien de meilleur, ni la bière, ni le wisky qu'il n'a goûté qu'une fois. Ce n'était peut-être pas du vrai wisky après tout va-t-en savoir. Du wisky à Cuba...

Un jet de rhum pour les Saints, tout est en ordre, la première gorgée, ça décolle, il en faut au moins deux pour sentir la douceur de la canne. La troisième pour le plaisir. La bouteille passe de mains en mains, le groupe s'agrandit à mesure que la bouteille se vide. Tiens, bois un coup, tu vas bosser ? C'est pas une raison, allez tiens, bois. Les passants, les curieux s'arrêtent un instant, histoire de se rincer le gosier. Il fait déjà chaud et puis la poussière sèche la gorge. Un arrêt-minute, sauf pour quelques uns qui n'ont rien à faire de précis aujourd'hui ou pour qui l'amour du rhum l'emporte sur leurs obligations. Déjà la bouteille est vide.

La seconde bouteille est pour les voisins. Ariel frappe chez Pipo, chez Daniel, chez Lucho, chez Damián puis chez Ana María. Elle vit seule bien qu'elle ait toujours un amant dans les parages qui s'en va ou qui arrive. Ana María aime les hommes mais elle préfère le rhum quand même. Passe-moi une tasse, tiens, voilà, je te la remplie, allez à la tienne ! A la notre ma belle ! Ana María boit une gorgée, une deuxième et met la tasse au frigo, ce sera une surprise pour son amant ce soir, ils partageront la tasse de rhum. Ariel la regarde et sourit, dis-donc tu es de plus en plus belle toi ! Eh, Ariel, arrête tes salades, ok ? Ok ma belle, sers-toi une autre tasse mon ciel, une pour lui et une pour toi. Tu penseras à moi ce soir, pas vrai ? Du vrai rhum, bouteille scellée, étiquette, tout, c'est génial. Merci Ariel, mon amour, sans toi je ne pourrai pas vivre ici, merci encore. Ana María le pousse doucement vers la porte.

Ariel frappe maitenant chez El Indio, puis chez son frère. Il y ouvre sa troisième bouteille. Une bonne gorgée pour les Saints, quelle journée fantastique, eux aussi ils sont heureux, c'est sûr. Les Saints cubains aiment le rhum comme les hommes ou peut-être ce sont les hommes qui aiment le rhum comme les Saints cubains. El Indio tend un verre, sa femme aussi, la grand-mère n'est pas en reste, elle tend un verre mais c'est pour son Saint Lazare ! Un bon cigare et du rhum, encore un heureux de plus aujourd'hui dans le quartier. Ariel entre chez Rubén, c'est la dernière maison avant la sienne. Il se souvient des services rendus. La famille de Rubén est nombreuse, il a au moins trois fils légitimes et quatre filles, plus tous ses petits-enfants. Bon, garde une bouteille, c'est pour la famille, allez, pas de chichi entre nous mon frère, aujourd'hui il y a du rhum. Demain ? On verra bien... Rien à foutre, ce que j'ai dans le ventre personne ne me l'enlèvera, pas vrai ? Au moins ça c'est à moi, le reste, rien à foutre...

Ariel entre chez lui passablement éméché, il ouvre sa dernière bouteille. Il en boit une bonne gorgée, ça ne lui fait plus rien, il est anesthésié, il est lourd mais il est aussi tellement léger, il est heureux, il se couche et met le ventilateur en marche, putain ! Quelle bonne journée... Il pose la bouteille au pied du lit, tout à l'heure il... ou plus tard... ce soir il... boira encore... Il verra encore des amis, c'est sûr, sinon... tant pis, il... ou encore demain, bon... je verrai bien, non pas demain, tout à l'heure, pas de temps à perdre... Il tend la main vers la bouteille, hmmm un dernier coup, allez mon vieux, c'est ton dernier. Il aperçoit la lettre sur la table de chevet. Il la relie lentement. La lettre de la Canadienne. Elle était sympa la Canadienne quand même, plus que l'Italienne qui se prenait trop au sérieux. Oui, comment c'est déjà ? Ah ! Karen ! Karen, Karen, c'est joli. Si elle était là ils pourraient... boire... boire ensemble le reste de la bouteille... doucement... tendrement. Et il...

1 comentarios:

  1. Anónimo says:

    cuadro de Flora Fong, pintora cubana

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