Face à face

Posted: domingo, 19 de septiembre de 2010 by magali in Etiquetas:
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-Nous n'avons vraiment pas les mêmes valeurs, tu es finalement beaucoup trop individualiste. On dirait que c'est toi l'Européenne, pas moi. Je ne comprends pas.

Idalmis commençait à sentir en elle la démangeaison de la colère et dut se mordre la langue afin de ne pas envoyer l'autre « pa'l carajo »: c'est à dire se faire... Elle raccrocha et alla à la cuisine se servir un verre d'eau, son fils l'observait.

-Eh, Mam ? C'était qui ? Il savait bien en la voyant qu'elle était contrariée.
-Carole, tu sais toujours avec ses salades. Elle insiste avec son histoire d'association.
-Ah c'est ça ? T'inquiète pas alors ! Laisse-là rêver. Chacun ses illusions, Mam. Laisse tomber.

Idalmis sourit puis se mit à rire de son beau et profond rire de gorge. Il illumina tout l'appartement comme un soleil. En deux secondes il lui avait dit ce qu'il fallait. Comment n'en aurait-il pas été autrement ? Depuis 14 ans elle partageait ce studio avec son fils : une cuisine étroite, un salon-chambre à coucher avec deux banquettes, chacun la sienne, une entrée avec un placard et la tablette de l'ordinateur, un balcon. D'ailleurs ses amis s'extasiaient invariablement sur le balcon, comme pour détourner leur attention du reste. C'était donc un euphémisme que de dire qu'il la connaissait bien.

Elle était arrivée dans ce studio 15 ans auparavent, enceinte, elle avait alors la trentaine. Quelques temps de bonheur à trois avant que les désaccords ne commencent, s'amplifient puis il y avait eu l'autre. Puis il était parti avec l'autre. Elle avait continué le fil de sa vie seule avec son fils. Repartir à zéro de C.D.D en C.D.D jusqu'à aujourd'hui.Une vie normale, une vie logique en somme... Elle ne s'en pleignait jamais, d'ailleurs personne ne l'interrogeait sur sa vie. Qu'aurait-elle pu espérer ? Elle espérait seulement les prochaines vacances (l'Egypte cette année ?) et parfois elle les prenait. Une vie quelconque, banale et rangée.

La polémique avait commencé doucement entre elles, tout d'abord l'indignation de Carole témoin de l'indifférence d'Idalmis face aux mendiants Roumains, les enfants, leur mère et encore pire, leur père. Idalmis avait même pris à partie l'un d'eux en pleine rue. Il lui demandait de l'argent, assis sur le trottoir d'un ton geignard. C'était entre la prière scandée et les pleurs. Idalmis l'avait regardé dans les yeux et lui avait demandé à son tour s'il n'avait pas honte de demander de l'argent à une femme ? S'il était un homme ? Carole extrèmement mal à l'aise s'était empressée de donner une pièce, lavant ainsi l'incident.

- Pourquoi tu leur donnes de l'argent ? Tu crois réellement les aider ? avait demandé Idalmis. Carole avait senti une pointe de moquerie dans sa voix.
- Ça me fait de la peine - Enfin une réponse dans ce genre - Pas à toi ?
- Si à moi aussi, ça me fait beaucoup de peine, énormément. Bien sûr. Mais voilà, je ne pense pas qu'on aide les autres en leur filant quelques centimes. Le reste n'est pas mon problème, je ne suis pas politicienne et encore moins Roumaine.C'est pas mes vingt centimes qui vont arranger la situation, je ne me sens pas concernée, et encore moins coupable.

Les réponses d'Idalmis pouvaient être tranchantes, presque chocantes. Carole n'avait rien dit de plus mais bon, si tout le monde s'en fiche des autres... Elle non.
Puis il y avait eu la réaction d'Idalmis quand Carole lui avait proposé de rejoindre l'association. Elle avait éclaté de rire en demandant :

-Tu crois qu'il n'y a pas assez de problèmes dans mon pays pour que j'aille m'occuper des problèmes des autres ? J'en ai bouffé des problèmes pendant 30 ans, et je continue. Non, vraiment, très peu pour moi.

Carole n'avait pas pu supporter ce désengagement et cet égoïsme.

-Il n'y a pas que Cuba au monde. Tu en es partie il y a 15 ans, c'est bon, passe à autre chose. Ouvre-toi au monde, en plus tu es black et tu ne te sens pas concernée par l'Afrique. Non vraiment, tu exagères...
-Je sais qu'il n'y a pas que Cuba, mais moi je ne compte pas prendre la misère du monde sur mon dos et encore moins celle des noirs de la planète. J'en ai rien à foutre de penser au sort des Africains, je ne peux pas me permettre de m'apitoyer ou alors dis-moi comment j'avancerais ?

Cette façon de tout ramener à elle s'était dit Carole. Elle n'avait rien ajouté mais une fois encore si tout le monde s'en fiche des autres... Elle non.
Depuis 14 ans Idalmis partageait ce studio avec son fils : une cuisine étroite, un salon-chambre à coucher avec deux banquettes, chacun la sienne, une entrée avec un placard et la tablette de l'ordinateur, un balcon. D'ailleurs ses amis s'extasiaient invariablement sur le balcon, comme pour détourner leur attention du reste De C.D.D en C.D.D jusqu'à aujourd'hui.Une vie normale, une vie logique en somme... Elle ne s'en pleignait jamais, d'ailleurs personne ne l'interrogeait sur sa vie.

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