One way ticket

Posted: viernes, 2 de julio de 2010 by magali in Etiquetas:
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Esperanza avait immédiatement vu en Gustavo comment résoudre son problème. Depuis trois mois elle avait une relation avec lui, il venait chez elle après que les enfants partent à l'école ou dans l'après-midi une heure avant leur retour. Esperanza s'était montrée tour à tour caline, osée, soumise, intrépide, inventive, elle avait même joué plusieurs fois les vierges effarouchées. Gustavo y avait trouvé son compte, elle aussi. Aujourd'hui elle voyageait pour quelques pesos (le prix normal en camionnette) avec ses deux enfants et sa mère dans un bus de longue distance confortable, équipé d'air conditionné et diffusant en boucle le dernier concert de José José à México. Certes Gustavo n'avait seulement pu lui obtenir que deux sièges pour quatre, mais les enfants étaient montés sur leurs genoux sans trop de difficultés. Sa mère, une énorme matrone, avait incliné le siège pour faire de la place à la petite entre ses seins. A l'arrivée à Guantánamo le siège était resté bloqué à l'horizontale, elles avaient fait comme si de rien n'était, trop contentes d'avoir économisé leur argent et leur temps dans ce trajet somme toute extrèmement confortable. Cependant Esperanza avait eu un doute dès lors que sa mère lui avait dit « Déjà ! On est arrivés ! Avec ces bus Santiago-Guantánamo devient un trajet de rien du tout ». Alors elle s'était mise à calculer le nombre de rendez-vous accordés à Gustavo et le temps du trajet, pas le nombre de kilomètres, non, le temps. Le calcul lui avait laissé un doute, surtout si elle rajoutait deux sièges pour quatre paires de fesses, sachant que celles de sa mère valaient pour une personne et demi, au moins. Aussi à l'arrivée à Guantánamo elle avait jeté à Gustavo, l'un des deux chauffeurs, un regard glacial en descendant du bus. Pour qui se prend-il celui-là ? Puis elle avait tourné les talons sans plus de considération, entourée de sa matrone de mère et de ses gosses.

Ce n'est qu'une fois assis dans le bus que j'ai pu respirer. Ouf ! Nous y voilà pour de bon. Nos noms figurent bien sur la liste des passagers entre les mains d'un des chauffeurs qui vérifie chaque identité. Kirenia est montée la première, puis moi. Nous nous sommes assis soulagés, nos sièges étaient en bon état mais celui de devant moi était cassé, le dossier incliné pour toujours à l'horizontale me gênait. Kirenia m'a proposé gentiment d'échanger nos places, ses jambes sont moins longues, puis elle s'est calée dans le siège, m'a embrassé, a fermé les yeux et elle a commencé à dormir.
Les passagers ont continué à monter, à s'installer. Le bus était bondé, le couloir encombré de touristes italiens assis sur leur sac ou sur l'accoudoir d'un siège. J'avais le gros derrière en short de l'un d'entre eux contre mon bras. Ils souriaient, s'interpelaient en riant, la situation inconfortable semblait leur plaire. Aucun cubain ne leur a laissé son siège. Le prix des places dans un bus de longue distance comme celui-ci ne permet aucun sentiment. De plus nous savons bien que les chauffeurs ont vendu quelques places en pesos pour leur propre compte et que dès qu'on arrivera à Alto Songo ou à La Maya les villageois descendront et laisseront la place aux italiens qui eux ont payé leur place en C.U.C. Au pire ils devront attendre jusqu'à Guantánamo. Je trouve les touristes très bizarres, à vrai dire un peu niais. Ils semblent heureux de l'inconfort qu'ils trouvent tellement typique dans un pays comme le notre. Niais ? ignorants ?  condescendants ? Ils n'imaginent pas ce qu'un cubain pourrait faire pour avoir le privilège de voyager assis dans un de ces bus...

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