Pour toi mon amour

Posted: domingo, 6 de junio de 2010 by magali in Etiquetas:
1


« Il me trompe, je ne le supporterai pas plus longtemps. C'est un menteur, un coureur, un abuseur. Après tout ce que j'ai fait pour lui. »
Le juge chargé du dossier lui demande si elle a quelque chose à rajouter.
« Non, rien ». Elle fond en larmes.

« Monsieur – reprend le juge – qu'avez-vous à dire ? »
Guillermo respire profondément avant de commencer :

« Eh bien, voilà, je dois dire que c'est vrai mais c'est à cause du cauchemar. Depuis que je suis ici, je fais un cauchemar, toujours le même. Au début je n'y ai pas attaché d'importance, ensuite il s'est imposé à moi, jusqu'à devenir une obsession. »
Le juge surpris lui demande d'être un petit peu plus précis et surtout de se centrer sur ce qui les intéresse aujourd'hui.

« C'est bien ce que je fais, Mr le juge.Comme je le disais à l'instant. J'ai fait ce rêve pour la première fois lors de mon arrivée. Je n'avais jamais pris l'avion auparavent, je n'avais jamais quitté Cuba. Dès mon arrivée à Paris, elle m'a guidé dans l'aéroport, elle s'est chargée des bagages, elle a commandé un taxi, elle l'a payé. Le soir même j'ai rêvé. Puis elle m'a emmené à la banque où elle a ouvert mon compte. Elle a choisi la carte bancaire, elle a réglé tous les détails. J'étais soulagé car bien que je comprenne le français, je le parlais encore assez mal. Son aide m'a parue utile, voire indispensable. Comprenez bien, Monsieur le juge que ces situations se sont multipliées. Après la banque, la poste, l'ANPE, la préfecture, l'assurance, enfin... »
Le juge acquiesce - « cela me paraît plutôt une bonne chose, non ? »

« Oui, c'est aussi ce que je croyais. Ensuite elle a mis son numéro de portable sur mes cartes de visite. Elle recevait les appels, elle négociait. (Monsieur Untel est un ivrogne, ça s'entend rien qu'à sa voix.) Elle m'accompagnait à mes Rendez-vous. Elle prenait la parole. J'ai compris que c'était pour mon bien. Mais elle ne retenait jamais les personnes qui m'intéressaient. Ses critères (qualité des chaussures, coupe de cheveux, marque de vêtements, quartier de résidence) n'étaient pas les miens. Je le lui ai dit. Elle l'a très mal pris. « Tais-toi donc me disait-elle. Comment pourrais-tu savoir ? Tu n'y comprends rien, ici tu n'es pas dans ton pays. Qu'est-ce que tu crois... J'en ai marre de m'occuper de tes affaires, je suis épuisée. »Alors cette situation m'est devenue insupportable, Monsieur le juge. Je cauchemardais de plus en plus souvent. Mes nuits étaient devenues horribles et mes journées aussi. J'ai du accepter ce qu'elle avait choisi pour moi car elle disait que sans elle qui paierait le loyer ? Et la nourriture ? J'avais juste de quoi payer l'essence et encore pas tout le temps. J'ai commencé à lui cacher la vérité. Je prétextais un coup de main au voisin pour régler mes affaires à son insue. J'ai rapidement constaté que non seulement je me débrouillais très bien mais que tout marchait beaucoup mieux. J'ai mis de l'argent sur un compte ouvert en cachette. J'ai disposé du temps gagné sans sa présence pour fréquenter les gens qui m'intéressaient. J'ai essayé quelques fois de lui en présenter certains. Pure perte. Ou elle refusait l'invitation car le quartier ne lui convenait pas, ou elle refusait de voir ces personnes à nouveau. Elle leur trouvait un tas de défauts, elle les critiquait, elle riait d'eux, puis de moi. Alors je n'ai plus su où se trouvait ce qui était bien pour moi, j'ai douté qu'elle fasse quoi que ce soit pour mon bien. Comment vous dire ? J'ai rencontré Annabelle, puis nous nous sommes revus. Elle est devenue indispensable à mes nuits, j'ai menti, j'ai trompé et j'ai moins rêvé. Le cauchemar s'est éloigné. Puis il y a eu Valérie, je crois, ça n'a pas duré. Puis Sandra, Allison, Karine, Naïma, des mensonges, voilà la vérité. Mais je suis déterminé, je ne veux plus refaire ce cauchemar ou le moins souvent possible. C'est trop cruel. Je sais que c'est à cause d'elle. »
Le juge a pris des notes, il l'interrompt, il acquiesce : « Bien, bien, je vois...je vois. » La seule chose obscure pour cet homme de loi c'est cette histoire de rêve. Il trouve même cela un peu gênant, un peu ridicule. Rapidement il conclut l'entretien. Guillermo est soulagé, il sait qu'il va enfin bientôt pouvoir dormir en paix.

« Monsieur le juge, je peux vous raconter le cauchemar maintenant ? »
« Non, c'est inutile, restons-en aux faits ».
En sortant du cabinet Guillermo sait bien qu'il ne choisira pas ce juge. Elle si.

1 comentarios:

  1. magali says:

    Fotografía de René Peña, artista cubano.

LinkWithin