Voies et voix ou Identités nationales (3/3)

Posted: viernes, 5 de marzo de 2010 by magali in Etiquetas:
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Pablito, Monchito pour ses parents, était surpris par ses amis lycéens. Ils passaient leur temps à dire « non ». « NON » à tout. « Non » à haute voie. « Non » sur les murs du lycée, « Non » dans les W.C. Bien sûr « Non » aux profs et aux parents ! Et souvent, « Non », à leurs camarades. Ils avaient développé une manie du « non » que Pablito avait du mal à comprendre puis il avait fini par penser qu'elle remontait à la Révolution française (celle de 1789 évidemment). Le peuple français avait certainement appris dès lors à se positionner fermement (et par la négative) face à toute atteinte à sa Liberté.
Pablito était étonné car lui, il avait grandi bercé par d'autres leitmotivs comme : Il n'y en a pas, Il n'y en a plus, je reviens, je n'en ai pas pour longtemps ou encore je reviens dans un moment ou bien on verra...
Il n'y en a pas. Il n'y en a plus. C'est au rythme de ces deux leitmotivs très répandus que son papa, Moncho,lui aussi, avait grandi à Cuba. Il ne se souvenait pas qu'on lui ai jamais dit « non » à la maison.
Dans les magasins non plus, on ne lui avait jamais dit « non » mais : reviens demain, ou encore : aujourd'hui s'est terminé, peut-être demain... ou encore la réponse la plus cubaine de toutes : il n'y en a plus mon ciel, reviens demain. Dans tous les cas il ne se souvenait pas qu'on lui ai jamais dit non.
Entre amis il était habitué à s'entendre dire et à user à son tour du : je reviens ou je n'en ai pas pour longtemps ou je reviens dans un moment ou on verra, je t'appelle. Il ne se souvenait pas qu'on lui ai jamais dit « non ». Bien sûr il lui était arrivé d'attendre ou de se faire attendre, parfois en vain, bien sûr il n'avait pas toujours reçu ou donné le coup de fil promis.
Avec les femmes s'était très simple. Les mimiques codifiées permettaient de savoir à coup sûr qui était pour qui ce soir là. Les sourires, les oeillades en disaient beaucoup plus long qu'un discours, bien sûr il avait parfois terminé dans un parc à une heure avancée de la nuit avec la fille à laquelle il aurait le moins pensé. Mais il ne se souvenait pas qu'une femme lui ai jamais dit « non ».
A l'université il s'était retrouvé au milieu de réunions politiques et il lui avait toujours été facile de se lever en s'excusant puis de lâcher dans un grand sourire : je reviens, j'ai quelque chose d'urgent ou attendez-moi, je n'en ai pas pour longtemps. Avant de disparaître.
Bientôt dans les manifestations politiques publiques et collectives Moncho avait brandi son petit drapeau, enfilé son T shirt de circonstance, s'était assis au milieu des amis ou des voisins, puis s'était eclipsé en disant je reviens immédiatement. Il avait alors repéré un arbre à l'ombre duquel il s'était assoupi en attendant la fin.
Plus tard, quand le chef du parti lui avait demandé de prendre sa carte s'il voulait travailler Moncho avait répondu je m'en occupe. Trois mois plus tard le chef l'avait informé que sans sa carte il ne pourrait pas continuer à travailler plus longtemps. Moncho avait dit : bien sûr, je m'en occupe demain. Il ne se souvenait pas d'avoir jamais dit « non ». Moncho, à force de tout accepter, de céder sur tout, bien sûr en apparence, vous l'aurez compris, se forge une personnalité très secrète. Il y a entre lui et le monde un fossé infranchissable qui se renforce au fur et à mesure des années pendant lesquelles il murit et perfectionne sa protection absolue. Il dispose d'une liberté personnelle immense et insoupçonnée de la plupart qui voient en lui un être soumis à la volonté d'autrui. Aussi il s'était marié, avait divorcé et s'était marié à nouveau avec deux femmes auxquelles il n'aurait jamais pensé. Il avait maintenant un total de 3 enfants issus de ses deux unions. Il les berçait rapidement, en France où il vivait, au rythme de ces deux leitmotivs très répandus à Cuba :Il n'y en a pas. Il n'y en a plus. Il espérait en faire de parfaits petits Monchitos.

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