Noël

Posted: viernes, 26 de marzo de 2010 by magali in Etiquetas:
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Le tableau trône dans le salon d'honneur. Il représente un pan de mur en plan très rapproché : fenêtre, persiennes, grilles, numéro de la maison et cette treille qui envahit tout. Les fruits de la treille sont l'unique couleur violacée. Ils sont ronds et ressemblent à d'énormes grains de raisin ou d'énormes cerises de café. Le reste du tableau est peint en marron décliné d'ocre à auburn, presque noir. Il s'intitule : Noël.Une douce odeur de café enveloppe les curieux venus assister au vernissage. Arturo est comblé, l'exposition annonce un triomphe, la presse locale s'est emparée de l'évènement, le bouche à oreille a fait le reste. Pour l'heure chacun trinque au succès du peintre cubain, un verre de jus de fruit ou d'alcool à la main.
En ce 24 décembre Arturo était bien embêté. Le frigidaire était vide si on exclut cette moitié de chou vert, un peu blet dans le bac du fond. Il n'y avait rien non plus dans le placard de la cuisine sauf plusieurs cornets de café achetés en début de semaine au marché noir. La poudre en était moulue grossièrement et laissait une trace légèrement grasse sur les doigts et le bord de la tasse. Ce serait donc un Noël frugal. Que diable !
Arturo s'était fait un café, puis inspiré il avait fait un second café non pas avec de l'eau mais avec le premier café et avait continué à couler du café de plus en plus concentré, de plus en plus odorant, de plus en plus épais. Il avait utilisé toute la réserve de la semaine et obtenu un matériau exclusif, une sorte de réglisse qu'il avait mise dans une assiette. Ensuite il avait ouvert le frigidaire, avait pris le chou blet et l'avait passé au mixeur. Il avait filtré la bouillie au torchon et en avait conservé le jus légèrement rosé dans une tasse. Puis Arturo s'était emparé de ses pinceaux, avait installé son chevalet sur le trottoir, devant la porte de chez lui. Il avait peint son Noël, en ce 24 décembre tropical.
Arturo sourit, amusé de cette revanche. Bien sur, tout est relatif. Son succès est modeste. Rien de comparable avec le Mother and Child Divided de Hirst par exemple. Une vache et son veau découpés dans le sens de la longueur, congelés, purgés et placés dans quatre vitrines remplies de formol. Equarrir une vache et son veau pour l'art quelle obscénité se dit Arturo. L'équarrisseur cubain ne risquerait pas sa peau pour une toile.

1 comentarios:

  1. magali says:

    En hommage à Elizardo Plumer, peintre cubain

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